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Glossaire - Biographies
Description
Extérieur - Intérieur

- l'Abbaye de Morienval


- Présentation
* Ordre : de Saint Benoît.
* Début des travaux : années (860).
* Fin des travaux : 1er Juillet (1745).
* Diocèse : de Soissons * Dédicace : à la Vierge, église Saint Denis.
* Styles dominants : Roman, Gothique Primitif.
* Protection : l'Abbatiale classé Monument Historique en (1840).
   l'Ancienne Croix inscrit Monument Historique en (1924).
   le Bâtiment des Nonnes et Sols inscrit Monument Historique en (1984)

- Situation
* Pays : France.
* Région : Picardie.
* Département : l'Oise.
* Commune : Morienval.

- Historique

L’Abbaye N.D. de Morienval est une ancienne "Abbaye Bénédictine de Femmes", fondée sans doute pendant le 3ème ¼ du (IXème siècle) par Charles le Chauve, dans un vallon proche de Crépy en Valois, l'actuelle commune de Morienval. Depuis la suppression de l'abbaye en (1745), son église sert d'église paroissiale au village. Elle prend le vocable de St Denis de l'ancienne église paroissiale démolie en (1750). Les rares bâtiments Conventuels de l'ancienne abbaye qui n'ont pas été démolis après la Révolution Française appartiennent à un propriétaire privé et ne se visitent pas. C'est de toute façon son impressionnante église Romane qui fait la renommé de Morienval. Elle a été bâtie à partir du milieu du (XIème siècle) et fait ainsi partie des plus anciennes églises Romanes de la région, où l'architecture Carolingienne s'est maintenu encore longtemps. Ainsi, la conception de l'Abbatiale de Morienval avec 1 tour de façade, 2 tours de chevet, un Transept bas et un Chevet en échelons s'inscrit encore dans la tradition Carolingienne. Les tours jumelles du (XIème siècle) avec leurs 3 étages de baies n'ont pas beaucoup de semblables dans l'Oise. Le faux Déambulatoire de la fin du 1er ¼ du (XIIème siècle) est également tout à fait unique et s'explique par la nécessité de conforter le Chevet, lié au manque de place qui a empêché la construction de Chapelles Rayonnantes.

Dans ce pseudo Démbulatoire, l'on trouve l'un des 3 tout 1ers emplois de l'arc brisé dans l'Oise, et des voûtes longtemps considérées comme les voûtes d'ogives les plus anciennes dans un Déambulatoire au Nord de la France. Or, en l'occurrence, il ne s'agit pas de voûtes d'ogives proprement dites, mais la Travée droite du Choeur possède bien la plus ancienne "Voûte d'Ogives du Département avec des nervures de profil Torique". L'église est également réputée pour les "Chapiteaux Archaïques" et en même temps soigneusement sculptés dans le bas côté Nord de la Nef, dont les motifs font encore apparaître des influences Celtiques et évoquent des bijoux Mérovingiens. La valeur archéologique de l'ancienne Abbatiale de Morienval a été reconnue très tôt, et elle a été classée par la 1ère liste des Monuments Historiques Français en (1840). Sa restauration très consciencieuse a été menée en 2 principales étapes entre (1878) et (1880) ainsi qu'entre (1900) et (1903) sous la direction de Paul Selmersheim. Il n'a pas pu révoquer tous les remaniements ayant dénaturé le caractère Roman de l'édifice, et pas tous les éléments qui paraissent Romans sont réellement authentiques, mais l'église détient en tout cas une place d'exception parmi les "monuments religieux de l'Oise et du Valois".

- Fondation

Le Cartulaire de l'Abbaye Bénédictine de Morienval est publié mais ne contient aucun acte ou diplôme sur les débuts de l'abbaye. Manquent la charte de fondation et le titre de propriété. La tradition rapportée par le Père Charles Lecointe et par l'Abbé Claude Carlier fait remonter la fondation de l’Abbaye Royale de Notre Dame de Morienval au Roi Dagobert Ier. Ni les différentes "Bulle Pontificales ni les archives" ne font référence à la date de fondation. Elle n'a jamais prétendu avoir été fondée par Dagobert 1er mais elle ne l'a pas contesté non plus, et le Clocher Porche devant la façade Occidentale arborait longtemps une statue équestre du Roi Dagobert. D'après Eugène Lefèvre Pontalis, les religieuses de Morienval avaient intérêt à laisser croire que la fondation de leur monastère remontait à une date très reculée. L'abbaye cachait jalousement ses archives et la plupart des historiens ne parvinrent pas à obtenir son autorisation pour les consulter. Le 1er dont la démarche fut fructueuse était Dom Jean Mabillon, devant lequel les portes s'ouvrirent grâce à sa réputation. Il découvrit que le plus ancien diplôme du Cartulaire est une charte de Charles le Simple datée de (920), confirmant une donation par Charles le Chauve (840)-(877). Elle s'adresse aux "Frères et Saintes Moniales de Sainte Marie de Morienval", ce qui prouve l'existence d'une communauté religieuse Masculine à l'époque, dont l'on ignore encore tout et qui a disparu à une date inconnue "une Bulle du pape Alexandre III datée de (1161) ne la signale plus".

