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- Les granges du monastère
L’éloignement de certains domaines, indispensables à l’obtention d’une diversité des productions, vignobles, terres céréalières, pâturages,
bois, étant un obstacle à une exploitation directe, les moines créent de petites unités territoriales dispersées, appelées Granges, dont la mise en valeur est
confiée aux Frères Convers. Il s'agit de domaines ruraux cohérents avec bâtiments d'exploitation et d'habitations, regroupant des équipes de Convers spécialisés
dans une tâche et dépendants d'une abbaye mère. Cîteaux en est l’illustration. Les moines ont créé une 1ère couronne d’exploitations à proximité immédiate
de l’abbaye. Les Granges de "La Forgeotte, Saule, la Grange Neuve, La Borde, La Loge, Bretigny, Folchétif, Tarsul", puis plus éloignées, se trouvent les Granges
de "Rosey, Gergueil, Crépey, Meursault, Moisey, Aloxe, Détrain, Gilly lès Cîteaux, Ouges, Tontenans". Certaines sont à vocation purement viticole dont le célèbre
Clos de Vougeot, fondé avant (1110) sur un terrain en friche donné par les Chevaliers de Vergy.
Un secteur de l’agriculture où les moines ont particulièrement brillé est celui de la viticulture Bonum vinum. Elle est
l’une des réussites les plus importantes qui n'appartiennent pas seulement aux Cisterciens mais à toutes les communautés monastiques. Portés par un intérêt
particulier à la vigne qui s’inscrit naturellement dans la doctrine spirituelle de l’Église pour différentes raisons dont les plus évidentes sont que la
communion exige le vin et que St Benoît lui même donna son accord, agrémenté, il est vrai, de quelques réserves, "une hémine de vin par jour peut suffire"
, les moines sont les maîtres incontestés de la viticulture pendant des siècles et la diffusent partout où ils s’installent. Leur rôle est dominant dans la
sélection des cépages et le perfectionnement de la vinification. La vigne de Meursault, reçue au moment de leur établissement en (1098) de leur donateur,
Eudes Ier de Bourgogne, ne couvrant pas leurs besoins, les moines de Cîteaux ont recours à de nombreuses acquisitions et reçoivent d’autres donations de vignes
sur la Côte. La production est à l'époque très différente des standards actuels en oenologie. Ainsi, le vin produit par les vignes que possèdent les moniales
Cisterciennes de l'abbaye de Tart sur la Côte, à Morey à Dijon à Beaune et peut être à Bouze, est pour l'essentiel du vin blanc, acide et vert, faible en degré alcoolique, aidant à la digestion des viandes rôties et faisandées consommées alors par les riches. Ces vins qui ne tiraient sans doute pas plus de 6° ou 7° ne se conservaient pas longtemps et voyageaient difficilement.
Les granges Cisterciennes optimisent les capacités de production agricole et viticole en introduisant une spécialisation de la main d'oeuvre.
Chaque grange est exploitée par 5 à 20 Frères Convers, au besoin aidés d'ouvriers agricoles salariés et saisonniers. Les phases de développement se
succédant, le temporel de Cîteaux devient un ensemble aux dimensions exceptionnelles et confèrera à l’abbaye une réelle puissance économique. Un siècle après
la fondation de Cîteaux, l'ordre compte plus de 1.000 Abbayes, plus de 6.000 Granges réparties dans toute l'Europe et jusqu'en Palestine.
- Le génie hydraulique à Cîteaux
La règle Bénédictine veut que chaque monastère doive disposer d'eau et d'un moulin. L'eau permet de boire, de se laver et d'évacuer ses
déchets. C'est pourquoi les monastères sont en général placés le long d'un cours d'eau. Quelquefois établis en des points où le précieux liquide fait défaut
ou n'existe pas en quantité suffisante, ils doivent se spécialiser dans le génie hydraulique et construisent barrages et chenaux pour amener l'eau jusqu'à
leurs moulins.
Installé au dépard près du ru de Coindon, au débit insuffisant, les moines sous l'abbatiat d'Albéric, ou Aubry, (1099)-(1108),
sont obligés de déplacé l'abbaye de 2km,5 pour s'établir au confluent du Coindon et de la Vouge. En (1206), il faut encore augmenter le débit
hydraulique et un bief long de 4 km est creusé sur la Vouge, mais cette dérivation se révèle toujours insuffisante. Les moines, après
avoir négocié le passage au duc de Bourgogne et au Chapitre de Langres, s'attaquent alors, non sans difficultés, au chantier du détournement de la Sansfond
ou Cent Fonts, qui leur assurera un débit régulier de 320 litres par seconde. Le chantier est considérable, en plus de creuser un canal long de 10 kilomètres à partir du village de Saulon la Chapelle, les moines doivent réaliser le pont des Arvaux, un pont aqueduc de 5 mètres de haut, permettant le passage du canal au dessus de la rivière Varaude. Vers (1221), l'eau du canal arrive dans le monastère, et le résultat est à la hauteur des efforts engagés. Les travaux augmentent considérablement le potentiel énergétique de l'abbaye. Avec une chute d'eau de 9m,34 , au moins un moulin et une forge sont installés sur
le nouveau bief. Ces eaux, renforcées par les eaux du bief de la Vouge et du ru du Coindon, circulent au moyen de canalisations souterraines sous l’ensemble des bâtiments, logis Ducal, bâtiment des Convers, réfectoire, cuisine, et noviciat pour alimenter ensuite un canal à ciel ouvert.
