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Glossaire - Biographies
Jacobins 1 - Restauration - Chronologie
Photos

(Toulouse, Haute-Garonne 31, Midi-Pyrénées, France.)

- Saint Dominique

L'ordre des Frères Prêcheurs, futurs Dominicains, est créé en (1216) à Toulouse par St Dominique, dans le contexte de la lutte contre l'hérésie Cathare. La maison mère est le couvent des Frères Prêcheurs, installé dans le site actuel depuis (1230). L'Ordre des Frères Prêcheurs, jouit d'un triple privilège, celui de posséder, dans la maison de Pierre Seilan, le lieu de mémoire de la fondation de l'ordre par St Dominique en personne, celui de garder le corps de St Thomas d'Aquin, dans l'église des Jacobins que le Pape Urbain V lui avait choisi pour reliquaire monumental, celui de conserver aux Jacobins, le souvenir de Sébastien Michaelis, dont la réforme qu'il impulsa au début du (XVIIème siècle) fit de notre ville, pour la 2ème fois, le berceau de l'Ordre.

Paradoxalement, Toulouse berceau de l'Ordre des Frères Prêcheurs, a peu connu St Dominique. Il y est d'abord venu d'Avril (1210) à Mai (1211) pour soutenir l'évèque Foulques (1206)-(1231). Il y a fondé la 1ère maison Dominicaine en Avril (1215) et s'en est éloigné à l'automne de la même année pour assister au 3ème Concile de Latran. Il est revenu à Toulouse en Mai (1216) et y a décidé d'adopter la règle de St Augustin pour l'ordre qu'il venait de fonder. Peu après, en juillet, le chapitre de la cathédrale St Etienne confiait le prieuré St Romain à la jeune communauté Dominicaine de Toulouse. En octobre (1216), Dominique reprit le chemin de Rome et ne revint plus jamais à Toulouse. Il mourut à Bologne en (†1221).

Le 25 Avril (1215), Dominique reçut de Pierre, fils du viguier Bernard Seilan, des maisons, hautes et nobles, pour y installer ses frères prédicateurs. Sous réserve d'une étude archéologique très sérieuse, disons que ces constructions correspondent à l'immeuble portant actuellement le n°7 de la Place du Parlement. Aussitôt, le fils du viguier, Pierre, devint le 1er disciple de St Dominique.

En Juin (1216), à la suite de la bataille de Muret (1213), du démantellement des remparts de Toulouse par Simon de Montfort (1215), l'évêque de Toulouse, sentant que la situation devenait dangereuse pour les prêcheurs, leur proposa le service de la chapelle du prieuré St Romain, sur le territoire paroissial de la cathédrale. Et ainsi, en Août (1216), les frères déménagèrent à St Romain sans toutefois perdre la propriété de la maison Seilan.

- Construction

La construction de l'église dure un peu plus d'(I siècle). Le projet, initialement Roman, s'achève dans le style Gothique Méridional. De (1230) à (1234), est édifié un bâtiment rectangulaire, relativement modeste, couvert d'une charpente. Le choix d'un double vaisseau est déjà fixé, la nef de gauche est consacrée aux Religieux, la nef de droite aux Fidèles. De (1245) à (1252), on allonge l'église vers l'Est pour la doter d'un choeur polygonal. de (1275) à (1298), le choeur reçoit sa voûte actuelle, avec le fameux palmier, élevé en (1292). On édifie également la tour du clocher en (1298). Enfin, de (1325) à b>(1335), on remanie les nefs pour les rendre parfaitement symétriques et assurer la cohérence architecturale avec le choeur. En (1385), Urbain V confie le corps de St Thomas d'Aquin au couvent, qui change alors de titulature en l'honneur du grand Théologien Dominicain. Les travaux du nouveau couvent qui devait recevoir plus tard le nom de Jacobins, les Prêcheurs abandonnèrent définitivement le prieuré St Romain. L'église résulte d'une série de 4 campagnes de construction et de remaniements étalés sur plus d'(I siècle).

* 1ère Campagne (1230-1234)

En (1230), construction d'une église à 2 nefs inégales, divisée en 6 travées par 5 piliers carrés et 2 piliers adossés, l'un au chevet, l'autre au revers de la façade Occidentale. Cette grande salle rectangulaire de 22m,46 et 13m,60 de hauteur était seulement charpentée. Sa façade Ouest forme la partie inférieure de la façade Occidentale actuelle.

* 2ème Campagne (1245-1252)

On fait l'agrandissement vers l'Est par construction d'un chevet de 2 travées couvertes d'arcs diaphragmes et d'une abside polygonale, le cloître est mis en chantier. Cette complexité préfigure audacieusement le Gothique de la fin du (XVème siècle). Le choeur, à 7 pans, est illuminé par de grandes baies semblables à celle de la nef. Il a aujourd'hui perdu sa fonction Liturgique.

* 3ème Campagne (1275-1292)

Il est vraiment regrettable qu'aucun historien n'ait conservé le nom du génial architecte qui réussit à donner au chevet son voûtement définitif, au cours de cette 3ème campagne. En dépit de nombreux tâtonnements, il eut le mérite de concevoir une élévation d'une extraordinaire hardiesse, dont l'harmonie n'a pas eu d'équivalent dans toute l'architecture Gothique. En effet, après avoir renoncé à une formule de voûte qui aurait fait rayonner les nervures seulement sur demi cercle, sur les 7 Chapelles Rayonnantes, il semble qu'il déplaça la dernière colonne de 2m,50 vers l'Est et engloba le voûtement de la dernière travée à celui de l'ensemble de l'abside. Sur cette colonne, il lança une voûte étoilée à 11 divisions triangulaires, recoupées de lignes bissectrices. Cette disposition entraîna donc la mise en place de 11 clefs de voûte et 22 arcs ogifs, soient 11 arcs doubleaux et 11 liernes. Le résultat est stupéfiant, toute la voûte du chevet, tourne dans sa totalité autour d'une seule colonne, que les Toulousains ont baptisée palmier des Jacobins. Cette complexité préfigure audacieusement le Gothique de la fin du (XVème siècle).