La Charte fait également allusion à un incendie qui avait détruit les archives de l'abbaye, pendant les invasions Normandes en (895). L'on sait que Charles le Chauve et la Reine Ermentrude séjournaient fréquemment dans leur palais qu'ils possédaient à Morienval, ce qui a dû motiver le choix du lieu pour la fondation de l'abbaye. Pour une raison qu'il ne précise pas, Dominique Lebée estime que Charles le Chauve aurait fondée l'abbaye de Morienval avant le décès de son épouse en (†869). La fondation Royale n'a par ailleurs jamais été contestée par le Roi et son administration et ceci jusqu'à la dissolution de l'abbaye. Le Roi avait la garde de l'abbaye, ce qui est une autre preuve de la fondation Royale, et l'abbaye lui versait un revenu en échange pour ce privilège. Elle n'était ainsi soumise qu'aux tribunaux qui dépendaient du Roi, et ses affaires courantes étaient jugées devant le Bailli de Senlis. De nombreuses abbayes se sont trouvées dans l'embarras lors du contrôle de leurs titres, ne pouvant plus prouver la légitimité de leurs possessions, qui ont par la suite été usurpées par d'autres Seigneurs. Par exemple, lors d'un aveu rendu pour le terrier du Valois en (1529), la bonne foi des Religieuses n'est pas mise en doute.

- l'église Abbatiale

Les archives sont muettes sur la construction de l'Eglise Abbatiale. Son historique a seulement pu être retracé grâce à l'analyse archéologique des bâtiments encore debout et grâce aux fouilles archéologiques au sein de l'église. Ces fouilles remontent à (1855) et (1900), et de nombreux constats faits par Emile Boeswillwald et Paul Selmersheim ne peuvent plus être vérifiés car des vestiges authentiques se sont perdus avec les restaurations dirigées par ce dernier. Nombre d'hypothèses sur les états anciens de l'église auraient sans doute été formulées différemment avec le niveau de connaissances du début du (XXIème siècle), mais il s'agit le plus souvent de détails. Le plus ancien élément construit dont l'existence est prouvée par des fouilles est une Nef Carolingienne de la fin du (IXème siècle) ou du 1er ¼ du (Xème siècle). Il est possible que la construction est enclenchée par la lettre de confirmation de Charles le Simple, "qui assure la pérennité de l'abbaye et encourage de ce fait des donations en sa faveur". La Nef Carolingienne est plus large et plus longue que la Nef actuelle, mais dépourvue de bas côtés. Pour la suite, l'on peut globalement distinguer 3 campagnes de construction à la période Romane, entre (1050) et (1135) environ, une campagne de remaniements entre (1608) et (1690), ainsi que plusieurs campagnes de restauration et de reconstruction à partir de (1878) puis entre (1900) et (1903). S'y ajoutent des chantiers de moindre envergure portant sur l'ajout de Travées ou des remaniements ponctuels.

La 1ère campagne de construction pendant la 2ème moitié et plus probablement le 3ème ¼ du (XIème siècle) porte sur l'ancienne Abside, les 2 tours du Choeur, le Transept, 2 Absidioles orientées et un Porche. La Nef Carolingienne est donc conservée dans un 1er temps, et le Porche est édifié à l'Est de son mur Occidental, comme une colonne engagée dans son mur Nord l'atteste. De la 1ère campagne, subsistent les 2 tours, l' Absidiole Sud et la croisée du Transept sauf l'arcade Orientale vers le Choeur et le Porche, devenu la base de la tour de façade.

La 2ème campagne de construction suit peu de temps après pendant le 4ème ¼ du (XIème siècle), si bien que certains auteurs l'assimilent à la 1ère. Elle porte sur le remplacement de la Nef Carolingienne par une nouvelle Nef, accompagnée de bas côtés, ainsi que sur le rehaussement des croisillons du Transept. Cette Nef s'arrête devant le Porche, qui à la fin du (XIème siècle) ne possède pas de bas côtés ou Chapelles latérales et est ouverte de 3 côtés. Ce qui prouve l'existence de 2 campagnes distinctes sont 4 Fenêtres bouchées en haut de la croisée du Transept 2 au Nord et 2 au Sud, ainsi que des corniches sur ses murs Nord et Sud, visibles depuis les combles. La Croisée était initialement plafonnée et recouverte par un toit plus bas que le toit actuel, mais les croisillons et la Nef Carolingienne étaient également moins élevés, et la Croisée recevait donc directement le jour par des fenêtres. Dominique Lebée emploie le terme de tour Lanterne qui est toutefois quelque peu exagéré, puisque la Croisée n'était pas plus élevée qu'aujourd'hui. De la 2ème campagne, subsistent les 3 grandes arcades au Nord de la Nef avec leurs Chapiteaux.

