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Glossaire - Biographies
Chronologie - les Abbés
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- St Honorat


- Présentation
* Diocèse : Diocèse de Fréjus Toulon
* Fondation : fin (XIème siècle)
* Congrégation : Ordre Cistercien
* Style : Cistérien
* Protection : Classée Monument Historique (1840)

- Situation
* Pays: France
* Département : Alpes Maritimes
* Commune : Cannes

- Historique

Honorat, d'origine Gallo Romaine, de famille Consulaire, attiré par l'"exaltation Monachique de l'Orient Chrétien", s'embarqua avec son frère Venant Venantius à Marseille pour la Grèce. Son père charge son frère aîné, jeune homme gai et bouillant, de le détourner de la vie ascétique, et c'est au contraire lui qui gagne son frère, Honorat revint en Gaule, après avoir traversé l'Italie, et s'arrêta chez Léonce, évêque de Fréjus. La tradition lui assigne pour demeure la grotte de Ste Baume, sur le cap Roux.

De là, il choisit, entre (400) et (410), la plus petite des îles de Lérins, situées en face de Cannes dans les Alpes Maritimes. Elle est la plus éloignée de la côte et la plus petite des 2 îles. Longue de 1.500 mètres, large de 400 mètres, elle présente une côte basse moins accueillante que l'île Se Marguerite, dont elle est séparée par un étroit chenal dit, "plateau du Milieu". Elle est boisée de pins maritimes et de superbes pins parasols. Accompagné de St Caprais et de quelques autres compagnons, il arrive sur l’île qui porte aujourd’hui son nom, déjà ruinée du temps de Pline, et où l'on ne voyait plus, au commencement du (Vème siècle), qu'une plage déserte et rendu inabordable par la quantité des serpents qui y pullulaient. Il s'en débarrasse, défriche, cultive, fleurit ce petit désert et fonde là une communauté devenue, dès (427) à ce que rapporte Jean Cassien, un immense monastère. Honorat en resta le chef, jusqu'à ce que les Arlésiens l'appelassent au siège épiscopal de leur ville en (426), d'où il allait visiter, au moins une fois par an, sa chère communauté. Il écrivit en partie la 1ère règle de Lérins, appelé la "Règle des Pères". Dévoré du zèle qui fait les apôtres, il se signalait par ses prédications qu'il continua jusque dans les souffrances de sa dernière maladie. Il mourut en (†429) Venant lui, mourut à Méthone. C'est Hilaire, son élève et parent, qui lui succéda à la tête de l'évêché Arlésien.

Ses reliques furent transportées d'Arles à Lérins en (1391). L'action exercée par l'abbaye de Lérins sur la Christianisation de la Provence et d'autres parties de la Gaule, ainsi que l'Irlande, avec Patrice, ou l'Angleterre, avec Augustin, ressort du fait que les évêques les plus marquants de ce mouvement religieux sont presque tous passés par le monastère, comme Hilaire d'Arles mort en (†449), Eucher de Lyon évêque, mort vers (†450), Loup de Troyes mort en (†479), Césaire d'Arles mort en (†542), pour les plus connus, mais aussi Cassien, fondateur de St Victor de Marseille, Vincent, qui y compose vers (434) son "Commonitorium", où il justifie le critère fameux de l'Orthodoxie, définitivement adopté par l'Eglise, "quod semper, quod ubique". Salvien y rédige son "De gubernatione Dei". Maxime, Fauste, et d'autres. Dans les tempêtes du (VIème siècle), la discipline de l'abbaye de Lérins se relâche et sa puissance diminue. Le moine Aygulfe, du monastère de Fleury sur Loire, pensa réformer Lérins en soumettant ses moines à la règle de St Benoît, il lui en coûta la vie et est considéré comme martyr.

