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- Bernay
- Présentation
* Culte : Catholique Romain
* Type : Abbatiale
* Rattachement : Ordre bénédictin
* Début de la construction : (1010)
* Style dominant : Roman
* Protection : Classée Monument Historique
- (1862) l'Abbatiale.
* Protection : Inscrit Monument Historique
- (1965), (1999) les Batiments.
- Situation
- Pays : France
- Région : Normandie
- Département : Eure
- Ville : Bernay
- Dimensions
- Longueur intérieure primitive : environ 67 mètres
- Longueur intérieure actuelle : environ 50 mètres
- Longueur primitive du transept : environ 33,50 mètres
- Longueur actuel du transept : environ 26 mètres
- Largeur de l'ensemble nef et collatéraux : 19,50 mètres
- Largeur du vaisseau principal de la nef : 9,50 mètres
- Largeur des croisillons : 8 mètres 50
- Largeur des collatéraux du chœur : 3,75 mètres
- Hauteur de la nef (murs latéraux) : environ 16,75 mètres
- Historique
Lors de son mariage avec Richard II, Duc de Normandie, Judith, fille de Conan le Tort, Duc de Bretagne, reçoit un Douaire qui comporte des domaines dans le "Cotentin, le Cinglais et le Lieuvin, Bernay" étant le chef lieu de cette dernière portion qui comprend 13 charruées de terre, soit environ 800 acres, 18 moulins et 21 églises. Elle décide de consacrer "Bernay ou BERNAYUM" à la fondation d'un Monastère de l'Ordre de St Benoît dédié à Notre Dame.
En (1010) debut des travaux, Judith meurt en (†1017), les travaux sont inachevés. En (1025), Richard II, par une charte en présence des jeunes Princes Richard et Robert, des Evêques de la Province et d'une grande partie de la Noblesse Normande, donne à l'Abbaye un vaste domaine qui s'étend de Giverville à Courtonne et de Cernières à Beaumont. Enfin, il soumet le nouveau Monastère à celui de Fécamp, décide de reprendre la construction et confie le chantier à l'Abbé Guillaume de Volpiano, architecte italien et ancien Moine de Cluny, longtemps Abbé de l'Abbaye St Bénigne de Dijon, renommé notamment pour avoir participé à l'achèvement des Monastères à Fécamp, à Jumièges, ou encore, Troarn. Après son voyage en Italie vers (995), il étudie des plans pour St Bénigne de Dijon et amène avec lui des maîtres maçons et des ouvriers de "Haute Italie" qui vont travailler en Bourgogne et en Normandie. Il meurt en (†1031).
C'est vers (1050)-(1160) qu'apparaît Vital de Creuilly, Moine de Fécamp, homme de confiance de Jean de Ravenne, son Abbé italien qui l'avait chargé vers (1058) d'organiser, dans le diocèse de Bayeux, le Prieuré de St Gabriel Brécy. Il obtient l'autonomie et le Rang Abbatial pour Bernay, reste jusqu'en (1076), date à laquelle Guillaume le Conquérant le place à la tête de Westminster et meurt en (†1082). Son oeuvre architecturale a dû être considérable. La conquête de l'Angleterre apporte 3 Prieurés dans le Suffolk et en Northamptonshire puis Vital est remplacé par son frère Osbern.
Ensuite, les archives ayant complètement disparues, l'histoire de Bernay est mal connue, les Moines profitent sans doute de la prospérité précoce de la ville, devenue dès le (XIIème siècle) un centre d'industrie Drapière avec d'importantes opérations financière attestée par une nombreuse "Colonie Juive". On sait qu'en (1249), un grave incendie ravage une partie du Monastère réduit de 35 à 15 Religieux. Au (XVème siècle), on remanie le bas côté Nord de la Nef et l'Abside de l'Abbatiale dans le style Gothique Flamboyant. En (1563), l'Amiral de Coligny saccage l'Abbaye et pille les trésors et les archives et elle est encore partiellement ravagée en (1589) par le soulèvement rural des "Gauthiers" puis, à peu près délaissée jusqu'en (1618) où l'on reconstruit le Cloître.
En (1628), Bernay est reprise en main par les Mauristes qui y commencent de vastes travaux à partir de (1686). Construction du Réfectoire en (1694). A cette occasion, la Façade principale et les 2 Travées les plus Occidentales de l'église et les 2 Absidioles du Chevet sont rasées. Une Façade de style classique est alors montée. La plupart des Chapiteaux de la Nef sont défigurés par une application de stuc.