La 3ème Campagne de construction est motivée par l'affaissement du terrain en dessous de l'Abside primitive. En raison d'un important dénivelé entre la façade et le Chevet, l'église est bâtie sur un remblai et l'on suppose également la présence d'une source ayant motivée le choix du site d'un 1er Sanctuaire Chrétien au haut Moyen Age. Le maître d'oeuvre inconnu imagine une solution originale et renforce l'abside par un pseudo Déambulatoire. Les 4 grandes arcades de ce couloir annulaire remplacent le mur de l'Abside primitive. En dessus, de vastes fenêtres hautes procurent un abondant éclairage par la lumière naturelle. L'on parle de pseudo Déambulatoire parce que ce couloir n'est pas relié aux croisillons du fait de la présence des bases des tours du Choeur, et parce que les 3 arcades reliant ses 4 Travées les unes aux autres sont rendues si étroites par les multiples colonnettes à chapiteaux qu'un homme peut à peine passer, l'ouverture étant de 65 cm. Il n'y a pas non plus de véritables Chapelles Rayonnantes mais seulement des murs curvilignes. Le caractère archaïque des Chapiteaux, qui sont toutefois plus avancés que dans la Nef, permettent de faire remonter le début de la 3ème campagne jusqu'en (1110). Les voûtes du pseudo Déambulatoire évoquent des voûtes d'Ogives maladroites et ont suscité de nombreux débats, mais l'on penche aujourd'hui pour une explication les identifiant comme arcades renforçant la structure de l'Abside, ayant accessoirement été intégrées dans des voûtes. Sans rapport avec la nouvelle Abside mais simultanément à sa construction, le Porche est renforcé et devient la base d'une tour de façade. Toujours pendant la 2ème campagne mais pendant les années (1120), la Travée droite du Choeur est voûtée sur Croisée d'Ogives dans le sens propre du terme. Restent de la 3ème campagne, le rez de chaussée de la nouvelle Abside, soit le couloir annulaire, la voûte d'Ogives de la travée droite du Choeur et le Clocher Porche.

Pour anticiper sur les évolutions des périodes à venir afin de permettre une vue d'ensemble, les bas côtés sont prolongés vers l'Ouest au Nord et au Sud du Clocher Porche à une date inconnue, une Chapelle Gothique Primitive est élevée au Nord du Transept à la fin du (XIIème siècle), une autre chapelle plus petite est édifiée en lieu et place de l'Absidiole Nord à la suite d'une fondation de Pierre de Parvillers en (1240), les parties hautes de l'Abside sont rebâties et une voûte d'Ogives à 5 branches y est jetée au milieu du (XIVème siècle), un Portail Renaissance est ménagé dans le mur Occidental du bas côté Nord en (1608), la Croisée du Transept est recouverte par une voûte d'Ogives à liernes et tiercerons en (1625), les fenêtres au Nord de la Nef sont agrandies et la Nef voûtée d'Ogives, le bas côté Sud est repris en sous oeuvre sans style particulier, et les fenêtres Hautes de l'Abside sont agrandies jusqu'en (1690), date de la fin des travaux. La voûte d'arêtes du Porche est refaite à l'époque moderne, sans possibilité de datation précise. Après la transformation en église Paroissiale, une Sacristie est ajoutée au Sud du Croisillon Sud en (1766)-(1769), mais elle est sujette à de nombreuses malfaçons et a été démolie au début du (XXème siècle). Le mur du bas côté Nord est rebâti à l'identique en (1878)-(1880) et des voûtes d'arêtes sont jetées sur ses 3 Travées sans preuve suffisante pour l'existence de telles voûtes au passé. Les fenêtres hautes Romanes sont reconstituées au Nord de la Nef. La chapelle de (1240) est démolie en (1900) et remplacée par une Absidiole recopiée sur celle du Sud. Les parties hautes de l'Abside sont également démolies et l'Abside Romane de (1110)-(1125) est reconstituée et voûtée en Cul de Four selon les indices livrés par les derniers vestiges et en employant des tambours de colonnes et chapiteaux retrouvés lors des fouilles.

