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Glossaire - Biographies
les Abbés et Abesses
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- Abbaye de la Grâce Dieu


- Présentation
* Diocèse : Archidiocèse de Besançon
* Patronage : Notre Dame
* Culte : Catholique Romain
* Début de la construction : (1139)
* Fin construction : XXème siècle)
* Dissolution : (1791)-(1844) puis (2008)
* Abbaye-mère : Abbaye de la Charité
* Lignée de : Abbaye de Morimond
* Congrégation : Ordre Cistercien
* Styles dominants : Art Roman, Art Gothique.
* Protection : Classé Monument Historique (1995), Partiel)

- Situation
* Province : Comté de Bourgogne
* Région : Franche Comté
* Département : Doubs
* Commune : Chaux lès Passavant

- Historique

L'Abbaye de la Grâce Dieu, placée sous la titulature de Notre Dame, est une abbaye Cistercienne, dans le département du Doubs. Elle occupe un vallon boisé, en bordure de la rivière l'Audeux. L'église, date du (XIIème siècle), comporte quelques structures Romanes de l'édifice d'origine. Le choeur Néo Gothique a été reconstruit au (XIXème siècle). Les Bâtiments Conventuels datent du (XVIIIème siècle), les bâtiments qui entourent le cloître et se prolongent jusqu'à l'Audeux, les façades et toiture de l'aile Nord, des bâtiments conventuels qui borde l'Audeux, des dépendances Ouest, de l'hôtellerie, du moulin Nord-Est, la cheminée et le décor de la salle du rez de chaussée de l'aumônerie font l'objet d'une inscription au titre des "Monuments Historiques" depuis le 25 avril (1995).

A moins de 30 kilomètres de Besançon, l'Abbaye N.D.la Grâce Dieu est blotti au creux d’un vallon verdoyant qui offre aux visiteurs la tranquillité, la sérénité et l’apaisement de l’esprit. L’Abbaye N.D. de la Grâce Dieu, 11ème fondation de l’Abbaye de Citeaux, a connu de nombreuses épreuves tout au long de son histoire. Au début du printemps de l’an de Grâce (1139), quelques moines venus de l'abbaye de la Charité en Haute Saône, près des rives de la Saône, se dirigent vers les plateaux du Doubs. Les Seigneurs de Montfaucon et de Rougemont viennent en effet de concéder des terres aux futurs fondateurs lesquels devront défricher et assainir ces lieux encore sauvages. Officiellement, la Grâce Dieu fut fondée le 25 Mars (1139) dans cette étroite vallée, dite vallée des hiboux tout près de la petite rivière dénommée l’Audeux. Pierre Gauthier, conducteur habile des 1ers moines qui s’installèrent dans ce décor quelque peu sévère, recevra le titre d’Abbé, 1er en date d’une longue suite. Prospère jusqu'au (XIVème siècle), elle connaît ensuite un déclin du fait notamment des guerres que connaît la région aux (XVIème siècle) et (XVIIème siècle).

Sous la Commende, qui commença lors du rattachement de la Franche Comté à la France en (1636), les abbés Commendataires eurent soin de reconstruire le monastère. Comme l'abbaye était une des plus pauvres de l'ordre Cistercien, les abbés ne retiraient guère de bénéfices de cette charge. Déjà pauvre, elle eut encore à souffrir matériellement, lorsqu'en (1757) le torrent de l'Audoux inonda l'abbaye et qu'elle fut pillée peu après. En (1790) les moines durent fuir, et l'abbaye fut vendue, abandonnée puis livrée au pillage. Puis les bâtiments furent transformés en usine. En (1791), les bâtiments sont vendus comme bien National et une forge est installée dans l'église. Lorsque l'abbaye de La Grâce Dieu, dans le diocèse de Besançon fut mise en vente en (1844), les moines de Val Ste Marie la rachetèrent car ils étaient trop à l'étroit dans l'ancienne ferme qu'ils habitaient. La communauté put s'y installer en (1849), avec Dom Benoît Michel comme abbé. La présence Cistercienne reprend de (1844) à (1909). En (1929), sous l'impulsion de l'archevêque de Besançon, des Moniales en provenance de l'abbaye Port Royal des Champs réinvestissent les lieux qu'elles ont occupé jusqu'à leur départ en (2010) pour l'abbaye d'Igny. Les travailleuses missionnaires de l’Immaculée de la Famille "Donum Dei" ont pris leur suite.

