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Chronologie - Abbés
Chapiteaux - Apôtres - l'Abbaye

(Moissac, Chef lieu de Canton du Tarn et Garonne. Sur le Tarn.)

- Historique

L'abbaye, fondée au (VIIème siècle), fut rattachée en (1047) à la puissante abbaye de Cluny et devint, dès le (XIIème siècle), le plus éminent centre monastique du Sud-Ouest de la France. Si l'abbaye et le cloître offrent un exemple remarquable de mélange des styles Roman et Gothique, c'est le tympan du portail Sud qui constitue le véritable chef d'oeuvre de Moissac. Exécuté au (XIIème siècle), il illustre la vision de St Jean de l'Apocalypse en une profusion de détails expressifs, voire hallucinés.

- les Origines

Les origines de l’abbaye selon une pieuse légende entretenue par les bénédictins Moissagais, soucieux du prestige de leur abbaye, celle ci aurait été fondée par Clovis en personne au lendemain d'une victoire remportée ici sur les Wisigoths, en (506). Le Roi franc, ayant fait le voeu d'ériger un monastère s'il triomphait, lança du haut de la colline son javelot pour marquer l'endroit précis où s'élèverait "l'abbaye aux mille moines", en mémoire de mille de ses guerriers morts au combat. Or le javelot vint se planter au milieu d'un marais, ce qui nécessita des constructions sur pilotis. D'ailleurs, et nous quittons ici la légende, l'humidité qui règne dans le sous sol de l'abbatiale St Pierre est en partie responsable des graves altérations qui affectent aujourd’hui les bas reliefs du portail Roman.

En réalité, Moissac peut être considéré comme l'un des nombreux monastères établis dans l'Aquitaine du (VIIème siècle) avec l'appui de souverains Mérovingiens, tel Dagobert, et sous l'impulsion sans doute de l'évêque de Cahors, St Didier (630-655). Le privilège de la protection royale fut renouvelé au début du (IXème siècle) par Louis le Pieux, alors Roi d'Aquitaine, protection remplacée bientôt par celle des comtes de Toulouse.

Mais la situation de la ville sur la grande voie de passage, routière et fluviale, reliant Bordeaux et Toulouse, la rendait particulièrement vulnérable aux invasions. Ainsi, l'abbaye fut elle saccagée par les Arabes d’al Andalus, une 1ère fois lorsque ceux ci assiégèrent Toulouse, une 2ème fois après leur défaite de Poitiers en (732). (I siècle) plus tard, de nouveaux pillages furent le fait des pirates Normands qui remontaient la Garonne puis, au (Xème siècle), des Hongrois.

En (1047), tout est à refaire, car théorie et pratique sont devenues très éloignées l'une de l'autre. Les moines Bénédictins, en principe astreints aux travaux manuels et agricoles, se déchargent en fait de leurs corvées sur les frères Convers et les Serfs. Noblesse oblige. Le plus grave est que, sous la direction de l'abbé Étienne, la discipline s'est considérablement relâchée. Ce personnage ne doit son siège abbatial qu'à la bienveillance de Gaubert, un seigneur local qui avait acheté l'abbaye fort cher. Soucieux de rentrer dans ses frais, il avait chargé son protégé de détourner toutes les richesses du monastère.

Selon un chroniqueur, l'abbaye est devenue un repaire de brigands. La mort de cet abbé si peu scrupuleux pousse l'évêque de Cahors à intervenir et à faire appel aux moines Clunisiens. Durand de Bredon, le nouvel abbé de Cluny, vient en personne sur les lieux. Il a mission, en priorité, de relever les bâtiments qui menacent de s'effondrer. Ensuite, quand l'ordre sera rétabli, il sera temps d'affilier cette abbaye à la maison mère. Une façon aussi de s'implanter dans le Sud-Ouest.

Le choix de Moissac comme étape majeure sur le chemin de St Jacques de Compostelle, entraîne une brillante renaissance spirituelle et artistique. Avec le grand abbé d'origine Auvergnate Dom Durand de Bredons (1048)-(1072), en même temps évêque de Toulouse, débute l'âge d'or du monastère qui étend ses possessions dans tout le Midi Languedocien et jusqu'en Espagne. L'abbaye est gouvernée par de grands abbés, Dom Hunaud, qui fut vicomte de Brulhois, Dom Ansquitil, qui fait ériger le cloître (1115) et accueille le Pape Urbain II venu consacrer le maître autel de l'église, et le Bienheureux Roger, à qui l'on doit la tour porche et le portail avec son célèbre tympan (1135).

A la fin du (XIIIème siècle), les grands abbés bâtisseurs Raymond de Montpezat, puis Bertrand de Montaigu peuvent relever les ruines, mais leur oeuvre est anéantie par la guerre de (100) Ans et son cortège de désolations. Les exactions des Grandes Compagnies s'ajoutent à une épidémie de peste dans cette ville frontière, aux portes de l'Aquitaine Anglaise, âprement disputée par les 2 camps. A la fin du (XVème siècle) et au commencement du (XVIème siècle), la tourmente passée, Aimery de Roquemaurel (1431)-(1449), puis Pierre de Carmaing (1449)-(1483) doivent reconstruire presque entièrement leur Abbatiale ruinée, ils réalisent de grands travaux, en particulier, la partie Gothique de l'Abbatiale.