- les Moines au Moyen Age

Au moment de la lettre de confirmation du Roi Charles le Simple en (920), l'Abbaye Notre Dame de Morienval est dirigée par un Abbé Laïc, Robert Ier de France, il avait reçu l'abbaye en bénéfice et d'après Eugène Lefèvre Pontalis, il permis de conclure que les biens de l'abbaye avaient été usurpés par divers Seigneurs pendant de longues années. Ce fut le cas de nombreux biens Ecclésiastiques jusqu'au mouvement de restitution enclenché par la "Réforme Grégorienne", souvent sous la forme de la fondation d'établissements religieux. Un autre Abbé Laïc avait précédé Robert Ier, le Chambrier Thierry qui, avec Hugues l'Abbé, avait été tuteur des enfants de Robert le Fort après la mort de ce dernier. Aucun document relatif à l'abbaye n'existe pour tout le (XIème siècle).

Un événement marquant pour l'histoire de l'abbaye se produit probablement entre (1075) et (1103), ou vers (1122) d'après l'Abbé Carlier, un 1er Septembre, l'acte du Cartulaire qui y fait référence n'est pas complètement daté. La procession qui traverse la France pour exposer les reliques de St Annobert, évêque de Sées mort en (†706) afin de recueillir des offrandes, passe près de Morienval. L'Abbesse Pétronille l'apprend et offre l'hospitalité aux participants du cortège. Quand ils veulent repartir le lendemain, la châsse est devenue si lourde qu'ils ne peuvent plus la soulever, et se résignent finalement de la laisser sur place contre leur gré. Une fois qu'ils sont repartis, la châsse est devenue plus légère et transportée dans le Choeur de l'église Abbatiale. Pour les religieuses de Morienval, c'est une grande joie et un jour de fête en vue de la prospérité que le flux de pèlerins va apporter à l'abbaye.

A partir du (XIème siècle on connaît les noms des 1ères Abbesses, Pétronille I puis Mathilde, avant (1103), Pétronille II est Abbesse en (1161) puis Agnès de Viry est élue Abbesse en la même année et reste en fonction jusqu'en (1203). A partir du (XIIème siècle) au plus tard l'abbaye de Morienval applique la règle de St Benoît mais elle n'est affiliée à aucun ordre religieux et grâce à une exemption, ne dépend que du Pape. Les Moniales ne prononcent pas les "voeux de clôture et de pauvreté, elles ne vivent pas cloîtrées et peuvent garder des biens personnels, et elles ne prennent pas leurs repas ensemble". Sans doute aussi grâce aux reliques de St Annobert, la réputation de l'abbaye augmente et le nombre de Moniales aussi. Le Chevalier Florent de Hangest mort au siège de St Jean d'Acre en (†1191) est sans doute un généraux donateur car il est enterré dans l'église. Au (XIIème siècle), une bulle du Pape Alexandre III traduit la prospérité de l'abbaye. Elle a le droit d'usage dans la forêt de Retz, possède la terre de Fresnoy la Rivière, le moulin de Vattier Voisin, les dîmes de Fonches, de Plailly et de St Pierre Aigle, et les revenus des églises de Béthancourt en Valois, Fransart, Oisny et Parvillers. L'abbaye a le droit de nommer le Curé de Morienval. Les fonds récoltés grâce au pèlerinage et les donations permettent de reconstruire l'église après son incendie par les Normands, et la chapelle St Annobert est construite aux frais de l'abbaye avant (1245), quand elle figure au Cartulaire. Les Religieuses n'ont, bien entendu, pas accès aux revenus de l'abbaye. Beaucoup parmi elles possèdent une fortune personnelle qu'elles font gérer par un intendant mais l'abbaye ne demande pas de dot aux Moniales qui veulent faire leurs voeux. En (1204), l'Abbesse est autorisée par Eléonore, Comtesse de St Quentin et Dame de Valois à n'accueillir pas plus que 60 Moniales. Cette limitation est confirmée par Nivelon, Evêque de Soissons, en (1206) et par une bulle du Pape Honorius III en (1216). Elle ne concerne toutefois pas celles qui prennent l'habit "in articulo mortis". Presque rien n'est connu de la vie de l'abbaye au cours du (XIVème siècle) et (XVème siècle) qui sont sans doute une période difficile. Pour le (XVème siècle), même les noms des Abbesses ne sont pas documentés.

