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l'Abbaye -
les Abbés
Photos
- Abbaye du Thoronet
- Présentation
* Diocèse : Diocèse de Fréjus Toulon
* Origine religieuse : (XIIème siècle)
* Cistercien depuis : (XIIIème siècle)
* Ordre : Cistercien
* Style : Roman Cistercien
* Protection : Inscrit Monument Historique (1840)
- Situation
* Pays : France
* Département : Var
* Commune : Thoronet
- Historique
L'abbaye du Thoronet de l'ordre Cistercienne, l'ensemble du site bénéficie d’une double protection juridique, d’une part au titre de l’environnement, de la préservation de la faune et de la flore, d’autre part au titre du périmètre des 500 mètres autour d'un Monument Historique en application des articles L621-30-1 et L621-31 du code du Patrimoine, l’abbaye du Thoronet est une des 3 "Soeurs Provençales", les 2 autres étant Sénanque dans le Vaucluse et Silvacane dans les Bouches du Rhône. Elle doit beaucoup à l’Abbé Foulques, mort en (†1231). D’abord troubadour, il est ensuite Abbé du Thoronet avant d’être évêque de Toulouse. C'était un proche de St Louis, protecteur de l’Ordre.
L’abbaye du Thoronet a été fondée au (XIIème siècle) en Provence, pour une communauté de 20 moines seulement, sans compter les frères lais, elle relevait du St Empire Romain Germanique sous l’autorité de Frédéric Ier Barberousse (1152) - (1190). L’Empire s’étendait alors de la Bohême au Rhône. Le Thoronet constitue la 1ère présence Cistercienne dans cette région. Avant de fonder l’abbaye du Thoronet, c'est de l'abbaye de Mazan Ardèche que Paulin, son 1er abbé, et 12 moines installent une communauté, le 14 Avril (1136), sur la commune de Tourtour, à l'Abbaye de Florièyes, à une journée de marche au Nord-Ouest de l’actuel site du Thoronet. Cette 1ère implantation a lieu grâce au don d’une partie des terres de la famille de Castellane. Malgré d’autres dons importants en terrain, la nouvelle communauté installée à N.D. de Florielle ne trouve pas les conditions idéales à son développement et décide alors de se déplacer sur une des terres qu’elle possédait déjà et qui lui avait été léguée par le Catalan Raymond Bérenger, Comte de Provence. La charte de donation est datée du 18 des Calendes d'Avril (1146). Le 1er acte de fondation de (1157) marque l’abandon définitif du site de N.D. de Florina qui devient un simple prieuré, pour le massif de l’Urbac dans la forêt de la Darboussière au sein de la Seigneurie de Séguemagne, lieu d’implantation de la nouvelle abbaye.
Les hommes du Temple cultivaient un grand nombre de terres, soit qu'elles aient été leur propriété, soit qu'elles aient appartenu aux Moines Cisterciens du Thoronet qui se posaient ainsi en suzerains des Templiers. Lors de la suppression de l'ordre en (1312), la quasi totalité des biens du Temple à Lorgues revinrent aux Cisterciens du Thoronet. L'abbaye ne tarde pas à connaître la prospérité, à la suite des nombreuses donations qui affluent, notamment de la part des Seigneurs de Castellane. Jusqu'au milieu du (XIIIème siècle), les donations permettent à l'abbaye d'organiser son économie autour de l'agriculture et de l'élevage. Au (XIVème siècle), le Thoronet, comme bien d'autres abbayes Cisterciennes, connaît peu à peu le déclin. Les révoltes internes puis, plus tard, les guerres de religion entraînent la défection des moines de l'abbaye qui, en (1787), est rattachée à l'évêché de Digne les Bains. Pendant (I siècle) environ une vingtaine de moines y vécurent mais, à la Révolution, il ne restait plus que 7 religieux dans un état voisin de la misère, puisque l'un deux écrit que "la maison est plus propre à servir d'écurie qu'à y loger". En (1791), vendue pour 132.700 francs, puis à nouveau délaissée, elle est rachetée par l'État en (1854).
