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Glossaire - Biographies
les Abbés
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(Aulps, Commune St Jean d'Aulps, département Haute Savoie, France.)




- Fonctions
* Diocèse : d'Annecy.
* Patronage : Notre Dame.
* Fondation : (1036).
* Cistercien depuis : (1150).
* Abbaye mère : abbaye de Molesme.
* Abbayes-filles : abbaye de Balerne.
* Congrégation : Ordre de St Benoît,
   Ordre Cistercien.
* Protection : Monument Historique Classé
   en (1902).

- Historique

Abbaye D'Aulps à St Jean d'Aulps Haute Savoie, fut fondée vers 1094, après que le Comte de Maurienne Humbert I, ait offert une partie de la vallée à des Moines Bourguignons de l'Abbaye de Molesme St Guérin fut l'un d'eux et fut Abbé de (1110) à (1138). Il devint ensuite évêque de Sion, mort en (†1150), il fut inhumé dans les murs du monastère. La châsse reliquaire de St Guérin est aujourd'hui conservée dans l'église Paroissiale de St Jean d'Aulps. Le "Domaine de Découverte" de la Vallée d’Aulps est situé dans le village de St Jean d’Aulps, au coeur du Haut Chablais à 65 kilomètres de Genève, 25 kilomètres de Thonon les Bains, et 7 kimomètres de Morzine. Il fut l’un des plus puissants monastère de la Savoie Médiévale. Ce site Cistercien a accueilli 700 ans de vie monastique entre la fin du (XIème siècle) et (1793). Partiellement détruite en (1823) pour l’utilisation de ses pierres, l’église a gardé une magnifique façade du (XIIIème siècle). Les vestiges majestueux de l’Abbatiale sont classés "Monuments Historiques" depuis (1902). Le domaine de 3 hectares abrite également les celliers, la porterie, le jardin des simples et un potager médiéval. L’ancienne ferme monastique restaurée et transformée accueille depuis Juin (2007), un "Centre d’Interprétation à la Scénographie remarquable".

L'abbaye fut intégrée à l'Ordre Cistercien dans la filiation de Clairvaux en (1136). L'abbatiale fut consacrée en (1212) par l'évêque de Genève. Ses restes sont toujours considérés comme un des joyaux de l'architecture Cistercienne en Savoie. L'abbaye donna naissance à d'autres abbayes comme la prestigieuse Abbaye de Hautecombe Savoie, l'Abbaye de Bonmont Pays de Vaud et l'Abbaye de Balerne Jura. Le domaine temporel d'Aulps était fort vaste. Au (XIVème siècle), les moines possédaient pleinement la vallée d'Aulps, la vallée Verte Habère Poche et Habère Lullin, Mégevette. Au delà, ses possessions s'articulaient autour de plusieurs granges situées à Amphion, St Cergues , Châtillon sur Cluses ou Marignier, Seigneurs Ecclésiastiques, ils exerçaient tous droits de justice sur leurs hommes. Les moines furent chassés par les français en (1792). L'abbaye fut démontée pierre par pierre par les habitants en (1823), qu'ils utilisèrent pour la reconstruction de leur église Paroissiale incendiée.

- Le Moyen Age 1094-1468

Guidé par son désir de réforme du Monachisme Bénédictin traditionnel, Robert de Molesme fonde l’abbaye de Molesme à la fin de l’année (1075). Ses moines acceptent pourtant des biens temporels ou la présence régulière de Seigneurs en ses murs et très vite, le monastère n’offre plus les conditions requises par certains pour satisfaire leur quête d’idéal. Guy et Guérin de Mousson sont des leurs. Il faut trouver de nouvelles méthodes pour vivre le plus conformément possible aux attentes de Dieu. Ils quittent Molesme vers (1094) pour s’établir dans une vallée du diocèse de Genève. Avec l’autorisation de l’évêque de Genève, Guy de Faucigny, ces moines fondent une Cella dépendante de Molesme sur les terres de Gillion de Rovorée et de Girard d’Allinges. Ils sont des familiers du Comte Humbert II de Maurienne (1080)-(1103) également liés à la famille de Faucigny. Leur démarche s'inspire d'une conception de la vie monastique teintée d’"érémitisme et de cénobitisme" où le travail manuel tient une place essentielle. Bernard de Clairvaux, dans ses lettres à l’abbé Guérin, évoque pourtant une singulière adaptation de la "Règle de st Benoît". Les moines d’Aulps vivent en effet par 3 ou 4 dans des cabanes disséminées dans la montagne.