- les Commendataires

A la suite du "Concordat de Bologne", Jeanne de la Motte d'Arson est nommée 1ère Abbesse Commendataire par François Ier en (1516), elle fait honneur au choix de François Ier par ses vertus et sa conduite. Elle établit 12 chapelles dans l'église. Jeanne d'Arson reste Abbesse jusqu'en (1535) et meurt en (†1544). Anne de Villelume lui succède mais n'entre dans les annales par aucun fait qui mérite d'être signalé. De Jeanne Foucault de St Germain Beaupré qui est Abbesse de (1562) à (1580) et meurt en (†1592), l'on sait seulement qu'elle fait enlever la statue équestre du Roi Dagobert de la tour de façade et la fait transporter dans le Choeur. Au (XVIIème siècle) la statue est enterrée devant l'une des chapelles sur ordre de Madame de Sérent, qui la trouve trop grossière. Elle n'a jamais été retrouvée. Anne I Foucault de St Germain Beaupré, nommée Abbesse en (1596), fait réaliser de nombreux travaux, elle fait reconstruire partiellement l'église Abbatiale et modifie les bâtiments Conventuels. Le nouveau Portail du bas côté Nord est destiné aux Pèlerins qui viennent pour la châsse de St Annobert. Anne I Foucault fait enfin construire le pavillon de l'Abbesse et réparer la chapelle St Annobert sur ses fonds propres. Sa nièce Anne II Foucault fait ses voeux en (1623) et lui succède en (1635). Elle gouverne l'abbaye d'une main autoritaire et la réforme en obligeant les Religieuses de prendre leurs repas en commun, espérant sans doute que le contrôle social ainsi exercé les empêcherait de se soustraire à la vie régulière. Il n'est toutefois pas question d'imposer la clôture et la pauvreté comme l'Evêque de Soissons le souhaite. Anne II Foucault est la dernière grande Abbesse de Morienval, et les Abbesses suivantes sont mal choisies. L'abbaye profite toutefois à la population en procurant du travail aux artisans, en tenant école et en mettant à la disposition des habitants les services de son Chirurgien. Une Maladrerie est entretenue au hameau de Brassoir.

A partir du (XVIIIème siècle), les relations entre l'abbaye et le Curé se dégradent. Les Moniales observent de moins en moins une discipline rigoureuse et ne respectent plus les traditions qui ponctuent la vie de la "communauté villageoise" au cours de l'année. Le Curé se fait défenseur des bonnes moeurs et entend poursuivre la célébration des fêtes et commémorations selon les instructions qu'il a reçues par son prédécesseur. "Les jours de fête, les religieuses invitent la jeunesse du village à danser dans la cour du couvent, et souvent, elles dansent dans leurs maisons, au son des instruments du village, avec des Laïcs ou même des Religieux". Pour l'enterrement de Marie Madeleine de Sérent de Kerfily, Abbesse de b>(1706) jusqu'à sa mort en (†1732), 18 Ecclésiastiques sont conviés, mais le Curé n'est même pas informé. Pour se venger, il empêche le peintre envoyé par l'abbaye de peindre la "litre funéraire sur l'église paroissiale St Denis en lui enlevant son échelle, et faillit provoquer un accident grave, le peintre doit vite s'accrocher à une fenêtre pour ne pas chuter". Sous le Ministère de la nouvelle Abbesse Madame de Lescouet, les conduites Scandaleuses et les paroles Injurieuses deviennent la règle pendant les Offices dans les 2 églises, à partir de (1734) notamment. Le 13 Mai de cette année, le Curé vient en l'église Abbatiale pour chanter le "Veni Creator Spiritus" avec les Religieuses selon l'usage local. Mais les Moniales ont reculé leur horloge et prétendent que l'heure de la messe n'est pas encore arrivée. Elles ne font pas non plus sonner les cloches et quand la chorale de la paroisse entame quand même le chant, le cadran solaire faisant foi, elles se tiennent dispersées dans l'église et bavardent. Ensuite le Curé est interrompu pendant sa prière par l'époux d'une pensionnaire de l'abbaye, Bourdeau, qui montre à la main dit au Curé que l'heure de la messe n'est pas encore arrivée. Le Curé Lions se plaint également auprès de son Evêque que les Religieuses ont enlevé tous les titres du presbytère après la mort de son prédécesseur. De son côté, lorsqu'il monte en chaire pour prêcher pendant l'office du Vendredi Saint qu'il célèbre habituellement en l'église Abbatiale, il enfreint aussi au règlement car il n'a pas le droit de prêcher auprès des Religieuses. Le Père Lions apostrophe les Moniales comme impudiques et usurpatrices des biens des pauvres. Un autre jour le Curé interrompt la distribution de la Sainte Communion en l'église Abbatiale. Dès lors, les insultes mutuelles pendant les offices deviennent la règle. En Juillet (1738), le Curé porte finalement plainte devant l'"Official de Soissons" et auprès du "Substitut du Procureur de Crépy en Valois". L'Abbesse fait la même chose. Dans un 1er temps le Curé est interdit d'exercer, mais il fait appel au "Parlement de Paris" et obtient finalement gain de cause, empochant 4.000 livres de dommages et intérêts. Cette expérience l'encourage à multiplier les procès pendant sa future carrière et sa moralité n'est plus meilleure que celles des Moniales.

