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- l'ordre des Chartreux

L'ordre des Chartreux est un ordre "Religieux Contemplatif à Voeux Solennels", il n'investit aucun Abbé, chaque monastère étant gouverné par un Prieur, aussi aucune de leurs maisons ne porte le titre d'abbaye. Etabli par St Bruno en (1084) et 6 compagnons, 4 clercs et 2 laïcs, l'ordre des Chartreux a développé une forme originale du Monachisme Occidental, associant la vie communautaire ou Cénobitique et l'idéal de vie en solitaire ou semi érémitique. Ce postulat impliquait une organisation nouvelle des bâtiments, et donna naissance à une architecture propre. Tous les grands monastères ont eu sous leur dépendance des petites fondations connues sous le nom de prieurés. Quelquefois, ces fondations ne comportaient qu'un seul bâtiment servant de résidence ou de ferme, alors que d'autres étaient de véritables monastères miniatures pour 5 à 10 moines. Les fermes étaient généralement exploitées par des Frères Convers> sous la supervision d'un seul Moine.

Ils se sont établis près de l'actuel monastère de la Grande Chartreuse. La vie, les coutumes et l'histoire de l'ordre sont indissociables de celles de sa maison Mère, le monastère de la Grande Chartreuse, St Pierre de Chartreuse, département de l'Isère, France, dont le Prieur est chef d'ordre et dont la communauté joue un rôle Fondamental dans la vie et l'évolution de l'ordre. Le Père Général est son Supérieur. Elle l'élit de concert avec les membres du Chapitre Général. Ses membres peuvent être élus au définitoire du Chapitre Général, ils assistent directement le Révérend Père dans l'administration de l'ordre. Ils jouent surtout à l'égard de l'ordre un rôle exemplaire tacite. Jusqu'à une période relativement récente, la communauté de Chartreuse ne faisait pas l'objet de visite Canonique.

- Le Prieur

De la Grande Chartreuse a reçu, ou pris, divers titre au cours de l'histoire :

* Prior Cartusiae : Prieur de Chartreuse, d'après les cartes, décisions, du chapitre général au Moyen Age.
* Donnus Cartusiae : Monsieur de Chartreuse, cartes du chapitre général au Moyen Age.
* Orateur : de Chartreuse du latin Orare, Prier, Dom Innocent Le Masson, Prieur de la Grande Chartreuse au (XVIIème Siècle).
* Révérend Père : sans autre qualitatif, par exemple, comme l'a dit le Révérend Père, sous entendu, Général.

Assisté d'un Conseil, ou Conseil Privé, composé de moines de la Grande Chartreuse et de quelques prieurs, il gouverne l'ordre au nom du Chapitre Général, qui lui délègue ses pouvoirs entre les sessions. La tradition est qu’il ne quitte pas les limites du désert de la Grande Chartreuse pour donner à l'ordre l'exemple de la stabilité monastique. Il est assisté par un conseil et des Visiteurs qui visitent en son nom chaque maison de l'ordre, 1 année sur 2, entre les Chapitres. Depuis (1376), il est représenté auprès du St Siège par un Procureur Général dont le lieu de résidence, après avoir été Avignon, Chartreuse de Val de Bénédiction, puis Rome, est actuellement à la Chartreuse de "Serra San Bruno, Calabre".

Chaque maison est dirigée par un Prieur, élu par la communauté ou désigné par les instances supérieures de l'ordre. Les supérieurs ne sont pas élus pour une période donnée, mais ils doivent démissionner, demander miséricorde, selon la formule propre à l'ordre à chaque Chapitre Général qui décide de les reconduire ou non dans leurs charges. Ils peuvent aussi être déposés par les Visiteurs Canoniques de leur maison, mandatés par le Chapitre Général. En conséquence, chaque moine qui exerce une fonction, de la plus humble à la plus élevée, peut rester en charge indéfiniment s'il exerce sa fonction à la satisfaction de tous, ou peut être déposé à tout moment en cas de problème grave. Aucun autre système de gouvernement ne permet autant de souplesse et de liberté et l'équilibre des pouvoirs. Il n'y a pas d'Abbé en Chartreuse. Il est donc inapproprié de parler d'Abbaye à propos des maisons de l'ordre.

