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(Lachalade, Département de la Meuse, région Champagne Loraine.)

- Abbaye Cistercienne de Lachalade

Fondée vers (1120), a connu une période de grande prospérité jusqu'au (XVème siècle). L'église Abbatiale dont la construction débute au (XIIIème siècle), a été achevée vers (1340). Elle a été conservée en grande partie dans son aspect d'origine. Quant aux bâtiments Monastiques dont il reste 2 ailes en état remarquable, ils furent reconstruits vers (1680). On doit aux moines Cisterciens de Lachalade le développement industriel de la vallée de la Biesme, "tuileries, briqueteries, verreries, forges, moulins", qui ne disparurent, pour la plupart, qu'au (XIXème siècle). En (1785), la communauté, réduite à 10 moines, loua la majeure partie des bâtiments à Jean Marie Bigault de Parfonrut, gentilhomme verrier, qui en obtint la propriété en (1791), lors de la vente des biens du clergé.

L'Abbatiale redevint église paroissiale, ce qui la sauva de la ruine, son état étant tel, qu'en (1838), le Guide Pittoresque du Voyageur de France fait état d'une église en ruines à Lachalade. Heureusement, en (1851), un curé dynamique, l'abbé Chaput, entreprit sa restauration aux prix de 30 années d'efforts et de multiples tracasseries. On lui doit notamment l'intégration, au dessus du portail Ouest de la magnifique rosace du (XVème siècle), échappée de la démolition de l'abbaye St Vanne de Verdun. Victime de sérieux dommages au cours des 2 Guerres Mondiales, l'Abbatiale a fait récemment l'objet d'un important programme de restauration.

- Visite

On entre par la façade Nord du transept. A gauche 2 chapelles éclairées par des fenêtres dont les vitraux comportent encore des parties en grisaille, restaurées, du (XIIIème siècle). On y distingue des visages grotesques de profil. Dans la 1ère chapelle, un autel en bois sculpté du (XVIIIème siècle) a été restauré. La clé de voûte, de la croisée d'ogives porte un visage sculpté, le seul représentant une forme humaine. Les autres sont décorés de motifs végétaux. Entre les 2 1ères chapelles, des fonds baptismaux du (XIXème siècle). A droite de la 2ème chapelle sur le soubassement de l'Enfeu qui la séparait du chevet repose un Gisant du (XIVème siècle). Sans doute celui de Perrin de Vauquois, un ancien bailli de Clermont, mort le 25 Août (†1322). Le chevet est généreusement éclairé par les fenêtres de l'abside construite sur 5 pans d'un Octogone. Chaque fenêtre, divisée en 2 par un meneau qui porte 2 arcs trilobés, est surmontée par un tympan percé d'une ouverture elle aussi trilobée. Les vitraux placés à l'intérieur des verrières centrales viennent, du collatéral Sud de la nef, ils sont les seuls à avoir été sauvé d'une destruction totale pendant la Grande Guerre.

Dans la travée Sud de l'abside se trouvent une armoire et une piscine liturgique. Dans les églises primitives le prêtre faisait des ablutions dans une piscine après la communion et y lavait le calice. Le pape Léon IV ordonna qu'il y eut une piscine distincte pour chacun des 2 usages. A la fin du (XIIème siècle) on voit dans les églises des piscines géminées, d'abord fixées aux piliers des églises, puis supportées par des colonnettes ou installées dans des niches. Il en existe encore dans la cathédrale d'Amiens, la Ste Chapelle de Paris, l'église Cistercienne de Pontigny. Celle de La Chalade surmontée d'un arc en plein cintre est vraisemblablement postérieure à l'armoire dont le linteau est décoré d'un arc brisé à redents, en faible relief.

Une Vierge en bois, Polychromée à l'origine, avec une tête sculpée dans la pierre, située entre le choeur et la bras Sud du transept, porte l'Enfant qui lui a perdu sa tête, nous ignorons sont origine. Nous observons de cet endroit la belle ordonnance de la nef et, dans la façade vers l'Ouest, la Rose provenant de l'abbaye de St Vanne de Verdun qui domine le portail donnant actuellement sur le cimetière. Les fenêtres qui éclairent au levant le bras Sud du transept contiennent des beaux vestiges des vitraux anciens, actuellement en restauration, et qui, ont dû subir bien des réparations. Dans la base du mur Sud du transept on distingue le Tympan Monolithe d'une porte avec une Croix sculptée. Il semble être le dernier vestige, d'une datation, fin du (XIIème siècle) de l'église antérieure à l'édifice actuel. Il communiquait avec la sacristie.