Sous la Révolution, enfin, en Octobre (1793), le mobilier de l'église et ses vitraux, les ornements et les pièces d'orfèvrerie du Trésor, sont saccagés et livrés au pillage au cours d'une émeute. Le cloître, vendu comme bien National, sert d’abord de fabrique de salpêtre, puis de cantonnement militaire. C'est alors que des soldats martèlent systématiquement les têtes des personnages des chapiteaux historiés.

Les ingénieurs du chemin de fer faillirent bien en porter la terrible responsabilité. Le cloître, qui se situait sur le tracé prévu de la ligne, devait être entièrement démoli. Seuls le grand Réfectoire et les Cuisines des moines, au Nord, furent sacrifiés. L'évènement eut le mérite d'alerter la toute jeune administration des Monuments Historiques qui, sous la direction de l'architecte Viollet le Duc, entreprit les 1ers travaux de sauvegarde.

- l’Abbaye

Des fouilles ont révélé sous l'Abbatiale St Pierre le couloir annulaire d'une église Préromane avec un Graffiti du (IVème siècle), et les piliers ronds de la nef Primitive. La partie la plus ancienne qui subsiste est le clocher porche de (1120), fortifié (20) ans après et abritant l'un des plus beaux Portails Romans qui soient. La partie basse de la nef, en pierre, est également Romane, mais la partie haute en briques est du Gothique Méridional, les 2 travées du choeur, l'abside à 5 pans et les chapelles sont du (XVème siècle). On y voit une Pietà du (XVème siècle) et une Crucifixion du (XVIIème siècle). Les chapiteaux Romans du cloître étaient achevés en (1100) sous l'abbé Ansquitil, mais l'ensemble a été repris au (XIIIème siècle) avec d'autres colonnettes et d'autres arcades en ogive. Salles des moines, palais des abbés et tour s'échelonnent du (XIIIème siècle) au (XVème siècle).

Le Tympan de la porte Sud de l'église St Pierre de Moissac s’inspire de l'Apocalypse de Jean et présente en son centre un Christ en Majesté, les pieds reposant sur la mer de cristal daté entre (1110) et (1130). Cette figure, couramment utilisée pour le décor des tympans Romans, est entourée des symboles des 4 évangélistes, Marc, Matthieu, Luc et Jean, tandis que les 24 Vieillards de l'Apocalypse prennent place dans le bas et sur les côtés de la scène. L'hiératisme des personnages, le caractère irréaliste de certaines postures et du traitement des drapés, le manque de liberté des figures par rapport au cadre sont des traits caractéristiques de la sculpture Romane. La délicatesse des reliefs et la dimension pittoresque de certains détails accentuent le charme et la dimension spirituelle de l'ensemble, véritable chef d'oeuvre de l'art Roman.

Le linteau et les voussures sont ornés de motifs végétaux. Le linteau pose problème, il est analogue à la pierre Constantine du musée de Cahors, il doit être un vestige Romain réemployé. Le trumeau monolithe est orné d'animaux entrelacés, 3 couples de lions et lionnes entrecroisés, placés sur un fond végétal, se superposent sur la face apparente du trumeau, les faces latérales représentent St Paulet le prophète Isaïe. Quant aux 2 personnages des piédroits polylobés d’influence Mauresque, ils figurent St Pierre et le prophète Jérémie. Les 2 Apôtres sont probablement une allusion au rattachement de Moissac à l'abbaye de Cluny, placée sous la protection de St Pierre et St Paul.

Les côtés du porche sont aussi sculptés. Les reliefs de droite montrent, sur 3 registres, l'Annonciation et la Visitation, l'Adoration des Mages et la Présentation au Temple, la Fuite en Égypte et la Chute des Idoles. Le côté opposé illustre la parabole du pauvre Lazare et du mauvais Riche, voué aux supplices infernaux réservés aux Luxurieux et aux Avares, figurant à la partie inférieure.

- le Clocher porche

Il ne subsiste de l'édifice d'origine que le clocher porche qui fut fortifié vers (1180). La fortification comporte un chemin de ronde, un parapet crénelé, des archères et une galerie à mâchicoulis.

- le Narthex

Le décor des volumineux chapiteaux du Narthex, chefs d'oeuvre de composition, fait appel à des motifs végétaux ou animaux, tels ces loups et ces louves dont les têtes viennent se confondre, à l'angle, pour enlever un mouton ou un oiseau dans leur gueule. Ces animaux aux corps tendus, disposés en X sur la face principale, annoncent ceux du trumeau.