Le style de vie monastique singulier des moines d’Aulps attire de nombreuses vocations. L'abbaye, probablement très peuplée dans les 1ères années du (XIIème siècle), fonde d'autres monastères. Un nombre trop réduit de documents ne permet pas d’affirmer sans réserve la maternité d’Aulps sur "Hautecombe, Bonmont ou Saint-Sulpice". Le cas de l’abbaye de Balerne est moins sujet à discussion. Il reste qu’Aulps exerce un ascendant et une influence considérable sur tous les monastères environnants issus de Molesme. Guy puis Guérin, les 2ers abbés, jugent cependant cette montée en puissance incompatible avec les liens étroits les unissant toujours à Molesme censée nommer les abbés d'Aulps. Pour s'émanciper de cette tutelle, ils sollicitent 2 bulles Pontificales. La 1ère est concédée le 2 Mars (1102) par Pascal II. Elle accorde aux moines le droit d’élire leurs abbés, une certaine forme d’exemption diocésaine et confirme les acquis temporels. La 2ème bulle est octroyée par Calixte II le 28 Avril (1119). Le pontife garantit le droit d’élection, interdit à tout évêque d'excommunier les religieux d'Aulps et dispense les abbés d'assister aux synodes.

Bernard de Clairvaux ne pouvait ignorer le prestigieux monastère des Alpes, relais de Molesme dans la région. Ses visées sur les diocèses de "Genève et Lausanne" se manifestent dès (1130). L'abbaye de Bonmont est affiliée à l'ordre de Cîteaux en (1131), Hautecombe en (1135), Balerne en , soit un mois avant Aulps, laquelle parachève le 28 Juin (1136) l'action de Bernard. L'abbé de Clairvaux fait renoncer les moines d’Aulps à leur mode de vie monastique original. L’abbé Guérin ne reste que 2 ans abbé Cistercien d'Aulps, avant d'être nommé, ou élu, évêque de Sion au début de l’année (1138). Dès l’accession de Guérin à l’épiscopat, son successeur l'abbé Guillaume (1138)-(1168), applique une politique temporelle en rupture avec celle de ses prédécesseurs. Cette période d’organisation est marquée par l’accroissement spectaculaire du domaine de l’abbaye grâce à l'acquisition de plusieurs milliers d'hectares d’alpages, propriétés conjointes des nobles de Rovorée et des sires de Faucigny. Selon la tradition, les moines sont aussi aidés par les libéralités du Comte de Savoie Humbert III de Savoie (1148)-(1189), un habitué des retraites spirituelles à Aulps. En (1181) une bulle d'Alexandre III protège le patrimoine de l'abbaye et en énumère les composantes : "3 églises paroissiales, 20 granges et 6 alpages".

Signe de leur puissance et de leur intégration dans le monde, les abbés d’Aulps sont les conseillers et les hommes de confiance des Comtes de Savoie et des grandes familles nobles savoyardes. Ils apparaissent régulièrement comme témoins ou arbitres lors des règlements de conflit. Le début du (XIIIème siècle) est marqué par la transformation précoce du territoire d’Aulps en "Seigneurie Ecclésiastique". Pour acquérir la totalité des droits juridiques ou fonciers pesant sur certains terroirs, les abbés n’hésitent pas à endetter l’abbaye en engageant des sommes considérables. Les 1ers emprunts sont contractés dans les années (1260). Après la "Grande Peste", une telle situation n'a rien d'exceptionnel et les religieux, constamment à la recherche d'argent frais, abandonnent l’administration directe de leurs domaines en les louant à des Séculiers. Le faire valoir direct, un des fondements de l’économie Cistercienne, connaît ses derniers instants dans une tentative d’adaptation du monastère au contexte économique. Les moines deviennent des "rentiers du sol". Ce phénomène est accentué par la quasi disparition de la main d’oeuvre des Convers, dont la raréfaction est perceptible dès le début du (XIIIème siècle). La situation au sein même du monastère est préoccupante. Les élections Abbatiales ou aux divers offices constituent de véritables enjeux. Avec leurs valets, les Abbés comme Jean de Troches (1353)-(1368) jouissent d'une existence confortable et d'une position toujours prestigieuse. En (1468), le "Régime d’Administration Conventuelle" est modifié. La Commende est instaurée et elle inaugure un temps nouveau pour Aulps.