- Règle, Coutumes, Statuts

Les Chartreux ne suivent pas la Règle de St Benoît, mais les dispositions d'un corpus coutumier évolutif, qualifié de Statuts. Seule l'organisation de la liturgie des Heures suit d'assez près la Règle Bénédictine. Mises par écrit pour la 1ère fois par Guigues, vers (1127), les "Consuetudines Cartusiae" ou "Coutumes de Chartreuse" furent adaptées au fil des Chapitres Généraux et des exigences du Droit Canonique, et rééditées sous des formes et avec un contenu très différents, à plusieurs reprises. La version actuellement des Statuts de l'ordre cartusien fut approuvée par le Chapitre Général de (1987). Les Statuts de l'ordre des Chartreux sont composés traditionnellement de 2 parties, le Statut proprement dit qui décrit le propos Cartusien, son mode de vie, le gouvernement de l'ordre. l'Ordinaire qui décrit tous les rites et la liturgie de l'Ordre.

- Traits Fondamentaux

Cet ordre est un des plus austères, les religieux observent une "clôture perpétuelle, un silence presque absolu, de fréquents jeûnes et l'abstinence complète de viande". Ils ne reçoivent la visite de leur famille que 2 jours par an. Ils portent une robe de drap blanc, serrée avec une ceinture de cuir, et un Scapulaire avec capuche du même drap, appelé Cuculle. Ils portent en permanence le Cilice maintenu à la taille par une corde appelée Lombar. A l'extérieur des limites des maisons, ils portent une Chape noire avec Capuchon Pointu, identique à celle que portent les novices pour les exercices Conventuels. Dès (1084), le groupe des fondateurs était composé de Prêtres et de Laïcs qui donnèrent naissance à 2 formes distinctes et complémentaires de vie Cartusienne qui se sont perpétuées avec sagesse jusqu'à nous. Des familiers Clercs ou Laïcs leurs furent rattachés à certaines périodes de l'histoire de l'ordre. La tendance du gouvernement de l'ordre a toujours été de les assimiler progressivement à l'un ou l'autre des groupes initiaux, "Pères ou frères Convers".

Les Chartreux peuvent donc être moines du cloîtres, ce sont les Pères qui sont tous Prêtres ou appelés à le devenir. Au Moyen Age, tout moine du cloître était Clerc ou appelé à le devenir. Il faut noter que jusqu'au début du (XIVème siècle) au moins ce statut n'impliquait pas nécessairement la réception du sacrement de l'ordre par tous et encore moins la célébration régulière de la messe par tous. Jusqu'à cette période, les Chartreux étaient connus pour célébrer la messe moins souvent que les Séculiers et Religieux des autres Ordres.

Ce sont les Frères Laïcs, répartis aujourd'hui en 2 catégories :

* Les Frères Convers depuis les origines, ils font une profession de type monastique. Jusqu'aux réformes postérieures au concile Vatican II, ils portaient tous la barbe. Leur habit est le même que celui des Pères.

* Les Frères Donnés leur vie est la même que celle Convers, mais ils portent un habit plus simple, habit de Choeur Blanc, sans bandes pour relier les pans de leur Cuculle, autrefois brun avec un Scapulaire plus court, ils ont le visage rasé, leurs jeûnes sont moins sévères que ceux des Convers, ils ne sont pas astreints au lever de nuit quotidien.

* Les Prébendiers cette catégorie de religieux s'y ajoutait autrefois. Elle fut supprimée avant la Révolution Française.

* Les Rendus cette catégorie de Religieux a été supprimée avant la Révolution française. Dès le (XIIIème siècle), on rencontre en Chartreuse une catégorie de Frères appelés Clercs Rendus. C'étaient des religieux tonsurés, certains pouvant accéder à la Prêtrise, qui n'étaient pas liés par la profession monastique, mais menaient une existence intermédiaire très proche de celle des Pères du grand cloître. Ils se distinguaient surtout par une obligation moins stricte à la solitude qui permettait de leur confier des missions à l'extérieur des limites des maisons. Cette forme de vie plus souple fut supprimée à cause des abus qu'elle entraîna inévitablement, mais il ne faut pas oublier les services insignes qu'elle rendit à l'ordre et surtout le secours spirituel qu'elle permit d'apporter à des tempéraments épris de la vie Cartusienne mais trop actifs pour la garde stricte et permanente de la cellule, ou encore doués pour des activités utiles à l'ordre mais incompatibles avec la stricte stabilité de la cellule.

