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(St Nicolas les Citeaux, arrondissement de Beaune,Côte-d'Or.)

- La Mère des Abbayes Cisterciennes

Le nom de "l'Alleu Cistercium", Cîteaux, remplaça le nom de "Novum Monasterium" dans les chartes vers (1202) pourrait trouver 2 explications, celle du site qui se trouvait, "cis tertium lapidem miliariumen" en deçà de la 3ème borne milliaire, sur la vieille voie Romaine qui reliait Langres à Chalon sur Saône, ou celle la plus communément admise, qui viendrait du nom de Cistels, roseaux sur fond de ciel bleu. L’histoire de Cîteaux commence le 21 Mars de l’année (1098), jour de la St Benoît. Ayant quitté l'abbaye de Molesme avec l’autorisation du légat Hugues de Die, archevêque de Lyon, un petit groupe de 21 moines, conduit par Robert, un ancien abbé Bénédictin de St Michel de Tonnerre, apparenté à la grande famille des Sires de Maligny, arrive dans l’Alleu de Cîteaux pour y vivre dans l’esprit de prière et de pauvreté selon la règle écrite par Benoît de Nursie au (VIème siècle).

Robert et ses disciples trouvent dans le Dijonnais, une contrée peu peuplée, boisée, aux eaux dormantes, un lieu inculte, peu accueillant, hostile même, mais permettant la construction de bâtiments. Les terres sont cultivables et peuvent assurer la subsistance des moines, tout en leur offrant l’isolement et le silence propices au recueillement et à la paix monastique. Ce lieu que le Grand Exorde a qualifié du nom de désert n'est pas un lieu inhabité. A cet emplacement, propriété du Vicomte Raynald, de Beaune, un cousin de Robert, provenant du patrimoine de sa femme Hodierne, existe un petit village de serfs doté d'une église. Le Duc de Bourgogne Eudes Ier, s’accommode avec Raynald et fait don à Robert de Molesme, au lieu dit de la Petite Forgeotte, non loin du Puits St Robert, du terrain nécessaire à la construction d’un nouveau monastère et de ses dépendances. L’habitat des fondateurs de ce Monastère fait de fragiles constructions de bois, ne sont entreprises qu’après que Gauthier, évêque de Chalon sur Saône, accorde à Robert toute juridiction sur les lieux.

- Débuts difficiles

Les 1ers moments des fondateurs Robert, Aubry, et Étienne Harding sont difficiles, pour eux et leurs disciples à la mise en valeur des terres, leurs pauvreté extrême, suscitent charité et miséricorde. Eudes Ier fait preuve de générosité et le pape Pascal II accorde, par la bulle "Desiderium quod" du 19 Octobre de l’année (1100), sa protection au Nouveau Monastère. Le Duc de Bourgogne fournit aux moines de grands biens pour la construction et cède de nouveaux fonds pour la nourriture et l’entretien des religieux. Ce soutien permanent l’a fait regarder comme le fondateur de cette Abbaye. Mais les difficultés d’approvisionnement en eau du site initialement choisi obligent Aubry, successeur de Robert après Juillet (1099), et sa communauté à s’installer 2 kilomètres plus au Sud, où ils construisent, sans doute toujours grâce à la générosité d’Eudes, de nouveaux bâtiments dont une Chapelle, qui prendra plus tard le nom de "Chapelle St Edme". Construite en pierre, elle est dédiée à Notre Dame par Gauthier, évêque de Chalon sur Saône, le 16 Novembre (1106). Plus tard, une basilique est construite à une date que l’on place entre (1130) et (1150). Les érudits émettent l’hypothèse que la mise en place, dans une Châsse, en (1124), du coeur du pape Calixte II pourrait marquer le début des travaux. Cette basilique est consacrée à la Vierge le 17 Octobre (1193) par Robert, évêque de Chalon sur Saône. Les destructions révolutionnaires n’en ont rien laissé.