Au milieu du (VIIIème siècle), les moines avec leur abbé Porcaire II auraient été massacrés par les Sarrasins. C'est l'arrivée de moines Bénédictins à Lérins en (661) qui fera de ce monastère un couvent Bénédictin. Lérins se caractérise surtout, à son début, par son mode unique de vie religieuse. Comme le rapporte Ida Stümcke, citant Césaire d'Arles, les moines n'étaient liés par aucun voeu, ils pouvaient quitter le monastère quand ils le voulaient. Il n'y avait ni période de probation, c'est à dire ni noviciat, ni règle, aucune obéissance à l'abbé n'était exigée des moines, chacun choisissait librement son activité. Cette vie spirituelle fondée sur la liberté était possible parce qu'un enthousiasme enflammait les âmes des moines. Certains élèves de ce monastère s'opposèrent d'ailleurs à St Augustin, sur le chapitre de la grâce et du libre arbitre. Faustus de Riez, dans son ouvrage "De Gratia Dei", résume ses conceptions de la manière suivante:

"Donnons à l'homme l'amour du bien et la connaissance du mal et accordons lui selon notre plan sa propre décision et sa raison douée de liberté. Créons un homme qui, par sa libre volonté et non par nécessité, puisse aller vers ce qui est juste. afin que le degré le plus haut de sa Souveraineté soit la faculté de pouvoir pécher et cependant de ne pas le vouloir".

Une telle conception, si, moderne, pour l'époque, ne pouvait qu'attirer les foudres de l'église Romaine et le combat de Pélage et de St Augustin illustre à merveille les luttes spirituelles relative à la liberté de l'homme, lourdes de conséquences pour les siècles suivants en général et pour Lérins en particulier.

Après un court réveil du temps de Charlemagne, une nouvelle décadence menaça de ruiner Lérins. Alors Benoît VII la relève de ses ruines (976) et en remet sa direction à la congrégation de Cluny en (978), qui inspirait à ce moment la politique ecclésiastique, et ce fut le commencement d'une nouvelle période pour Lérins. Au (XIème siècle), particulièrement sous les abbés Amaury, Albert 1er et II, de grands privilèges furent obtenus en même temps que des donations importantes. L'opulence régna bientôt à Lérins comme à Cluny. La plupart des bâtiments anciens qui se trouvent sur l’île datent de cette période, en particulier le Monastère Fortifié

- Le Monastère fortifié

La forteresse de l'ile St Honorat, située sur une presqu'île au Sud de l'île. Sous un aspect homogène, on trouve un ensemble de constructions disparates allant du (Xème siècle) au (XVème siècle), une tour de refuge, ouvrage militaire le plus important de la Provence à l'époque de sa construction qui sera peu à peu agrandie et transformée en monastère. On ne peut établir avec certitude l'histoire de la construction du bâtiment à cause des nombreuses transformations et restaurations effectuées au cours des siècles. Début de la construction d'une 1ère tour de refuge vers (1073) par l'abbé de Lérins Adalbert II Adel-Dert. Au (XIIIème siècle) ou au début du (XIVème siècle), construction d'une grande tour carrée au Sud-Est dont les murs sont très épais et qui prend en pince la 1ère tour. Construction d'un 3ème corps de bâtiment au Sud, Sud-Ouest dont les murs sont beaucoup plus fins. Réaménagement intérieur avec construction des cloîtres, de la citerne aboutissant, dans la 2ème moitié du (XVème siècle), à la transformation définitive en monastère fortifié habité en permanence par les moines et par une garnison militaire. L'ensemble, quand il était habité par les moines, était entièrement boisé et même assez luxueux pour l'époque.