- Fin de l'Abbaye

L'Evêque de Soissons François de Fitz James n'approuve pas la conduite de son Curé comme le montre sa révocation, mais n'apprécie pas davantage l'attitude des Moniales, et il doit éprouver un certain gêne quand l'affaire remonte au conseil du Roi. Une émeute le Jeudi Saint de (1742) jette de l'huile sur le feu. Le Jeudi saint et le Vendredi saint, l'abbaye distribue des Pains de 5 livres et des Pois aux pauvres de Morienval et des Paroisses environnantes, et environ 2.000 personnes se présentent d'habitude. Ne sachant plus comment faire face à cet afflux, l'abbaye décide une modification de l'organisation et remet des sacs de farine aux Curés des paroisses concernées, à eux la charge de la distribuer ou d'en faire des pains. Or, cette modification arrive trop tard pour que les habitants soient au courant. Les 2 hivers précédents ont été rudes et la famine menace. Quand les portes de l'abbaye ne s'ouvrent pas pour la distribution des vivres, des centaines de pauvres assiègent le couvent. Ils tentent de briser les portes et se calment seulement quand les domestiques de l'abbaye lâchent des coups de fusil à vide, puis se retirent par crainte du châtiment divin. Les Religieuses restent indemnes mais craignent désormais pour leur sécurité. Elles s'adressent au Roi pour demander sa protection, qui transmet la demande à l'Evêque.

Il constate qu'effectivement les Religieuses ne sont plus en sécurité, car elles ont remplacé la muraille d'enceinte par des haies vives et des pièces d'eau sur le conseil d'un architecte. Mais sans doute en raison des antécédents, Mgr de Fitz James ne prend pas de dispositions pour protéger les Moniales et décide de fermer l'abbaye. S'agissant d'une abbaye Royale, il a besoin d'un décret royal que Louis XV rend en date du 16 Octobre (1743). Dans un 1er temps, la Communauté rejette la décision Royale mais finit par s'y plier à la suite de la nomination de leur Prieure Catherine Geneviève de Flavigny de Renansart comme Abbesse de l'abbaye voisine du Parc aux Dames, à Auger St Vincent. Le 1er Juillet (1745), les 45 Moniales et 4 Converses sont priées d'élire domicile dans l'une des abbayes voisines. Elles se répartissent sur les abbayes du Parc aux Dames, de Royallieu et de Villers Cotterêts. L'Evêque promulgue le décret d'extinction de l'abbaye Notre Dame de Morienval en date du 16 Octobre (1748). Il est à noter que ces 3 abbayes comptent nettement moins de religieuses que Morienval. L'abbaye de Royallieu ne compte que 9 religieuses avant que 10 autres religieuses provenant de Morienval ne la rejoignent. Avec la politique de Louis XV de fermer les monastères trop faiblement occupés afin de lutter contre les abus et excès qui nuisent à la réputation des établissements religieux en général, la fermeture des abbayes de Royallieu, du Parc aux Dames et de Villers Cotterêts auraient sans doute été inévitable sans l'afflux de pensionnaires en provenance de Morienva.

La disparition de l'abbaye n'est pas favorable à la vie du village, et ceci sous un double égard. Premièrement, le commerce s'éteint pratiquement et les artisans trouvent moins de travail, de sorte que le village risque de se désertifier. Deuxièmement, la suppression de l'abbaye crée une situation ambivalente car au lieu de disparaître purement et simplement, elle est formellement réunie à l'abbaye de Royallieu. Les biens de l'abbaye de Morienval sont ainsi gérés par l'Abbesse de Royallieu et son intendant, dont le seul intérêt est de minimiser les dépenses. Les habitants ne bénéficient plus des oeuvres de charité de l'abbaye et les fruits des richesses produites par les fermes et moulins de l'abbaye dans les alentours partent à Compiègne. Mais ce qui est plus grave encore, l'église Paroissiale St Denis située entre la place de l'Eglise et la rue de la Poste est démolie en (1750) sur ordre de l'intendant, en dépit des protestations des paroissiens et du Curé. Ils venaient en effet de dépenser 2.000 livres pour la réparation de l'Eglise et du Presbytère. Les matériaux sont vendus et le mobilier est emporté à Royallieu. L'église Abbatiale devient église Abbatiale, mais le Curé n'est pas le maître chez lui et reste impuissant face aux décisions arbitraires de l'Abbesse. Celle ci vide l'église de tout son mobilier, en ne laissant guère que les Stalles. L'argenterie est transportée à l'évêché de Soissons et l'Abbesse du Parc aux Dames, Mme de Renansart, s'empare des reliques de St Annobert. La paroisse obtient au moins la restitution de ces dernières, à l'exception d'un Tibia et d'une Mandibule, et d'un Fémur conservé par un Chanoine de St Thomas de Crépy en Valois et d'un Bras qui va à Royallieu. Du trésor de l'abbaye de Morienval, ne reste que l'Evangéliaire réalisé par l'abbaye St Pierre d'Hautvillers vers le milieu du (Xème siècle), et ayant appartenu à l'abbaye de Morienval depuis le milieu du (XIIème siècle). Il est acquis par l'église N.D.de Noyon en (1868). Le Curé ne garde que des habits sacerdotaux de mauvaise qualité et trouve à peine les Ustensiles Liturgiques dont il a besoin pour les célébrations Eucharistiques.