- Quatrième campagne

Au début du (XIVème siècle), le contraste entre la vieille nef charpentée, dont la hauteur n'excédait pas 13m,60, et le nouveau chevet, dont les clefs de voûte atteignent 28 mètres de hauteur, était devenu insupportable. On entreprit alors la reconstruction de la double nef de la vieille église autour de colonnes cylindriques prenant la place des colonnes à base carrée de l'édifice initial.

- Visite Extérieure

L'ensemble de l'église est construit en briques rouges. La façade est austère. Le portail en plein cintre, situé à la base de la partie Sud, est un vestige de la 1ère église Romane (1234). Les contreforts sont surmontés de tourelles Octogonales reliées entre elles par une courtine. Entre les contreforts s'inscrivent de grands arcs brisés qui abritent de petites Roses et des fenêtres à 3 lancettes. On retrouve ces grands arcs brisés inscrits entre les contreforts au niveau de la nef. Dans chacun d'entre eux est incluse une longue et étroite fenêtre à 3 lancettes. L'ornementation est minimale.

Avant d'entrer dans l'église, prenons conscience de la beauté de cet immense vaisseau de briques scandé par le jaillissement de ses énormes contreforts à ressorts, surmontés de gâbles en bâtière à la hauteur de sa toiture, qui divisent verticalement la façade font apparaître la séparation en 2 nefs. Reprenant une structure défensive déjà utilisée dans les églises fortifiées de l'époque Romane, les constructeurs ont lancé, d'un contrefort à l'autre, des arcs en tiers point qui n'ont des mâchicoulis que l'apparence, en l'absence d'arcs boutants, ils n'ont pas d'autres buts que d'articuler dans le sens longitudinal les organes de contrebutement des voûtes.

Surmontées d'Oculi dont la mission est d'aérer les charpentes, les fenêtres à 2 meneaux viennent se loger sous les arcs, au dessus des voûtes des chapelles latérales. Les gargouilles mises à part, aucun décor sculpté ne vient contrarier l'élégante rigueur de cette architecture. La même harmonie a présidé l'organisation de la façade Occidentale qui a conservé, à sa base, le portail en plein cintre et les murs de la première église (1230)-(1234). Ici, les arcs reliant les 3 contreforts surmontent 2 rosaces correspondant aux 2 nefs de la reconstruction du (XIVème siècle). Ils sont surmontés d'une galerie à colonnettes de marbre portant 26 arcs cintrés.

Les contreforts sont couronnés par des tourelles Octogonales percées d'arcs en mitre et coiffées de toitures pyramidales. Le parvis devant la façade Occidentale, correspond à l'emplacement du petit cloître des séculiers et les bâtiments modernes du Lycée Pierre de Fermat ont été construits dans l'espace qu'occupaient les jardins du couvent. Le dispositif adopté au (XIVème siècle) a réduit à 7 le nombre des supports centraux ou piliers et a rigoureusement égalisé les largeurs des 2 vaisseaux pour équilibrer les voûtes.

L'ensemble du décor peint, en grande partie retrouvé sous les badigeons (XIXème siècle), est contemporain de l'achèvement de l'édifice. Il simule un appareillage de pierre peint à la colle, avec alternance de rouges verts et de rouges jaunes. Les joints blancs sont soulignés de lignes noires. Les chapiteaux des arcs d'entrée des chapelles sont ceux de l'ancien cloître (XIIIème siècle) qui ont été récupérés au (XIVème siècle) et remodelés pour être utilisés ici. Les chapelles latérales, malheureusement détruites ou défigurées au (XIVème siècle) ont été restaurées. Hélas, elles ne conservent que quelques restes d'un important programme Iconographique peint qui présentait de nombreuses analogies avec les miniatures d'un missel Dominicain du (XIIIème siècle) conservé à la Bibliothèque Municipale de Toulouse. Les armes du cardinal Godin figurent autant aux clefs de voûtes que dans les peintures.

- le Clocher (1275-1298)

Le clocher s'inspire très fortement de celui de St Sernin. De base Octogonale, il déploie sur 45 mètres de haut ses 6 niveaux. Les 2ers, qui constituent l'assise de la tour, sont aveugles. Les 4 suivants, percés de baies géminées sur chaque face, sont en retrait successif. Accolé au flanc Nord de l'église il surplombe la sacristie. Il se compose d'une souche Octogonale aveugle, voûtée intérieurement, à laquelle s'accroche un escalier hélicoïdal, et de 4 étages en retrait percés de baies géminées couvertes d'arc en mitre. Des lignes de dents d'engrenage relient les colonnettes d'angles à chaque étage, comme au niveau supérieur du clocher de St Sernin. Mais, à la différence de ce dernier, celui des Jacobins n'a pas conservé sa flèche, parce que d'après la municipalité révolutionnaire de (1795), "elle outrageait le principe de l'égalité". Le couvent est transformé en arsenal. Il subit de fortes dégradations. Il est renommé couvent des Jacobins, en référence au couvent des Jacobins de la rue St Jacques, à Paris. L'action de Mérimée et Viollet le Duc permet de rouvrir le couvent au culte en (1873). Entre (1965) et (1970), on reconstruit, avec des éléments disparates retrouvés dans la région, les galeries Sud et est du cloître qui avaient été rasées au (XIXème siècle).