- l'Eau
L’eau dans chacune des abbayes cisterciennes est un élément indispensable de la vie quotidienne. Elle sert à la fois pour le travail manuel et à l’alimentation des machines, mais aussi à la cuisine et lors de cérémonies religieuses comme le Mandatum (lavement des pieds) qui se déroulait 1 fois par semaine. Pour toutes ces tâches, une importante quantité d’eau, potable ou non, était nécessaire. L’abbaye n’en manquait pas et l’aridité actuelle du vallon n’est pas significative de la situation à l’époque, bien que l’on sache que le débit d’eau n’était pas suffisant pour l’alimentation en eau d’un moulin, d’où son absence au Thoronet. L’aridité actuelle des lieux résulte de l’extraction, après la "Seconde Guerre mondiale", de la bauxite, ce qui provoqua la disparition des ruisseaux et l’assèchement du sous sol. Cela eut également pour effet de provoquer des glissements de terrain qui ont emporté avec eux la partie Nord de l’aile des moines ainsi que le Réfectoire et ont dérivé le cours de la Tombarèu. Les ruisseaux de la Tombarèu et de la Darboussière délimitaient à l’origine l’emplacement du site. Les extrémités Nord de l’aile des Convers et de celle des Moines enjambaient la Tombarèu, permettant un système d’évacuation naturelle des latrines.
L’alimentation en eau pour les besoins alimentaires, sanitaires et liturgiques se faisait par la source située au Sud-Ouest de l’enclos. Un débit constant du liquide arrivait jusqu’au monastère par un réseau de canalisations fait d’une maçonnerie de moellons soigneusement appareillés. Sa redistribution se faisait en différents lieux, dont certains restent hypothétiques. C’est le cas par exemple des cuisines dont on ignore s’il y eut effectivement un débit constant d'eau potable. Toutefois, il est certain que l’alimentation arrivait au moins jusqu’au lavabo du cloître avant la déviation de son cours au (XXème siècle).
- le Bauxite
En (1906), les intempéries et les brèches ouvertes dans les murs ont provoqué l’effondrement de la voûte du Dortoir des moines. Jules Formigé, architecte en chef des Monuments Historiques, a alors fait murer les trouées pratiquées anciennement dans le mur Oriental du cloître puis, après avoir remonté la voûte, a installé des tirants métalliques. Pourtant, en (1919), la poussée des voûtes a provoqué la rupture de 3 tirants… Les derniers travaux ont été rendus nécessaires non seulement en raison des désordres dus à un glissement de terrain, mais également du fait des problèmes constatés dans les maçonneries, le diagnostic avait montré que le mortier de blocage était décomposé dans le mur de l’aile des moines de l’abbaye. Le glissement de terrain qui a affecté cette abbaye du (XIIème siècle), a été occasionné par une exploitation de Bauxite à ciel ouvert et souterraine, l’extraction souterraine concernant 80 % de la surface du gisement. La morphologie et le contexte hydrologique de la colline s’en sont trouvés modifiés et les poches d’eau résiduelles de l’ancienne mine ont accentué ce phénomène, ainsi que les effondrements des galeries provoqués après exploitation.
Malgré l’arrêt de l’activité de la mine à ciel ouvert, une masse énorme de la colline, qui se manifestait par une faille qui avançait de 0,85 mètre par an, s’est mise en mouvement à 800 mètres environ du monument. A une centaine de mètres de l’abbaye un autre mouvement, plus lent, a eu des effets alarmants sur les maçonneries, nécessitant notamment l’étaiement de la grange dîmière et du mur Sud du verger. Une galerie en forme de fer à cheval, de 520 mètres de long et de 8 m2 de section, a été créée pour collecter des drains verticaux. Elle a permis d’évacuer les eaux vers le vallon du Tombereau en aval de l’abbaye. Le but du drainage était de consolider les terrains proches de l’abbaye pour enrayer le glissement en augmentant le coefficient de frottement des terrains.