- L’économie du monastère
L’économie du monastère n'est pas toujours florissante et connaît des périodes difficiles. En (1235), l’abbaye est couverte de dettes.
En (1262), le monastère fait à nouveau face à une grave crise financière, la tenue des réunions annuelles du "Chapitre Général" étant source de grandes
dépenses. Le "Chapitre Général" autorisera l’abbé de Cîteaux à mettre à contribution les autres monastères de l’Ordre. A la fin du (XIIème siècle),
les Cisterciens, à la tête d’un domaine de quelques 5.000 hectares, ont jeté les bases du temporel. Le grand atlas de Cîteaux, conservé
aux archives départementales de Dijon, permet de connaître le détail des propriétés de Cîteaux en (1718). Elles se décomposaient alors comme suit :
* Enclos de Cîteaux : 20 hectares.
* Étangs : 150" hectares.
* Vignes : 120 hectares.
* Prés : 700 hectares.
* Terres de labour : 4.000 hectares.
* Bois : 4.200 hectares dont 2.000 hectares autour de l’abbaye.
* Soit au total : 9.190 hectares.
En 1726 l’abbaye de Cîteaux comptait 120.000 livres de revenu. Cette expansion assurera aux Cisterciens une place prépondérante,
non seulement au sein du monachisme Européen, mais aussi dans la vie culturelle, politique et économique.
- Les bâtiments au XVIIème siècle
Plan cavalier de l'abbaye de Cîteaux. Issu du Dictionnaire raisonné de l'architecture française du (XIème siècle) au (XVIème siècle), par Eugène Viollet Le Duc, (1856). Au (XVIIème siècle), Cîteaux se présente comme une petite ville enserrée à l'intérieur d'un vaste mur d'enceinte. Ses bâtisseurs ont mis en oeuvre cette solution comme une réponse architecturale à l’observance du voeu de stabilité selon la Règle de St Benoît :
"L’âme est en danger quand le Moine est en dehors de son Monastère, le Cénobite court des risques quand il s’éloigne de sa Communauté".
Cette règle veut que tout le nécessaire se trouve à l’intérieur du monastère, le mur d’enceinte protégeant du monde extérieur de vastes
constructions qui étonnent par leur importance. Mais Cîteaux, chef d’Ordre, n’est pas une abbaye quelconque. Elle se doit de recevoir décemment, non seulement
les délégués du chapitre annuel, leurs familiers, les chevaux, mais aussi la famille ducale, et d'héberger les novices. Ces obligations ont influé sur
l'infrastructure d'accueil qui doit répondre à ces besoins.
Au Nord, la porterie s’ouvre sur une 1ère cour appelée basse cour, fermée sur son pourtour par de vastes bâtiments destinés aux hôtes
et aux étrangers. A son extrémité Sud, une 2ème porte, dont l’étage était réservé au logement des Duchesses de Bourgogne, donne accès à une grande cour
d’honneur fermée sur sa partie Sud par le logis des Ducs de Bourgogne. Cette cour comprend des dépendances qui ne sont utilisées qu’au moment du "Chapitre gGnéral".
Les bâtiments conventuels s’organisent principalement autour de 3 cloîtres, le grand Cloître, le cloître du Colloque et le cloître St Edme. Autour de chacun de ces 3 espaces clos s’ordonnent les lieux réguliers, église, Salle Capitulaire ayant la fonction de salle d'assemblée législative et de tribunal, parloir, chauffoir, réfectoire, cuisine et dortoir. De l’église érigée au (XIIème siècle), centre de la vie spirituelle du monastère, longue de 102 mètres et dont la nef mesurait 11m,50 de large, il ne reste déjà plus rien en (1807). A l'Est du cloitre St Edme, le logement de l'Abbé Général, qui était éloigné de sa communauté. Il est par la suite transféré dans le logement des Ducs de Bourgogne. La fin de la période Médiévale est marquée par l'achèvement, en (1509), de la construction de la bibliothèque, seul bâtiment de cette époque encore existant sur le site.
Les bâtiments n'ont cessé d'évoluer au fil des siècles pour s'adapter aux besoins. C’est à la fin du (XVIIème siècle), sous l’abbatiat
de Dom Jean Petit, qu'est achevé le bâtiment, appelé aussi le nouveau définitoire, comportant des salles voûtées au rez de chaussée. L’étage est affecté au nouveau dortoir des novices. Ce bâtiment long de 80 mètres et large de 16 mètres, sauvé des destructions révolutionnaires, n’est parvenu jusqu’à nous que dénaturé par les installations industrielles du (XIXème siècle) qu’il dut abriter.
D’importants et nécessaires travaux de restauration sont conduits sur l’ensemble des bâtiments dans la 1ère moitié du
(XVIIIème siècle) avec les crédits dégagés par la vente des réserves de bois, mais il parait nécessaire à Dom François Trouvé, dernier Abbé de Cîteaux,
de demander l’autorisation d’une nouvelle vente d’une réserve de bois de 945,37 arpents, qui se fait en (1762), afin de pallier les nouveaux besoins.
Les architectes Nicolas Lenoir dit le Romain et Jean Caristie établissent un projet grandiose de reconstruction. Le projet n'est réalisé que partiellement,
ce qui est réalisé ne représentant finalement qu’une partie de l’immense projet. Le bâtiment de 100 mètres de long sur 20 mètres de large, dit bâtiment Lenoir ou encore logis Abbatial, est terminé pour le chapitre de (1771). C'est un des 3 bâtiments épargnés par la Révolution, affecté aujourd'hui à la communauté.
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