- L’époque moderne 1468-1792

A la mort de Jean l’Hôte en (†1468), dernier Abbé régulier, l’abbaye est placée sous le régime de la Commende. Désormais, l’abbé est nommé par le Pape et réside très peu à l’abbaye. Cette administration accélère le déclin matériel du monastère. Les Abbés, désormais des Cardinaux ou des grands noms de la maison de Savoie, prélèvent les revenus et laissent les moines livrés à eux mêmes. L’abbé de Balerne tente de visiter Aulps en (1486) et laisse un tableau peu flatteur des gardiens du tombeau de St Guérin. Le cloître a brûlé jusqu’aux fondations en (1484), ils vivent en concubinage et sont la "risée de la Savoie". Les Valaisans occupent la vallée de (1536) à (1569. Ils rétablissent des Abbés Réguliers jouant à nouveau un rôle important en vallée d’Aulps. Ils ne sont pas reconnus par Rome, mais détiennent la réalité du pouvoir. Aulps retrouve lors de cette occupation une certaine autonomie, même si plusieurs moines font cause commune avec la population contre les occupants lors d’une rébellion matée en Avril (1539). Après cet épisode, les Valaisans tentent de faire d’Aulps un pivot de leur pouvoir. Dans une étonnante promiscuité avec les moines, leurs Gouverneurs logent entre les murs d’Aulps. Aulps est alors rétablie comme le centre "politique, administratif, judiciaire et fiscal" d’une partie importante du Chablais. Plus encore, que l'on pense à "Guérin, aux reliques des martyrs d'Agaune, aux donations des Saxon et La Tour ou aux colons du Haut Valais installés sur les terres d'Aulps, des liens forts anciens se resserrent".

Après (1569) et le départ des Valaisans, les moines d’Aulps retombent dans une profonde torpeur. Secondé par les abbés de Tamié, vicaires généraux de l'Ordre Cistercien en Savoie, l’évêque de Genève François de Sales se préoccupe activement de l’image négative incarnée par ces religieux aux moeurs douteuses, d’autant que les Calvinistes Genevois sont aux portes d’Aulps. A l’abbaye le 15 Août (1606), il exhorte l'assemblée à suivre l'exemple de Guérin dont il entend bien lui aussi promouvoir le culte. En ce qui concerne les religieux, sa tentative de réforme est pourtant un échec. D’une manière générale, tous les bâtiments de l’enclos monastique sont abandonnés et demeurent dans un état déplorable jusqu’au dernier quart du XVIIème siècle. Le cloître est inhabitable, les religieux vivent dans des demeures individuelles disséminées sur le domaine. Le contraste avec une église bien entretenue et richement dotée est d’autant plus saisissant. Il faut attendre les années (1680)-1687) pour que les moines dirigés par des Prieurs dynamiques reconstruisent à leurs frais des cellules de bois à l’étage du bâtiment Conventuel.

Dès la fin du (XVIIème siècle, la situation temporelle de l’Abbaye s’améliore sensiblement. Le projet d'établir à Aulps un noviciat où les grands travaux entrepris au tournant du (XVIIème siècle) modifient l’organisation du domaine et contribuent à redorer un temps le blason du monastère. Les derniers Commendataires manifestent un réel intérêt pour Aulps. Antoine de Savoie, Abbé de (1646) à (1688), commande la construction de la 1ère aile d'un nouveau cloître 29 Août (1687). Sa démarche est largement poursuivie par son successeur Jean Thomas de Provana, abbé de (1689) à (1734). A l’exception de Louis Gros (1692)-(1709), Prieur malhonnête soupçonné de détourner l’argent des messes à St Guérin, des religieux bien formés et soucieux de la bonne tenue morale et spirituelle de leur abbaye se distinguent. Le (XVIIIème siècle) est pourtant émaillé de longues périodes de vacance du Siège Abbatial, de (1734) à (1750) et de (1764) à (1779).