- les Bâtiments

Les bâtiments (B) (C) (D), (I) et (K) subsistent toujours. Comme déjà évoqué, l'église Abbatiale devient église Paroissiale à partir de (1745), ce qui n'a pas empêché l'Abbesse de Royallieu de la dépouiller de son mobilier au préalable. L'Orgue est vendu à l'église St Pierre de Montdidier, Le Cloître est démoli, les Lambris et Menuiseries des bâtiments Conventuels sont enlevés, et mêmes les Dalles de pierre de Lais sont arrachées et enlevées. Cette conduite est d'autant plus scandaleuse que Royallieu n'est propriétaire des lieux qu'à titre précaire, car la dissolution de l'abbaye de Morienval est un long processus en raison des interventions des juridictions Royales et Ecclésiastiques, et parce que de nombreuses partis doivent être contentés. En effet, les donations envers l'abbaye s'accompagnent généralement de fondations de Messes et entraînent des obligations contractuelles pour l'abbaye. En plus, l'église Abbatiale est en mauvais état, et un pilier au Sud de la Nef menace de s'écrouler. Sur l'insistance du Curé, Madame de Soulanges commande des pierres à la carrière de Buy en (1764), et elles sont déposées devant l'église. Mais une année s'écoule sans que les travaux débutent. Madame de Soulangues essaie même de faire partir les 3 ou 4 Soeurs de l'Enfant Jésus qui ont été installées dans une petite partie du Couvent afin de se substituer aux oeuvres de charité de l'ancienne abbaye et pour faire fonctionner l'école. En (1765) les fermiers de l'abbaye reçoivent l'ordre de transporter les pierres à Royallieu. Ils sont contents de pouvoir échapper à cette corvée en obéissant plutôt au Curé Capeaumont qui leur demande de les déposer à l'intérieur de l'église.

Le Maître des Arts de l'Université de Paris, Hugues Jacques Capeaumont est Curé de Morienval depuis (1764) et défend avec insistance les intérêts de la Paroisse. Sur son intervention répétée et l'ordre de l'Evêque, les travaux sont finalement exécutés en Septembre (1766). Une nouvelle Sacristie est même bâtie au Sud du Croisillon Sud, mais à force de négocier le marché au plus bas prix, il faut 3 tentatives avant que l'entreprise ne réussisse. La plus grande partie de l'ancienne abbaye est louée à un fermier et utilisée comme exploitation agricole. C'est de cette période que date le seul plan précis de l'abbaye, qui ne montre déjà plus que les vestiges du Cloître. En (1769) seulement, soit 24 ans après le départ des Religieuses, les terres et les dîmes de l'abbaye N.D. de Morienval sont définitivement attribuées à l'abbaye de Royallieu. A partir de ce moment, les relations entre Madame de Soulanges et le Curé Capeaumont se normalisent. Pour lui, les anomalies au moment de la dissolution de l'abbaye s'expliquent facilement, Françoise de Soulanges était la Gouvernante de Louise de France, fille de Louis XV, et bénéficiait de ce fait de sa protection de sorte de tout pouvoir se permettre. Sous la Révolution Française en (1790), le Curé Capeaumpont prête serment sur la constitution et est Maire de Morienval de (1790) à (1792). Il contribue sans doute à la préservation de l'Abbatiale pendant la Terreur. En dépit de la transformation en ferme, la plupart des bâtiments de l'abbaye sont démolis après leur vente comme bien National. Sur le terrain du parc de l'abbaye, une Sucrerie s'établit au (XIXème siècle). Les bâtiments qui subsistent sont l'ancienne porterie du (XVIème siècle) à droite du parvis de l'église, comportant à son intérieur un escalier à vis desservant l'ancien Parloir des Marchands à l'étage, un bâtiment mitoyen avec pignon sur le parvis de l'église et dont l'affectation initiale n'est plus connue, ainsi que le Pavillon de l'Abbesse près du pignon Sud de ce même bâtiment. Les maisonnettes mitoyennes le long de la rue des Lombards dites le Mauprivé semblent également liées à l'abbaye. Un bâtiment du (XIIème siècle) et situé entre la Porterie et le bas côté Sud de l'église existait encore comme ruine pendant la 2ème moitié du (XIXème siècle) et a été démoli afin de dégager entièrement la façade de l'église.