En (1109), Étienne Harding, (1060)-(†1134) moine d’origine Anglaise, homme intelligent, érudit, habile organisateur et administrateur expérimenté, qui fut du groupe des fondateurs de (1098), est élu 3ème abbé du Nouveau Monastère à la mort de l’abbé Aubry 26 Janvier(†1109). Aux problèmes de pauvreté auxquels il doit faire face, s’ajoutent les trop rares vocations, découragées par une réputation de trop grande austérité. La communauté voit fondre ses effectifs et touchaient aux portes du désespoir parce qu’ils croyaient devoir rester sans successeurs. . Harding comprend qu’il doit accepter un quotidien moins extrême pour attirer de nouveaux postulants.

- les Quatre filles de l’Ordre

C’est en (1112) que Bernard de Clairvaux (1090)-(†1153), alors âgé de 22 ans, de noble famille, né à Fontaine, décide d’aller à la rencontre de Dieu et de vivre dans l’ascèse monastique la plus rude. Il choisit de prendre l’habit de moine à Cîteaux. 30 compagnons, parents ou amis, le suivent dans sa retraite. Dès son arrivée, la communauté connait un prodigieux essor grâce à son extraordinaire rayonnement et à son action. La personnalité charismatique de Bernard, le maître spirituel incontesté de Cîteaux, marquera l'histoire de l'Ordre durant la 1ère moitié du (XIIème siècle) et attirera de nombreux convertis. La communauté devient florissante et l’espace manque pour y loger les religieux. Il faut essaimer.

La création de 4 colonies en même temps aux extrémités de la Bourgogne. En (1113) c'est La Ferté sur Grosne au diocèse de Chalon sur Saône. En (1114) c'est Pontigny au diocèse d’Auxerre. En Juin (1115), Bernard lui même est envoyé avec 12 de ses compagnons pour fonder, au diocèse de Langres, sur les terres d’un cousin Châtillonnais, près de Laferté sur Aube, l’abbaye de Clairvaux. En même temps part une autre colonie monastique pour fonder l’abbaye de Morimond, également au diocèse de Langres. La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond seront les 4 Filles de Cîteaux dont sortiront les rameaux de l’Ordre Cistercien. L'influence de Bernard dans l'expansion de l'Ordre est décisive. Les 4 filles de Cîteaux ont leurs filiales, mais de Clairvaux nait le plus grand rameau de l’Ordre. A sa mort 341 maisons, filiales de Clairvaux sont établies. L’Ordre de Cîteaux gagne toute l'Europe, dans les provinces françaises, en Angleterre, en Allemagne, en Bohême, franchissant les Alpes et les Pyrénées. L'Ordre comptera jusqu'à 762 monastères.

- La Charte de Charité

Afin de retrouver dans toutes les fondations la même interprétation de la Règle Bénédictine du (VIème siècle), sans y introduire un sens différent d'une part, et de promouvoir l’union des nombreuses abbayes Cisterciennes d'autre part, Étienne Harding, en collaboration avec les 4 Abbés des 1ères Filles et ses moines, rédige le texte constitutionnel fondamental de l’Ordre de Cîteaux, la "Carta Caritatis - la Charte de charité". Ce document établit un lien de charité et d'entraide entre chaque maison et inclut diverses mesures d'observance. Le pape Clunisien Calixte II, de passage à Saulieu, approuve le 23 Décembre (1119) ce texte présenté par Étienne Harding.

La "carta caritatis", plusieurs fois remaniée par la suite, prévoit que le pouvoir suprême n’appartient pas à l’abbé de Cîteaux, mais au "Chapitre Général", qui se réunit chaque année autour de la fête de la Ste Croixé, le 14 Septembre à Cîteaux, et qui se tiendra effectivement pendant plusieurs siècles. Placés sous la présidence de l’Abbé de Cîteaux, les Abbés y décident de la conduite des affaires de l’Ordre. Elle n’empêchera cependant pas les querelles entre les membres de l’Ordre. Dès (1215), une 1ère querelle naît entre les 1ers Pères et l’Abbé de Cîteaux pour une question de préséance. La 1ère manifestation de ces querelles intestines à l’Ordre est l’élection en (1262) de Jacques II Abbé de Cîteaux, elle se fait sans consulter les 4 Pères. Le pape Clément IV confirmera la validité de cette pratique, qui permettra aux moines de Cîteaux d’élire seuls leurs Abbés. Au sein même de Cîteaux, des discordes apparaissent et l’élection d’un nouvel Abbé est souvent un moment de compétition qui n’améliore pas la situation.