En (1779), la Mense Abbatiale est unie à l’évêché de Chambéry, et seule une ½douzaine de religieux occupe l’abbaye jusqu’à l’arrivée des troupes Françaises en (1792). Les inventaires de leurs cellules dressés par les Français révèlent des moines mélomanes, amateurs d'art et bouquinant même l'Encyclopédie. Ils quittent le monastère entre la fin de l’année (1792) et le début (1793). Le domaine est vendu comme bien National à 4 familles de St Jean d’Aulps et reste en indivision jusqu'à son partage en Février (1799.

Monastère à l’abandon 1792-1940

Le 4 Mai (1794), le clocheton de l’abbaye est abattu. Il s’agit de la seule atteinte faite aux bâtiments par les révolutionnaires, Les autorités françaises sont en effet dans l’obligation de loger des troupes en Vallée d’Aulps pour contrer un éventuel retour des troupes Piémontaises et maintenir une certaine pression sur la population. A cette fin, elles conservent les bâtiments en état. La menace et les soldats disparus, les copropriétaires procèdent en (1799) au partage du domaine mais maintiennent l’église en indivision. Il faut attendre l’incendie de l’église paroissiale de la Moussière dans la nuit du 11 au 12 Mars (1823) et la séance du Conseil Municipal du 16 Mars pour que les villageois de St Jean d’Aulps pillent et détruisent l’Abbatiale. Les matériaux récupérés servent à la reconstruction de l’église incendiée, à l’empierrement des routes ou à l’édification de plusieurs maisons particulières. De l'intendant du Chablais à l'évêque d'Annecy, l'indignation des autorités Civile et Ecclésiastique est unanime.

Grâce à l’action du Conseiller Général Ernest Tavernier, propriétaire de la ferme du domaine, l’Abbatiale est classée aux "Monuments Historiques" le 6 Octobre (1902). Sur le papier, l’église cesse dès lors d’être une carrière de pierre. Il reste pourtant par endroits jusqu’à 3 ou 4 mètres de débris de toute sorte. Pendant 10 ans, le curé de St Jean d’Aulps Alexis Coutin entreprit une vaste campagne de restauration, il déblaie dans l’indifférence générale l’emplacement de l’église au prix d’efforts inouïs. Une modeste plaque à sa mémoire est apposée sur l'un des piliers de la nef de l'église.

- Visite

L'acquisition du domaine Abbatial par la Communauté de Communes de la vallée d'Aulps en (1994) permit d'entreprendre des fouilles archéologiques et surtout de restaurer la ferme monastique. L'emplacement de l'Abbatiale est propriété du Conseil Général de la Haute-Savoie depuis (2007) et le reste du domaine 3 hectares appartient à la Communauté de Communes de la vallée d'Aulps. En (2007), sur le site de l'"Abbaye, le Domaine de Découverte de la Vallée d'Aulps" a ouvert ses portes. La visite comprend un centre d'interprétation aménagé dans l'ancienne ferme monastique. Il est consacré à la vie quotidienne des moines au Moyen Age et comprend aussi une tisanerie et une boutique de souvenirs. Le reste du domaine est pour sa part composé d'un jardin des simples, d'un potager Médiéval et des divers vestiges des bâtiments conventuels "abbatiale, porterie, celliers". Avec un domaine comptant 40.000 hectares de terres, "bois et alpages", Aulps est l'un des plus importants monastères de la Savoie Médiévale. Aujourd'hui, le domaine d'Aulps réhabilité accueille dans l'ancienne ferme monastique des expositions modernes et ludiques dédiées à la vie quotidienne des moines: "Les visiteurs découvrent à Aulps un juste équilibre entre archéologie, architecture, histoire, politiques locales, tourisme et muséographie". Il ne faut pas rater le jardin des simples et le potager médiéval.

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