Sur le retour Ouest du transept ont été déposées les dalles funéraires de 3 Chevaliers, Oger, seigneur de Dannevoux, Raoul Buri, seigneur de Fontaine en Dormois, le 3ème n'a pas pu être identifié. Toutefois les 3 dalles peuvent être datées des années (1270)-(1280). La porte d'accès au cloître, murée après (1791), était située dans la 1ère travée du collatéral Sud. A l'extrémité de ce dernier, notez la fenêtre aux verrières inégales séparées par un meneau. Du portail Ouest, on peut observer l'imposante majesté de l'édifice, la hauteur du vaisseau et le galbe très pur des piliers, les chapiteaux à feuillages de corbeille d'une sobre élégance et surtout la lumineuse abside aux fenêtres à lancettes géminées et trilobées. En remontant vers le choeur, à la croisée du transept, la clé de voûte est percée d'une ouverture circulaire destinée au passage de la cloche que contenait l'ancien clocher. De cet endroit on voit le Christ en Croix d'art populaire sur la pile Nord-Ouest.

A l'extrémité du bras Nord du transept, la façade est percée d'une porte en arc brisé au dessus de laquelle s'ouvre une grande baie, la plus importante de l'édifice. Son tympan contient une rose enfermant un quadrilobe. Elle repose sur 2 arcs subdivisés chacun par 2 arcs plus petits, portant une Rose et reposant sur des meneaux sans colonnette.

- les Vitraux

Les vitraux actuels sont en grande majorité récents. Pourtant ils sont probablement moins éloignés de l'esprit Cistercien que ne l'étaient les anciens dont on a soigneusement récupéré les fragments.

La volonté de simplicité, d'économie, de refus de l'ornement a conduit les Cisterciens à une esthétique austère. "Sculpturis et picturis ne fiant" - "Il ne sera fait ni sculpture ni peinture", dit la Charte de Charité, parce que leur vue pourrait détourner l'esprit du moine Cistercien de sa méditation profonde. Le blanc est celui du verre brut, fabriqué par les moines, tel qu'il sort du creuset. Suivant les matériaux de base, il se teinte d'un gris bleuté ou verdâtre ou de jaune fumé, ce qui permet de jouer avec les parcelles de tons différents assemblés par un plomb qui se prête à former des dessins abstraits, variés, dont l'inspiration ne relève que de la seule géométrie. Nous trouvons à La Chalade des vitraux du Moyen Age tout à fait différents. On y a largement utilisé la Grisaille, procédé qui existait depuis le (Xème siècle). C'est une technique de peinture sur verre, vitrifiable, plus ou moins transparente, de ton gris brun, obtenue par mélange d'oxyde de fer et de cuivre auquel on ajoute un fondant. La Grisaille est étendue au pinceau et autorise un travail de modelé en demi teintes, qui peut être accentué par des enlevés ou grattages de la Grisaille séchée, avec des pointes de bois. Ainsi trouve t'on à La Chalade des décors de feuillage et des figures grotesques.

Les transepts sont d'une conservation parfaite celui de gauche est éclairé à son extrémité par une énorme fenêtre de style Ogival Flamboyant qui conserve quelques fragments de vitraux en Grisaille. La fenêtre placée derrière l'autel possède encore une verrière intacte du (XVème siècle), représentant des Saints placés sous des espèces de dais à clochetons très ornés celles de droite et de gauche ont également d'assez belles verrières en grisaille, mais sans personnage, les 3 grandes Roses de ces fenêtres portent des écussons triangulaires, dans celle du centre, les armes de France "semé de fleurs de lys sans nombre", dans celle de gauche, de Champagne et dans celle de droite du Barrois. On trouve aussi quelques fragments dans les vitraux des chapelles du transept. Que s'est il passé dans les 15 ans qui ont suivi, l'abbé Chaput, à qui nous devons certainement la survie de l'Abbatiale de La Chalade, rapporte dans une lettre du 24 Juin (1865)

"J'ai ramassé à terre, au milieu des débris de toutes sortes, jusqu'au moindre morceau de verre qui attestait l'ancienne splendeur de l'église. J'ai restauré 3 fenêtres anciennes des hautes nefs, j'ai remis les morceaux perdus avec assez d'habileté pour qu'on ne puisse distinguer les nouveaux des anciens. Oui, je n'ai besoin que des matériaux, parce que je puis moi même confectionner les vitraux peints appelés Grisaille. J'ai acheté pour plus de 2.000 Francs de verre, de couleur, de dessins, d'outillage. La plupart des vitraux sont prêts. J'ai posé une fenêtre au fond du choeur". Le 24 Décembre (1865), l'abbé Chaput s'engage à poser le vitrage complet.