En (1790), l'Abbaye qui ne compte plus que 7 Moines est supprimée et réaffectée à divers usages, "Hôtel de Ville, Tribunal et Prison puis Sous Préfecture". Le bras Nord du Transept disparaît en (1810). En (1814), l'église Abbatiale devient une "Halle au Blé" puis est dépecée par une foule d'utilisateurs qui la Cloisonne en tous sens. L'Abside est détruite en (1827) et, à une date inconnue, la tour centrale très remaniée au (XVIIème siècle), est arasée.
A partir de (1963), l'Abbatiale, en très mauvais état est restaurée par la ville de Bernay et les "Monuments Historiques", un très bel Arc du (XIIème siècle) appartement probablement à la Salle Capitulaire est dégagé et en (1965) sont découverts les Chapiteaux du Croisillon Sud. L'édifice est restauré en (1978), ce qui permet désormais de comprendre l'importance qu'elle a eu au (XIème siècle). Armes de l'Abbaye Echiqueté d'or et d'azur, au franc quartier d'hermines d'azur, à une Notre Dame, tenant son enfant Jésus, d'or".
- l'Eglise Abbatiale
L'église, en forme de Croix Latine, comportait une Nef de 7 Travées avec bas côtés, aujourd'hui réduite à 5 , un Transept saillant sur lequel s'ouvraient vers l'Est 2 hautes Absidioles, un Choeur de 2 Travées droites terminées par une Abside en quart de Sphère, flanqué lui même de 2 Collatéraux aboutissant à 2 Alvéoles. Ce plan, très simple, offre le précieux avantage de n'avoir pas été modifié depuis le (XIème siècle).
Les 3 Absides rappellent une disposition assez ancienne que l'on voit non seulement dans les églises Italiennes, mais encore dans les églises Françaises de Vaison la Romaine et de St Généroux. Elle devient très fréquente à la fin du (XIème siècle) et au (XIIème siècle). Quant aux Absidioles, on en rencontre un peu partout à la fin du (XIIème siècle). En Normandie, Bernay en présentent les plus anciens spécimens. L'appareil employé dans la construction de l'Abbatiale de Bernay se compose généralement d'assises de pierre dure de 30 à 35 centimètres de Hauteur sur une Longueur moyenne de 45 centimètres. La surface des parements est layée au marteau dit taillant droit.
Dans les piles de la Nef, de gros blocs de pierre paraissent provenir de constructions Romaines, l'un d'eux présentant cette inscription en grandes capitales : "DM • M AVDACI VICTORIN MILI OPTI". L'emploi de matériaux antiques est donc incontestable. En dehors de ces blocs Gallo Romains de pierre dure qu'il est difficile d'identifier, l'appareil offre 3 sortes de pierre, la pierre de Caen employée dans le Nef et le
Choeur, le calcaire Travertin, employé çà et là dans les mêmes conditions, c'est le Travertin seul qui a servi à la construction des Piles et des Arcades du passage mural du Croisillon Sud, enfin, une pierre dure, d'un grain assez fin que l'on reconnaît dans les Chapiteaux du bas côté Sud du Choeur. Dans le bas côté de la Nef s'ouvrait sur le Cloître une porte dont l'Archivolte présente une disposition rare en Normandie, des Claveaux découpés géométriquement et laissant des vides remplis par des pièces de rapport.
La Façade Ouest de l'édifice était simplement pourvue de contreforts plats. Au (XVème siècle), les Moines la détruisirent et amputèrent la Nef des 2 Travées les plus Occidentales , à l'origine, elle était charpentée et les 2ères Travées comportaient des voûtes d'arêtes. Le Collatéral Nord a été complètement repris au (XVème siècle), les Travées ont reçu des voûtes sur Croisées d'Ogives avec nervures à pénétration et Clefs pendantes. Le Collatéral Sud est divisé en Travées carrées par des arcs doubleaux. Sur chaque Travée a été établie une petite coupole surbaissée que les spécialistes font remonter au maximum au (XVIIème siècle). Elle a peut être remplacé une voûte d'arêtes. La Croisée du Transept supportait autrefois une Tour centrale carrée, qui a disparu au début du (XIXème siècle). La souche de cette tour, qui seule subsiste, est portée par 4 Arcs outrepassés. Le Transept est saillant. Les 2 bras comportaient chacun une Absidiole orientée peu profonde. Son bras Sud est le mieux conservé, mais son mur pignon Sud a été refait et l'escalier d'accès aux passages de l'étage a été démoli, angle Sud-Ouest. Le bras Nord a été fortement amputé pour permettre la circulation sur le flanc Nord de l'église. Les passages d'étage, murés, sont donc visibles de l'extérieur.