Entre (1985) et (1990), des travaux considérables ont été réalisés, la réfection de la couverture a permis d’une part d’alléger les voûtes en substituant au remblai lié au mortier une forme légère et étanche en béton de chaux, le renforcement des reins de voûtes par des injections de coulis de liant dans les maçonneries, et enfin la reprise des fondations. Des travaux ont lieu régulièrement en fonction des urgences, la grange dimière est encore sous étais, et une surveillance continuelle du niveau de l'eau est fort heureusement assurée pour prévenir de nouveaux risques de glissements de terrains.
- la Construction
Les "pierres sauvages" font référence au roman de Fernand Pouillon, où il restitue le journal apocryphe du maître d’oeuvre de l’abbaye du Thoronet "La plupart des pierres seront traitées rudement, grossièrement, nous gagnerons ainsi du temps. Le soleil accrochera les facettes, les éclats, et fera précieuse la matière scintillante." En vertu des principes de simplicité et d’autonomie, la carrière était autant que possible à l’intérieur de la clôture. Ici, elle est ouverte au chevet de l’église. L’abbé général de Cîteaux a donné la directive d’aller vite dans la construction pour ne pas indisposer davantage le Comte de Provence, déçu par les tergiversations des moines. L’abbaye occupe un fond de vallée relativement plat. Les carrières furent ouvertes le plus près possible de l’Abside. Il a fallu 30 à 40.000 m3 de pierres. Elle est construite sur un affleurement rocheux et on peut voir dans le cloître ou dans la salle du chapitre la pierre brute entre ou sous les pierres appareillées du mur. On a en cela une illustration manifeste du Prologue de la règle de St Benoît : "Celui qui écoute mes paroles que voici et les met en pratique, je le comparerai à l’homme qui a bâti sa maison sur le rocher…" On peut également citer St Bernard : "Quels avantages ne se trouvent dans la pierre ? C’est sur la pierre que je suis élevé, dans la pierre que je suis en sûreté et dans la pierre que je demeure ferme…" Ce dernier affirme, comme St Jérôme, que la pierre est le Christ et que les moines vivent dans les trous de la pierre comme dans les plaies du Christ.
C’est la pierre calcaire assez dure et cassante, aux reflets gris et ocre, difficile à travailler qui fut utilisées pour toute l'abbaye. Elle permet les meilleurs effets de son, par les creux, les facettes, les vacuoles, dispersés dans sa masse et de lumière, la pierre crée un lien entre l’édifice et son site. Les jeux subtils de découpe et de superpositions créent des volumes intéressants sans faire pour autant de concession théologique à l’esprit Cistercien. Les pierres sont appareillées en grand ou moyen appareil par assises de hauteurs variables. Les moines se sont livrés à un jeu de patience subtil, il fallait classer les blocs d’une même assise ayant une hauteur similaire. On les laissait parfois en bossage, le parement saillant demeurant brut. Ces types d’appareils sont dans la tradition de "l’opus quadratum romain et gallo-romain". Les pierres étaient retouchées au moment de la pose pour que le joint soit le plus mince possible.
Construction traditionnelle, les pierres reposent sur un lit de mortier épais qui permet de lier le blocage interne et le parement, au détriment de l’esthétique. Ici, le rétrécissement des joints pose le problème de la dissociation du blocage interne et du parement du mur. Les moines résolurent ce problème en taillant les pierres en biseau, obtenant en surface un joint mince et en profondeur une épaisseur permettant de lier fortement les pierres du parement et le blocage interne du mur. La dureté et la compacité de la pierre contrastent avec la finesse de la taille. L’aspect lisse et poli de la pierre est parfois frappant, surtout au niveau du chevet. La valorisation du sanctuaire se fait par la qualité de la mise en oeuvre des matériaux. On assiste à la rencontre entre la rudesse et le raffinement. Rien ne vient perturber l’impression d’égalité des surfaces ni la pureté des lignes. La suppression de toute distraction visuelle superflue est parfaitement illustrée.