La vie des Chartreux est la recherche d'un équilibre entre l’Erémitisme et le Cénobitisme. Au sein de leur monastère, les Pères partagent leur vie entre la solitude d'une maisonnette appelée cellule où ils dorment, mangent, travaillent et prient seuls, et des moments de vie commune consacrés à la célébration du culte divin et à certains moments de détente. Ils se rassemblent tous les jours pour la Messe et les Vêpres ainsi que pour l'office des Matines chanté au milieu de la nuit. Les dimanches et jours de fête, ils mangent ensemble à Midi seulement et ont une Récréation commune. Une fois par semaine, ils ont une promenade Communautaire durant laquelle ils cheminent 2 par 2 et parlent librement. Cette solitude face à Dieu et à soi même requiert des dispositions peu communes, une grande abnégation et un équilibre psychologique approprié. Les moines Frères s'adonnent essentiellement aux travaux Manuels nécessaires à l'entretien du Couvent et à la subsistance matérielle des Pères. Ils participent également à une Liturgie adaptée à leur état.

- les Frères

Les journées des Frères se caractérisent par des Offices Liturgiques allégés et une plus grande part donnée au travail manuel. Les horaires varient selon les maisons de l'ordre. On peut cependant relever les traits généraux suivants. En semaine, depuis la suppression des Correries, les Frères n'assistent qu'à l'office de Matines et se retirent dans leur chambre, également qualifiée de Cellule, pour une oraison mentale solitaire déjà prévue par les Coutumes de Guigues. Lorsqu'ils participent à l'office au Choeur, les Frères ont aujourd'hui le choix entre diverses formes de participation, selon leurs goûts et leurs aptitudes :

* Participation silencieuse et prière personnelle.
* Récitation des offices de Pater selon l'ancienne tradition de l'ordre.
* Participation au chant choral, ceux qui le peuvent chantent leçons et répons et imposent leurs antiennes comme les moines du cloître.
* Le Matin et le Soir, ils ont un Office commun en langue Vernaculaire dans la chapelle de famille. Depuis Vatican II, la plupart assistent à la messe Conventuelle chantée, mais auparavant ils assistaient à une messe dite spécialement pour eux par le Procureur ou un autre Père désigné à cet effet, toujours dans la chapelle de famille. En semaine, ils n'assistent pas aux Vêpres Conventuelles des Pères. Ils passent la journée à travailler dans leurs Obédiences ou ateliers répartis dans la maison.
* Le Dimanche, ils assistent à tous les Offices Conventuels et ont en plus, généralement après les Vêpres, une conférence spirituelle donnée par le Procureur ou un religieux désigné. Avant Vatican II, leur chapitre comme leur réfectoire étaient distincts de ceux des Pères. Depuis l'adoption de la langue Vernaculaire pour les lectures de table et les sermons de Chapitre, toutes la communauté est réunie pour ces occasions.
* Ne bénéficiant pas de la même solitude que les Pères, les Frères n'ont de promenade commune qu'une fois par mois. Ils ne se joignent aux récréations et spaciements des Pères qu'à quelques occasions de l'année.

- Subsistance

La solitude n'a jamais permis aux Chartreux l'exploitation de grands domaines agricoles, comme leurs cousins Cisterciens. Au fil des siècles, les revenus économiques des Chartreux ont varié en fonction des circonstances sociaux économiques et du contexte propre de chaque maison. Après avoir été Pastorale et Forestière, l'économie Cartusienne traditionnelle a beaucoup bénéficié de l'exploitation des Forges. Depuis la fin du (XIXème siècle), les moines tirent une partie de leur revenus de la commercialisation d’une liqueur qui porte leur nom Chartreuse, mise au point à la Grande Chartreuse. Seuls 2 moines du monastère en connaissent la recette Secrète qui a suscité jusqu'au cours du (XXème siècle) bien des convoitises, vols, confiscations, chantages, y compris de la part de membres de l'ordre, etc. Actuellement, l'exploitation de la liqueur est confiée à une société privée laïque, située à Voiron, Isère.

Chaque maison de Chartreux essaie autant que possible de vivre de revenus propres, "dons, fermages de terres, forêts, vignes, artisanat, etc". Mais le peu de temps consacré au travail manuel, les besoins internes de la vie quotidienne, la raréfaction des vocations et le primat de la vie contemplative interdisent toute activité économiquement rentable de la part des Moines et des Moniales. L'entretien des bâtiments est une source de dépenses considérables. En cas de besoins, les revenus capitalisés de la liqueur permettent aux autorités de l'Ordre d'accorder certains subsides aux maisons les plus défavorisées.