Ayant pu racheter, en (1861), l'abbaye de Tamié, Dom Michel y envoya un groupe de religieux, avec Dom Malachie Regnauld comme Prieur. Cependant, sous l'abbatiat de Dom Augustin Dupic, les difficultés financières de l'abbaye de La Grâce Dieu furent telles, que Dom Dupic fut contraint de vendre l'abbaye et ses domaines, en (1909). La communauté partit pour la Savoie, dans l'espoir de pouvoir reprendre l'abbaye de Hautecombe. Ce projet ne pouvant s'exécuter, la communauté fusionna avec le groupe de moines vivant à Tamié. Le titre Abbatial de La Grâce Dieu fut transféré à Tamié, et Dom Dupic devint le 1er Abbé de Tamié.

- Port Royal

La Grâce Dieu avait (65) années d’existence, lorsque fut fondé la très célèbre Abbaye de Port Royal en (1204) dans la Vallée de Chevreuse, près de Paris. Pendant plus de III siècles cette prestigieuse Abbaye vécue dans la prière, la solitude, le silence et la fidélité. Les méandres de l’histoire sont parfois imprévisibles, en effet, qui aurait pu se douter que le nom de Port Royal serait associé à celui de la modeste Abbaye de N.D. de La Grâce Dieu en Franche Comté. Après l’apparition des Bulles Pontificales entre (1653) et (1665), qui engageaient vivement les Moniales de Port Royal à se soumettre à la doctrine séculaire de l’Eglise pour mettre un terme à la propagation de la doctrine Jansénus, de sérieux conflits éclatèrent entre les moniales de l’illustre Abbaye. Quelques années plus tard, l’Abbaye fut presque totalement rasée sur l’injonction de Louis XIV. Bien des années plus tard, les moniales de Port Royal s’installèrent à Besançon et le 18 juin (1927), elles prirent définitivement possession de la Vielle Abbaye Franc Comtoise, N.D. de la Grâce Dieu. Depuis, l’âme de St Bernard continue de répandre sa douce lumière révélatrice.

- Dom Benoît Michel

Les moines du Val Ste Marie l'achetèrent en Novembre (1844) et ne purent en jouir qu'en Mars (1845). Dom Benoît Michel, Supérieur du Val Ste Marie y envoya un groupe de moines et de Convers pour mettre les bâtiments en état. C'était une friche industrielle et il y eut un énorme travail de restauration. A l'abbé Richard, membre de l'Académie de Besançon fut confié les documents rassemblés et il en publia "Histoire de la Grâce Dieu" en (1857). Les moniales de Port Royal installées à la Grâce Dieu en (1927) étudièrent la suite de l'histoire de (1792) à (1909). Les registres des prises d'habit de la Grâce Dieu, Registre 1 Choristes - Convers, et Registre 2 Choristes - Convers, fournit la liste des Frères venus de Bellevaux et de Géronde, ainsi que ceux entrés directement à la Grâce Dieu.

Par sa lettre du 1er août (1847) le pape Pie IX autorise l'archevêque de Besançon à ériger la Grâce Dieu en Abbaye, en lui enlevant la qualité de Prieuré. Le Cardinal Mathieu procède à l'Érection de la Grâce Dieu en Abbaye par acte du 23 août (1848). Il y précise: "Des Moines Cisterciens fixèrent d'abord leur demeure dans la localité de Bellevaux, de notre Diocèse, puis en (1831), à cause de la dureté des temps, s'en allèrent dans les dures montagnes du Valais à Géronde en Suisse, finalement s'en retournèrent chez nous dans la paroisse de Malans, y ayant établi un Prieuré sous le titre de Val Ste Marie. Mais comme les bâtiments s'avérèrent en piteux état et l'endroit difficile d'accès, les moines Trappistes achetèrent le monastère de la Grâce Dieu. Le Chapitre général tenu le 17 avril (1847) au monastère de Sept Fons, a donné son accord. Nous transférons le monastère de la Trappe du Val Ste Marie à la Grâce Dieu et nous le déclarons transféré, et nous érigeons ledit monastère de la Grâce Dieu en Abbaye, et le déclarons érigé".