L’isolement prescrit par la règle de St Benoît est relatif au Thoronet. En effet, l’abbaye se situe à une journée de marche de l’évêché de Fréjus 45 kilomètres) et on trouve dans un rayon de 10 kilomètres de nombreux villages préexistants. De plus, les ressources matérielles de l’abbaye lui assurent une place importante dans le marché commercial de la région. Ces ressources se situent parfois loin de l’abbaye et les frères Convers ont la charge de leur exploitation. L’abbaye du Thoronet possède en effet les marais littoraux de Marignane, au bord de l’étang de Berre, ou encore ceux de Hyères qui permettent la production de sel. L’activité de pêche se fait à "Martigues, Hyères et Sainte Maxime". Ce poisson représentant une part plus importante que la consommation propre de l’abbaye, une partie était vendue directement sur les marchés locaux. La grande spécialité du Thoronet, c’est surtout l’élevage. Ces bêtes fournissent à la fois de la viande qui n’est pas consommée par les frères puisqu'ils ont un régime végétarien, et de la peau qui est utilisée pour la confection de parchemin, fait essentiellement en peau de mouton, et très important pour l’abbaye puisque celle ci possédait un Scriptorium
- Aujourdhui
L’Abbaye du Thoronet est l’une des plus conformes à l’esprit primitif de l’Ordre. Cela se reflète jusque dans l’acoustique, qui, avec son écho forcément prolongé, impose au chant un style particulier et une discipline, les chanteurs doivent chanter lentement et à l’unisson. Fondamentalement liée à son site, l’Abbaye constitue un exemple extraordinaire de transformation de la spiritualité et de la philosophie en architecture, où la prise en compte de la lumière, mesurée, est capitale.
Dans le cadre de l’inscription sur la liste du "Patrimoine Mondial de l'Humanité gérée par l’UNESCO", la notice sur l’abbaye de Fontenay, indique que "le plus parfait exemple de l’architecture cistercienne est l’Abbaye du Thoronet". L’abbaye du Thoronet a connu beaucoup de restaurations à partir du (XIXème siècle), mais qui semblent être assez fidèles à la construction originelle. Elle se cache parmi les chênes dans un site sauvage et isolé qui s'accorde bien avec la règle stricte de l'ordre de Cîteaux.
L’Abbaye est très bien conservée et a bénéficié de travaux de restauration particulièrement importants sous l'égide du ministère de la culture et de la communication, propriétaire du monument. Des aménagements d'accueil ont par ailleurs été réalisés par le "Centre des Monuments Nationaux" afin d'améliorer les conditions de visite. Elle a retrouvé, depuis (1978), toute sa dimension spirituelle avec l’installation à proximité des "Soeurs de Bethléem" et la présence du Chantre Damien Poisblaud qui, depuis (2008), y chante la messe en Grégorien chaque Dimanche à Midi, à la demande de Mgr Dominique Rey, évêque du diocèse de Fréjus-Toulon.
Depuis (1991) ont lieu au mois de Juillet les "Rencontres de Musique Médiévale du Thoronet", créées par Eric Michel, sous la direction de Dominique Vellard. Le festival accueille chaque année entre 2.000 et 3.000 spectateurs, 85 % de ceux ci venant de la région "Provence Alpes Côte d'Azur".
En (2009), les Rencontres ont accueilli un choeur de shōmyō par les Moines Bouddhistes du temple "Japonais Daitoku-ji, école zen rinzai", qui sont les 1ers à en sortir depuis sa création en (1319), ils étaient accompagnés par une flûte Shakuhachi et par les pierres Sanukite du percussionniste Stomu Yamashta.
En Octobre (2016), "l'Association Duels Théâtraux Company", spécialisée dans l'Animation et les spectacles, a initié, dans le cadre de l'opération "Monument jeu d'enfant" du Centre des Monuments Nationaux, un Parcours ludique et familial, sous forme d'une énigme au cours de laquelle petits et grands ont découvert la vie de l'Abbaye au Moyen Age, Ateliers de démonstration des activités des Moines, "calligraphie, enluminure, herboristerie, filage et tissage, travail du cuir et du bois, chants Grégoriens".
Au mois d'Août, c'est le festival "Musique et Esprit" qui programme des concerts de musique vocale et de musique de chambre.
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