Le Chevet est organisé selon la tradition Bénédictine, le Choeur forme une courte Nef à l'Orient de la Croisée du Transept. Les bas côtés du Choeur étaient voûtés d'arêtes sur plan carré. Abside et Absidioles sont aujourd'hui sem circulaires et constituées d'une structure en bois. Primitivement semi circulaire, l'Abside fut refaite plus tard en style Gothique (XVème siècle), puis abattue et remplacée par un mur. La restauration récente a reconstitué en bois son plan primitif. L'Abside principale est plus profonde que les 2 petites Chapelles qui l'encadrent. Sur les plans anciens, les 2 Collatéraux du Choeur se terminent par un Chevet plat.
- la Nef
La Nef comporte 3 niveaux d'élévation :
* 1er niveau, une grande arcade en plein cintre qui repose sur une pile presque carrée comportant, sur 3 faces, des colonnes engagées. Vers les bas côtés, celles ci portent un arc doubleau séparant les Travées. A l'intérieur de l'Arcade, la colonne engagée sur dosseret, terminée par un chapiteau et un tailloir, porte l'Intrados des grands Arcs, constitué d'un tore sur dosseret reprenant la forme du support. Tous les Chapiteaux des colonnes sont sculptés. Les bases de ces colonnes sont sobres.
* 2ème niveau, alternance de Baies Géminées plein cintre et d'arcades aveugles peu profondes qui brisent l'unité des surfaces. Les Baies Géminées sont séparées par une Colonnette surmontée d'un Chapiteau évasé et se trouvent dans l'alignement des grandes Arcades. Cette alternance traduit une certaine phase expérimentale sur le traitement structurel et plastique des murs. Les Baies Géminées donnent sur des combles dans lesquels on accédait par les escaliers situés dans les Croisillons du Transept. Cela forme une galerie ou tribune au dessus du Collatéral. Le mur est donc composé de 2 épaisseurs, c'est un effet de composition pour alléger la structure générale.
* 3ème niveau, il comporte des Fenêtres hautes, dans l'alignement des Baies Géminées et grandes arcades, permettant un éclairement direct de la Nef. L'ouverture de ces fenêtres hautes était possible car la Nef était Charpentée. Il n'y avait donc pas trop de risque pour la solidité du mur. Cette élévation typique est appelée "mur épais normand".
On remarque qu'il existe une certaine correspondance entre ces 3 niveaux, l'alignement de la grande arcade, de la baie géminée et de la fenêtre haute, ainsi que celui des piles composées et des fausses fenêtres, introduit un certain rythme dans l'élévation. Cela souligne la continuité des volumes et une recherche esthétique. Derrière les grandes arcades du rez de chaussée, on distingue le Collatéral Sud, il est divisé en Travées par des doubleaux de section carrée retombant sur des pilastres adossés aux piles de la Nef. Sur chaque Travée a été établie une petite Coupole sur Pendentifs très plate, appareillée en moellons de dimensions réduites qui date au moins du (XVIIème siècle). Des Baies ont été percées dans les murs pour assurer un éclairage. Au dessus des voûtes des Collatéraux s'ouvrent les Baies Géminées renforcées du côté des combles par de puissants arcs de décharge destinés à raidir les murs Gouttereaux, dépourvus de Contreforts.
- le Transept
La Croisée du Transept est formée de 4 gros piliers. Ces massifs Cruciformes supportaient la Tour de Croisée. Le pilier Cruciforme est caractéristique de l'art Roman. Le Croisillon Sud est délimité par un immense arc outrepassé qui repose sur une colonne engagée avec Chapiteaux sculptés. Le côté Occidental du Croisillon communique avec le Collatéral Sud par une arcade en plein cintre à l'intérieur duquel sont inscrits 2 Pilastres supportant un arc en Tore. A côté se trouve une arcade en plein cintre aveugle, percée d'une baie ébrasée qui éclaire directement le Croisillon. Cette arcade repose sur des colonnes presque Monolithes. Le mur Oriental est percé de 3 fenêtres Romanes en plein cintre simple sans mouluration qui donnent sur la galerie, directement éclairée par des baies. Cette galerie assure donc la circulation dans les parties hautes de l'édifice. Ce passage , qui n'est pas dissimulé, fait partie de l'élévation intérieure.