- Evolution

Dom Benoît Michel fut élu comme Supérieur du Val Ste Marie, à la Pentecôte (1844). Après l'érection de la Grâce Dieu en Abbaye il fallut procéder à l'élection du 1er Abbé. Elle eut lieu le 1er juillet (1847) et Dom Benoît obtint la majorité des voix. L'élection fut confirmée par le vicaire général de l’Ordre de Cîteaux, Abbé de Ste Croix de Jérusalem à Rome le 28 janvier (1848) et la bénédiction Abbatiale conférée par Mgr l’Archevêque de Besançon le 24 août (1848). Cependant, à cause de la lenteur des travaux, la nouvelle abbaye ne put recevoir la communauté au complet que le 29 Septembre (1849), jour de la bénédiction de l'église restaurée, par i>Dom Benoît Michel. Une cloison séparait l'église en 2. La partie arrière réservée aux Frères Convers qui ne suivaient pas l'intégralité des offices. Le choeur des Moines avec les stalles et l'autel.

Dans la partie réservée aux Frères Convers un autel particulier était surmonté des reliques de St Pierre de Tarentaise. Père Fulgence Blériot a dessiné la châsse et son contenu, la "jambe gauche, un ciboire, une mitre". Le choeur des moine, cette partie de l'église fut reconstruite entre (1845) et (1849). Au centre une statue de la Vierge Marie de 2m,40 de haut. De chaque côté 2 autres Saints. Ces dernières s'étant révélées être en plâtre, sans grand style furent enlevées lors d'une restauration postérieure. La statue de la Vierge fut emportée par les Moines lors de leur déménagement pour la Savoie. Elle présidait dans l'église de Tamié. Elle semblait de taille disproportionnée dans le choeur de Tamié. Plus tard elle fut confiée aux moniales de la Grâce Dieu. Elle se trouve dans l'église de la Grâce Dieu, dans la nef des fidèles, à gauche sur le sol.

L'orientation de l'église fut modifiée par les moniales. Elles installèrent une statue de la Vierge Marie de dimension restreinte. L'autel fut placé à l'arrière pour permettre au prêtre d'y avoir accès sans avoir à rentrer dans la clôture réservée aux moniales. Le stalles n'ont pas changé de place, mais l'autel se trouve au fond, derrière les grilles. Plus tard les moniales ont remis l'autel à la place primitive et les 2 grosses statues ne furent pas remplacées. La Salle du Chapitre des moines. Le réfectoire des moines. La chair permettait au lecteur de se faire entendre. Il lisait pendant tout le repas. Avant (1909) l'éclairage était électrique. Les suspensions des lampes à pétrole ont été conservées. La fromagerie à la Grâce Dieu ne fut lancée que vers (1908) pour la vente à l'extérieur. Le propriétaire qui a remplacé les moines a continué cette industrie. Le fromage était fabriqué sous forme de petites meules de moins de 2 kg, alors que le produit local, le gruyère de comté pesait plusieurs dizaines de kg.

- le Pélerinage

Sur la rive droite du cours d’eau qui va du moulin de l’étang à la Grâce Dieu et dans la partie la plus profonde d’une petite crique, existe une fontaine qui est un lieu de pèlerinage et de dévotion. Son origine remonterait au séjour que, d’après la tradition populaire, St Bernard aurait fait à l’abbaye. A ce séjour se rattacheraient 2 légendes. St Bernard, dit on, se trouvait dans sa cellule. Les moines, qui le croyaient seuls, l’entendirent converser avec quelqu’un. Ils l’interrogèrent à ce sujet. Le Saint leur raconta alors que, cherchant en vain la solution d’une question scripturale, la Ste Vierge lui était apparue et la lui avait donnée. De là viendrait la dévotion particulière des populations qui se rendaient à l’abbaye pour les fêtes de Notre Dame. La légende raconte en outre que, le domestique de St Bernard étant malade, celui ci l’envoie se laver à la fontaine qui se trouvait à l’Est du bois, et que le domestique fut guéri, et l’historien Masse, qui se fait l’écho de cette tradition, ajoute que plusieurs personnes infirmes vont s’y laver et s’en trouvent bien.