- l'Hospitalité Cartusienne

La conception Cartusienne de l'hospitalité est conditionnée par le propos de solitude radicale qui caractérise cet ordre. Ermites et Cénobites à la fois, mais ne suivant pas la Règle de St Benoît, les Chartreux n'ont jamais adopté les principes de l'hospitalité monastique propres à la famille bénédictine. Leur accueil des personnes extérieures ont considérablement varié au cours des siècles, en fonction des moyens financiers, du recrutement des maisons, des conditions locales et politiques et des relectures que les générations successives de Chartreux ont faites de leur propre idéal. Ils ne pouvaient pour autant s'abstraire des devoirs de la Charité Chrétienne. Depuis le temps de Guigues dont les Coutumes parlent déjà de la Frequentia des hôtes reçus au monastère, les moines avaient toujours fait bon accueil aux personnes qui se présentaient à la porte de la Grande Chartreuse, mais dans la mesure de leurs ressources, dans celle surtout du respect de leur propos de solitude, principes qui obligeaient déjà à une certaine discrétion dans l'accueil réservé aux étrangers les hôtes dans le langage Cartusien. En la matière, la Grande Chartreuse fonctionne comme modèle pour le reste de l'ordre.

Jusqu'à la Révolution Française, l'accroissement des ressources et celui du personnel de la Grande Chartreuse eurent pour conséquence celui de l'Hospitalité, apparemment sans dommage pour la solitude, les religieux se déchargeant sur un personnel laïc d'une grande part de ce travail. En (1687), Dom Le Masson apprend qu'on logeait jusqu'à 80 hôtes extérieurs à la fois à la Grande Chartreuse et que le nombre de personnes nourries chaque jour avoisinait les 200 à certaines périodes de l'année. En (1785), on a pu avancer avec grande exactitude le chiffre de 5.000 à 6.000 personnes par année, soit une moyenne de 16 personnes par jour, en constante augmentation jusqu'à la Révolution Française. Après la restauration de (1803), cet état de fait se prolongea encore. Proportionnellement, il en allait de même dans les autres maisons de l'ordre, à proportion de leurs ressources et de leur rayonnement. Depuis la 2ème guerre mondiale, cette attitude fit l'objet de plus en plus de réserves de la part des visiteurs Canoniques, jusqu'à être radicalement stoppée dans plusieurs maisons dans le courant des années (1960)-(1970). Comme toujours, la Grande Chartreuse fut la 1ère à mettre des limites strictes au flot des visiteurs, dès le retour d'exil dans les années (1950). Les femmes ne sont jamais autorisées à pénétrer en Clôture, même pour assister aux Offices de Profession ou de Sépulture, à l'exception des membres de la suite de Chefs d'Etats ou de Souverains. Cette observance qui frappe les imaginations est pourtant commune à tous les ordres monastiques, bien qu'en général la nef des églises Conventuelles y soit placée hors Clôture et que des exceptions y sont parfois pratiquées avec plus de libéralité qu'en Chartreuse.

- l'Architecture

Le propos de vie Cartusien, associant Cénobitisme et Erémitisme, donna naissance à une architecture et à une organisation originales des bâtiments Conventuels. Cette structure, fixée probablement dès les reconstructions postérieures à l'avalanche de (1132) qui détruisit les bâtiments de bois de la Chartreuse Primitive, a été adoptée par tous les établissements Cartusiens à travers l'Europe. Malgré cette uniformité de structure, il n'existe pas de Chartreuse modèle. A chacune, surtout en zone montagneuse ou dans les terrains accidentés, la configuration des lieux a imposé des caractéristiques particulières. Les maisons préexistantes, adaptée à la vie Cartusienne après affiliation à l'ordre, ou réadaptée à la suite de suppressions temporaires, présentent également des originalités, par exemple Trisulti ou Sélignac. Viollet le Duc a décrit la chartreuse idéale à partir du plan de la Chartreuse de Clermont qu'il avait pu observer avant sa destruction. La Chartreuse de Bosserville est un bon exemple, lisible et visitable, des maisons de plaine construites au (XVIIème siècle). La Chartreuse de la Transfiguration aux États Unis, construite dans les années (1970), offre un exemple original d'architecture moderne Cartusienne.

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