- la Restauration

L'Eglise Abbatiale, est répertoriée dans la 1ère liste des "Monuments Historiques Français en (1840)". Elle est citée par Eugène Viollet le Duc dans son "Dictionnaire Raisonné de l’Architecture". Des dessins des architectes Emile Boeswillwald et Raguenet de la période (1847)-(1853) documentent sur le triste état de l'Abbatiale. Les Colonnettes des Baies du 1er étage de la tour Occidentale ont disparu et les Baies sont entièrement murées. Le 2ème étage est étayé de l'intérieur. Un petit sapin pousse sur le mur Occidental. L'Abside est consolidée par des Contreforts supplémentaires d'aspect difforme. Les Baies du Pseudo Déambulatoire sont toutes à moitié ou aux 2 tiers bouchées. Les Baies du 1er et 2ème étage des Tours du Choeur sont pour la plupart murées. A l'intérieur, l'église est badigeonnée et les Chapiteaux Romans sont dissimulés sous une couche de plâtre. Les voûtes d'Ogives de la Nef et de la Croisée ont fragilisé les murs, dimensionnés pour une Nef charpentée.

La restauration ne commence qu'en (1878) sous la direction de Paul Selmersheim. Il fait d'abord reconstruire le bas côté Nord, qui avait souffert de l'humidité, car le long du mur Nord, le niveau du sol de l'ancien cimetière était situé 3 mètres plus haut que le sol du bas côté. Les colonnettes et chapiteaux du côté Nord sont reproduits à l'identique, et ceux des grandes arcades et des piles Nord de la Nef sont restaurés. Selmersheim croit avoir identifié des vestiges de voûtes d'arêtes et fait donc jeter des voûtes d'arêtes sur les 3 travées du bas côté, disposition qui n'a vraisemblablement jamais existé dans cette église. Les arcs diaphragme des bas côtés ne prouvent pas l'ancienne existence de voûtes d'arêtes, car on peut les voir dans plusieurs églises de la région qui n'ont jamais été voûtées. L'Abside est consolidée grâce à une reprise en sous oeuvre, et la chapelle au Nord du transept est débadigeonnée. A la fin du (XIXème siècle), un important legs de l'ancien Curé Réaux permet la poursuite de la restauration en (1900). Elle se concentre sur le pseudo Déambulatoire et les parties hautes de l'Abside, des fouilles sont entreprises afin de trouver des indices sur son état primitif. Les parties hautes sont rétablies dans le style Roman en se basant sur les restes d'une dernière fenêtre haute au Nord, et la voûte nervurée en cul de four est reconstituée après la découverte de vestiges ayant survécu au lancement de la voûte Gothique au (XIVème siècle). Le doubleau entre cette voûte et la travée droite du Choeur subsiste toutefois d'origine, et des blocs sculptés d'origine retrouvés lors des fouilles et près du bas côté Nord ont été réemployés dans la mesure du possible. En (1903), l'Absidiole Nord est reconstituée à l'image de l'Absidiole Sud, restée intacte, de toute façon, la chapelle de (1240) était déjà ruinée. L'Absidiole Sud est restaurée mais demeure authentique. Le résultat de cette restauration est très concluant et Paul Selmersheim fournit un travail particulièrement consciencieux.

- Chronologie

* 9ème siècle : Fondation probable d'une abbaye de religieuses Bénédictines à Morienval. Des dons sont faits par Charles le Chauve (823) Roi de Francie Occidentale en (843) Empereur en (875)-(877).

* 920 : Diplôme de Charles le Simple (879) Roi de France en (893)-(929) rappelant les dons faits au monastère.

* 11ème siècle : La Nef Carolingienne est remplacée par la Nef actuelle. Construction de la base du Clocher Porche.

* 1122 : Des Clercs du diocèse de Sées en Normandie déposent des Reliques de St Annobert à l'abbaye.

* 1125 : Remplacement de l'Abside par un Faux Déambulatoire Circulaire créé pour renforer la base des 2 Clochers latéraux du Choeur.

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