La fontaine est encore actuellement un lieu de pèlerinage. On s’y rend dans la nuit du 14 au 15 Août de chaque année. Il est dans la croyance populaire qu’à minuit l’eau remplit un timbre qui est enfoncé sous la fontaine, et que peu à peu émergeant du timbre, elle se répand dans la crique, puis de là dans le ruisseau qui lui fait suite. Bien entendu, il est de croyance que ce timbre ne peut s’enlever. A plusieurs fois on y attela des paires de boeufs, mais les efforts étaient infructueux et le timbre restait en place. A plusieurs reprises toutefois et à force d’hommes, on l’aurait sorti de la place qu’il occupait et mis sur la berge, mais le lendemain le timbre avait repris sa place. L’eau de la fontaine ne guérirait pas spécialement, d’après les gens du pays, telle ou telle affection, mais tous les malades sans exception pourraient demander leur guérison. Le pèlerinage de la fontaine de la Grâce Dieu serait en outre comme certains lieux de pèlerinage, dans les Pyrénées notamment, le rendez vous de jeunes couples qui viendraient y faire des accordailles. Il y avait autrefois près de la fontaine une croix qui a disparu.

- Soeur Colombe

Soeur Colombe à 86 ans est toujours l’organiste de la communauté. Nous allons toutes quitter Grâce Dieu par petits groupes à partir du mois de Juin pour aller d’abord à Belval dans le Pas de Calais, puis à Igny, vers Reims car les travaux pour nous accueillir dans une nouvelle unité de vie ne sont pas terminés, précise Soeur Colombe, dimanche dernier alors que les visiteurs affluent pour le vide greniers prélude à ce départ. Celui ci était inéluctable, les 12 soeurs sont en effet très âgées et la seule novice présente à la Grâce Dieu est originaire d’Igny. Il faut dire aussi que les activités de la petite communauté se sont réduites même si l’accueil de retraitants fonctionne. La soeur qui s’occupait de la quinzaine de ruches a dû cesser cette activité en raison de son âge. Les travaux de confection pour les enfants se sont eux aussi réduits tandis que les assemblages électriques pour le secteur automobile ont été victimes de la modernisation. Une machine nous a désormais remplacée, constate Soeur Colombe. Reste le jardin et là c’est une autre histoire puisqu’il faudrait selon elle carrément changer le climat, les hivers sont trop longs et la terre est trop froide.

Malgré ce départ, l’abbaye ne va pas disparaître. "En octobre prochain ce sont les Travailleuses missionnaires qui vont arriver avec 35 jeunes novices qui seront en formation pour 6 ans avant de prendre le voile et de partir en mission". C’est donc une page qui va se tourner pour la Grâce Dieu où les moniales Cisterciennes étaient arrivées en (1927). Je suis ici depuis (66) ans, raconte avec pudeur Soeur Colombe. Originaire de Montlebon, son père, un Suisse Allemand était fromager. J’étais plus faite pour la montagne, mais je suis entrée à la Trappe à (19) ans. Un choix mûrement réfléchi, qu’elle a conforté par des lectures et des visites sans oser l’avouer directement à son père. Et Soeur Colombe d’évoquer avec beaucoup de franchise sa vie monacale. Vous savez, les choses ont beaucoup changé, lorsque je suis venue nous étions 8 novices, souvent malades parce que nous souffrions de carences, nous étions nourries de manière assez frugale.

Et puis la vie de religieuse était rude. Le lever était par exemple à 2 heures du matin suivi par l’office et de nombreuses prières vocales qui épuisaient les jeunes novices. Les dortoirs étaient communs, le froid régnait l’hiver à tel point que l’eau gelait dans les cuvettes. Il fallait aussi faire pénitence et plus c’était dur, plus c’était glorifiant jusqu’à la flagellation tous les vendredis, se souvient elle encore. Heureusement le concile Vatican II est passé par là et Jean XXIII a fort justement assoupli toutes ces règles "puisque c’est seul l’amour qui compte". Néanmoins le lever est à 4h,20 tous les matins et malgré ses (85) ans, Soeur Colombe quoi qu’il advienne est à l’orgue à chaque office. Quant aux contacts avec l’extérieur, ils sont bien sûr impossibles pendant l’Avent et le Carême. Nous avons chaque jour une lecture pendant le repas de midi, à partir des informations publiées par le quotidien La Croix, mais nous n’avons ni radio, ni télévision. Durant le long week end du 1er Mai, beaucoup de choses et d’objets qui ont émaillé la vie de l’abbaye ont trouvé preneur, des bénitiers, des vierges, des livres, des corbeilles et même un tracteur Renault 551 avec une charrue simple. Toutes choses dont on ne se servait plus et puis vous savez, c’est un peu gênant d’aller ailleurs, mais nous ne sommes pas tellement attachés au lieu et c’est le seigneur qui nous conduit. André Nayener

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