Du (XVème siècle) jusqu'en (1788), sous le régime de la Commende, les religieux y vécurent d'une façon permanente et y subirent de nombreuses attaques. La porte est à 4 mètres au dessus du sol. On y accédait par une échelle maintenant remplacée par un escalier de pierre. En face de l'entrée, un escalier mène au cellier voûté en berceau. Au 1er étage se trouve le cloître du travail, aux arcades ogivales et aux voûtes des (XIVème siècle) et (XVIIème siècle), l'une des colonnes est une borne milliaire Romaine. Le "cloître de la prière" au 2ème étage, à colonnettes de marbre blanc, offertes par la ville de Gênes en demande de pardon pour l'attaque de la forteresse et la capture de moines, donne accès à la chapelle de la Ste Croix, haute salle voûtée d'ogives appelée encore "le Saint des Saints" en raison des nombreuses reliques qu'elle renfermait. La chapelle de la Ste Croix a la particularité d'avoir une porte d'entrée au linteau très bas, symbolisant l'attitude Pénitente du moine arrivant à la prière, et une porte de sortie plus grande, symbolisant la Rédemption et la Grâce reçue pendant l'office par le moine, qui peut en ressortir debout. De la plateforme, garnie de créneaux et mâchicoulis du (XVème siècle) située au sommet du vieux donjon, rénovée au (XIXème siècle) par Viollet le Duc qui y rajouta notamment un clocheton, la vue s'étend sur les îles de Lérins et sur la côte, de l'Esterel jusqu'au cap d'Antibes et à l'arrière plan, la chaîne Alpine.

Les constructions du (XIXème siècle) encadrent les anciens bâtiments. Dans le jardin du cloître sont groupés des fragments lapidaires Romains et Chrétiens retrouvés dans l'île. Le vieux cloître, dont les murs datent en partie du (VIIème siècle), et les voûtes en berceau du (Xème siècle), est un des plus anciens de ce genre en Occident. Sur la galerie Est s'ouvre, par une porte basse en plein cintre, la Salle Capitulaire voûtée d'ogives et, adossée à la galerie Sud, une autre salle de même style qui sert de réfectoire aux moines. La toile au fond de la pièce représente la Cène a été exécutée en (1900) par Pita.

Dans l'extrémité Est de l'île, la chapelle de la Trinité est l'un des 7 Oratoires répartis dans l'île. Son nom, la Trinité est reflété par son architecture, elle possède une abside flanquée de 2 Absidioles, et sur sa façade Occidentale, mur pignon, se trouvent 2 croix composées de briques, une 3ème croix ayant disparu durant une restauration. Cette chapelle est bâtie avec de nombreux blocs en grand appareil, d'origine antique. On remarque ces réemplois au niveau des chaînages d'angle, et à l'intérieur avec les 2 colonnes qui séparent les 2 travées. L'utilisation de blocs de grand appareil peut s'expliquer de 2 manières :

* Le démontage d'un édifice Antique à proximité de l'île de Lérins permet de s'approvisionner facilement en matériaux prêts à être posés ;
* Le réemploi de matériaux sans doute utilisés pour célébrer un culte Païen permet d'asseoir la victoire du Christianisme sur le Paganisme, et d'évangéliser les hommes non Chrétiens.

La chapelle est voûtée en berceau dans sa nef, et au niveau du choeur avec une coupole. Cette coupole est une spécificité puisqu'elle est surement l'une des 1ères en Occident Médiéval à avoir été bâtie. A son sommet se trouve un puits de lumière, ou Oculus. La couverture en tuiles à l'"Antiques tegulae et imbrices" est une restauration des années (1930) qui reprend un ancien mode de couverture déjà utilisé sur ce site et dont des vestiges ont été retrouvés pendant les travaux. La datation de cet édifice est incertaine, on suppose qu'il est antérieur au (XIIème siècle). Les bâtiments adjacents à la chapelle servaient probablement durant les rites funéraires. Il faut enfin noter que le bassin de type citerne, à l'extrémité Sud-Est et la chapelle ont eu une fonction militaire durant l'occupation Espagnole de l'ile, dans le courant du (XVIIème siècle). La position stratégique de la chapelle a justifié son aménagement en bastion. L'un des témoins de ce rôle militaire réside dans la trace d'un impact de boulet de canon au niveau d'un linteau, dans la fenêtre de la 1ère travée du côté Nord.