Toute cette partie est réalisée en grand appareil.
- Chapiteaux
La sculpture apparaît principalement dans l'Abbatiale sur les Chapiteaux et les Bases de certaines colonnes engagées. Pendant la 1ère moitié du (XIème siècle), 3 ateliers d'une grande diversité se répartissent les décors sculptés.
Le 1er atelier a décoré les parties basses du Choeur et une partie du Transept Sud en développant les formes Tronconiques à Tablettes, volume triangulaire du Chapiteau surmonté d'un bandeau de pierre lisse. Les thèmes sculptés, masques Humains en tête de feuille, grands Oiseaux. L'arbre de vie d'Isembard Chapiteau signé de son auteur Isembard. Il témoigne d'une influence "Arabe ou Byzantine" de par la disposition des animaux, répartis symétriquement par rapport à l'arbre de vie.
Le 2ème atelier a sculpté les bases et les Chapiteaux des parties hautes du Choeur, ainsi que quelques Chapiteaux du Transept. Cet atelier a privilégié les motifs Géométriques et les entrelacs. Les sources d'inspiration seraient Méridionales, mais rappellent l'art Celte qui a imprégné la Normandie.
Le 3ème atelier a effectué des Chapiteaux Antiquisants, d'inspiration Corinthienne. A noter la série de Chapiteaux de la grande arcade Nord de la Nef, qui sont des Chapiteaux en faux Roman du (XVIIème siècle), remontant à la campagne de restauration Mauriste. On remarque qu'il y a une hésitation dans le style architectural, ce qui donne à Bernay une place à part.
- les Bâtiments Conventuels
Ilsforment un plan carré autour de l'ancienne cour du Cloître, l'aile Orientale étant saillante et l'aile Méridionale prolongée en "L". Pour cette Abbaye, Guillaume de la Tremblaye fit le choix d'une architecture sobre et moderne, en optant pour la pierre de taille. Seule la partie Ouest de l'Abbaye, sur le parvis, compte 2 étages. Dans les autres ailes, la hauteur des salles communes ne permet la construction que d'un étage au dessus du rez de chaussée. Voûtés, l'ancien Réfectoire, et l'ancienne salle Capitulaire, qui servait à la réunion des Moines, sont les salles les plus majestueuses de l'édifice, éclairées par des Baies monumentales.
- le Logis Abbatial
Cette maison, réservée à l'Abbé entouré de sa domesticité et au séjour des Hôtes de marques, est l'attribut des grands Monastères. Son architecture, en Damier de brique et pierre, l'apparente aux constructions de la Renaissance. Cet édifice était, dans un 1er temps, une maison de plan carré qui fur agrandie en (1620) pour l'Abbé Dreux Hennequin. Transformé en musée au (XIXème siècle), le logis subit plusieurs remaniements, dont l'adjonction, en (1989) d'une galerie vitrée.
- les Jardins
Coformément aux principes Bénédictins, qui encourageaient le travail de la terre, l'Abbaye comptait des espaces potagers et un verger. Les plans du (XVIIème siècle) montrent des jardins d'agréments et un jardin privatif pour l'Abbé. Ils furent démantelés à la Révolution et vendus en parcelles. Il n'en subsiste
qu'une fraction qui est devenue jardin public en (1913)
- Spécificités
Plan Basilical avec Chevet échelonné de type Bénédictin, il constitue une nouveauté en Normandie vers (1020), seule, l'Abbaye de Lonlay l'adopte à la même époque, les piles Composées, car elles sont expérimentales, sur des piles Simples et rectangulaires ont été plaquées des demi colonnes sur dosseret qui reçoivent la retombée d'arcs toriques. Son adoption à Bernay se place dans le cadre plus général de l'évolution des techniques de construction, mais il est le 1er exemple connu en Normandie. L'élévation à 3 niveaux qui, au 2ème étage, est composée de baies Géminées préfigurant le principe du Triforium. Le passage mural dans le mur Ouest du Croisillon Sud qui permet la circulation depuis l'escalier de l'angle Sud-Ouest du Croisillon à la tour Centrale. On le retrouve à l'église Abbatiale N.D. de Jumièges et il sera généralisé à toute l'église St Etienne de Caen. Cet élément architectural porte le nom de mur épais Normand.
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