- la Nef de l’église

On pénètre dans le Narthex dont la voûte repose sur 8 puissantes colonnes engagées à grands chapiteaux très stylisés du (XIème siècle) et (XIIème siècles), soutenant la retombée de 4 nervures en croisée d'ogives. La nef a conservé une partie de son mobilier, dont une Vierge de Pitié de (1476), une charmante Fuite en Égypte de la fin du (XVème siècle), ainsi qu'un admirable Christ Roman du (XIIème siècle), et enfin une Mise au Tombeau de (1485). Le choeur est entouré d'une clôture en pierre sculptée, du (XVIème siècle), derrière laquelle on a dégagé une Abside Carolingienne. Stalles du (XVIIème siècle). Dans une niche placée sous l'orgue, un sarcophage Mérovingien en marbre blanc des Pyrénées.

- la Plaque de Consécration

Elle possède, près du Choeur, un document, du plus grand intérêt historique, une plaque de Consécration, datée de (1063). Dont le texte, traduit du Latin dit :

" La consécration de cette église le 5 Novembre s'honore d'avoir rassemblé ces évêques, pour Auch Ostinde, pour Lectoure Raymond, pour le Comminges Guillaume, pour Agen Guillaume, pour la Bigorre le bon Héraclius, pour Oloron Étienne, pour Aire Pierre, Toulouse Toi Durand, son protecteur et le nôtre. Foulques, fils de Simon qui fait la loi à Cahors ne fut pas souhaité. C'était 1063 ans après que Dieu eut donné au monde le vénérable Enfantement Virginal. Pour vous, Ô Christ Dieu, le Roi Clovis fonda cette maison. Après lui, Louis le Débonnaire la combla de ses largesses."

De l'extérieur, on voit apparaître nettement les 2 périodes de construction de la nef avec une partie Romane, en pierre, et une autre Gothique, en brique. On retrouve la partie Romane dans le soubassement des murs de la nef et dans les fenêtres en plein cintre des parties basses. Le reste fut exécuté au (XVème siècle), dans le style Gothique Méridional.

- le Cloître Roman

Une inscription permet de dater le cloître très précisément de (1100). Celui-ci est constitué de 4 galeries charpentées dont les arcades retombent sur une série de colonnettes de marbre. Orné sur les seules galeries du jardin, la charpente de bois du couvert reposant sur un mur nu. Rythmé par une alternance de colonnettes simples et doubles supportant les arcades de ses 4 galeries, le cloître aux 116 colonnes différentes surmontées de 76 chapiteaux, de St Pierre. Ses dimensions sont de 31 mètres sur 27 mètres. Ses chapiteaux historiés, sculptés sur 4 faces, véritables chefs d'oeuvre de la sculpture Romane, sont particulièrement renommés pour la richesse des thèmes qu'ils illustrent, Genèse, Enfance du Christ, Miracles de St Benoît, thèmes floraux ou stylisés, de personnages, de végétaux ou d'animaux, d'inspiration Orientale. Ils sont parmi les plus beaux du Sud de la France.

Les arcades sont interrompues dans les angles et au centre par des piliers carrés en brique revêtus de plaques de marbre sculptées. 8 d'entre eux, dans les piliers d'angle, représentent des apôtres. 8 des 12 apôtres, identifiés par des inscriptions, sont rapprochés 2 à 2 à chacun des 4 angles, Pierre et Paul au Sud-Est, Jacques et Jean au Nord-Est, Philippe et André au Nord-Ouest, Barthélemy et Matthieu au Sud-Ouest. Un 9ème apôtre, Simon, est représenté sur le pilier central de la galerie Occidentale, côté Ouest. Peut être à l'origine se trouvait-il, avec les 3 autres apôtres aujourd'hui manquants, sur les piliers d'un portique qui encadra jusqu'au (XVIIIème siècle) une belle fontaine à l'angle Nord-Ouest du préau. Un autre figure Durand de Bredons, 1er abbé clunisien de Moissac (1048-1072).

A l'angle Sud-Ouest, un escalier conduit à la salle haute. Parmi les cloîtres les plus anciens, il a le privilège de rester le mieux conservé. Cette inscription écrite sur un pilier évoque l'achèvement des travaux de la construction du cloître :

" L'an de l'Incarnation du prince éternel, (1100), ce cloître fut terminé au temps d'Ansquitil, seigneur abbé. Amen".

Remarquable par sa symétrie parfaite et par la qualité des sculptures, le cloître offre un grand nombre de chapiteaux historiés qui représentent une cinquantaine de scènes tirées de la Bible et de l'histoire de l'Eglise.

* Pilier Nord Daniel dans la fosse aux lions échappe à la mort. Daniel a une attitude de prière. Dans un mouvement symétrique, les 2 lions ne manifestent aucune agressivité.
* Pilier Face Nord. et Est. Le sacre de David. Jessé est suivi par ses 3 fils qui lèvent la main en signe de candidature à la royauté.
* Pilier Face Sud. Le sacre de David. Samuel, lève la corne d'huile Sainte afin de consacrer Roi, le jeune David, agenouillé devant lui. Geste symbolique qui caractérisera, pendant des siècles, le cérémonial du Sacre.
* Pilier Sud. Est. Ouest. St Laurent condamné à être brûlé vif est sur le gril.
* Face Nord. St Laurent est jugé par le Proconsul.

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