- les Fours à boulets

2 fours à rougir les boulets, construits en (1794) sur l'ordre de Bonaparte, occupent les extrémités Est et Ouest de l'île. 2 fours similaires se trouvent aux extrémités de l'île Ste Marguerite. Ces fours chauffaient en 10 minutes des boulets de canon à plus de 1.000 degrés Celsius. Ainsi en cas d'impact sur un navire ils occasionnaient un incendie.

- le Pèlerinage

Le pèlerinage à St Honorat se développa à partir du (XIIème siècle) et fut extrêmement populaire en Provence jusqu’à la Révolution. La pratique de ce pèlerinage aux 7 chapelles se trouvant sur le pourtour de l’île est largement attestée, il se déroulait traditionnellement entre l’Ascension et la Pentecôte. Raymond Feraud, qui fut moine au début du (XIVème siècle), composa en vers Provençaux une vie légendaire de St Honorat qui est un des plus beaux écrits en cette langue et qui influença durablement la piété populaire. Le pèlerinage à la Baume St Honorat dans le massif de l’Esterel trouve sa source dans cette vie.

- Lérins et St-Victor-de-Marseille.

Toujours au (XIVème sècle), les moines de Lérins réclamaient le titre de "Domini" en guise de l'appellation de "fratres". Puis les papes d'Avignon commencèrent à prélever leur droit sur les ressources de l'abbaye sans réussir à l'appauvrir. Depuis le (VIème siècle), Lérins avait été rattachée au diocèse d'Antibes, dont la résidence épiscopale fut transférée à Grasse en (1244). Une 3ème et dernière période commence pour le monastère de Lérins au (XVème siècle). Depuis (1464), l'abbaye était devenue la proie d'Abbés Commendataires. L'un d'entre eux, Auguste de Grimaldi, renonça aux pouvoirs, mais non aux revenus de sa dignité, en affiliant le monastère aux Bénédictins, connus plus tard sous le nom de Bénédictins du Mont Cassin. C'est alors que Denys Faucher d'Arles tenta de créer à Lérins un centre d'études Humanistes. Mais, comme Grimaldi, en qualité de Seigneur de Monaco, tenait pour Charles Quint contre François Ier, le monastère de Lérins fut pillé par le Connétable de Bourbon en (1524), et donné en Commende par François 1er au cardinal de Bourbon d'abord, puis à Jean du Bellay. Au siècle suivant, Mazarin la posséda. Finalement, l'évêque de Grasse parvint, à force d'intrigues, à s'assurer la disposition de l'abbaye (1732) qui fut ensuite (1752) transférée à l'évêque de Digne. En (1788), elle fut sécularisée et, en (1791), vendue aux enchères pour 37.000 livres. L'église fut rendue au culte en et desservie par des religieux de St Pierre à Marseille.

En (1859), Mgr Jordany, évêque de Fréjus, rachète l'île et rend l'église au culte. Il demandera peu après à Dom Barnouin, le restaurateur de la vie monastique Cistercienne à Sénanque, de rétablir une communauté sur l'île. Les 1ers moines arriveront le 28 Novembre (1869) et Dom Barnouin, très impressionné par le long passé d'histoire monastique et de Sainteté de l'île, y transférera le siège de sa Congrégation en (1872). La Congrégation "Cistercienne de l'Immaculée Conception" fondée par Dom Barnouin comporte aujourd'hui, en plus de l'abbaye de Lérins, la communauté de Sénanque en France ainsi qu'un monastère au Québec et un autre au Viêt nam. Elle comporte aussi un monastère de moniales à Castagniers près de Nice qui devrait normalement se transférer sur l'île. Un prieuré est en cours de fondation en Italie dans le Piémont. La communauté monastique comporte aujourd'hui environ 30 moines de 25 à 90 ans et de plusieurs nationalités, comme du temps du fondateur.

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