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(Soissons, chef lieu d'arrondissement de l'Aisne, sur l'Aisne dans le Soissonnais.)

- Historique de Soissons.

Soissons fut fondée sous le règne de l'empereur Auguste 31 av. J.C.-14 apr. J.c. peu avant le commencement de l'ère chrétienne. Elle comportait sans doute tous les équipements prisés par les populations Romanisées, thermes, théâtre, forum. Elle avait rang de capitale des Suessiones. Elle se dota au Bas Empire d'une enceinte fortifiée d'un périmètre total de 1.500 mètres enserrant 13 hectares. Un évêque s'y installa dans la foulée. Après l'effondrement total de l'Empire Romain, Soissons devint capitale du royaume provisoire de Syagrius, dernier lambeau de Romanité en Gaule. Les Francs de Clovis écrasèrent son armée à proximité en (486). Le partage du butin ouvrit une querelle légendaire entre Clovis et l'un de ses Guerriers, le Vase de Soissons.

- L'Evêché de Soissons.

L'Evêché a été fondé en l'an (300), et sa 1ère cathédrale appartient aux 1ères grandes églises à vocation cathédrales qui furent édifiées dans les villes Gallo Romaines aux (VIIIème siècle) et (IXème siècles). Elle fut dédicacée en (815) par l'évêque Rothade Ier et placée sous la protection des Sts Gervais et St Protais. La cathédrale actuelle, dédiée aux même Saints, débuta vraisemblablement vers (1176). Au (XIIème siècle), la cathédrale fut placée sous le double patronage de la Vierge et de St Gervais. Cependant, 2 autres Saints persécutés à la même époque que les Sts Gervais et St Protais, eurent les faveurs des fidèles, il s'agit des Sts Crépin et St Crépinien. Frères, comme les précédents, ils durent se réfugier à Soissons fuyant les persécutions de l'Empereur Dioclétien. Arrêtés sur l'ordre de Maximien, ils sont livrés au Préfet du Prétoire Roctiovare qui les supplicient. La légende les associe à St Quentin et les fait voyager ensemble de Rome à la Picardie. Elle ajoute que leurs corps suppliciés furent jetés dans l'eau de l'Aisne. La rivière loin de les faire disparaître les Conserva.

Bien des années plus tard, dans un rêve un vieillard les vit apparaître réclamant une sépulture. Se rendant sur les bords de la rivière où une barque l'attendait et le conduisit miraculeusement sans rames vers l'endroit où les corps reposaient. Il put ainsi les ramener et les enterrer. Exerçant la profession de cordonniers, les Sts Crépin et Crépinien sont les protecteurs de la corporation.

Cette cathédrale est donc à la charnière entre les cathédrales Gothiques Primitives "St Denis, Laon, Noyon", et les cathédrales Gothiques Classiques "Paris, Chartres, Bourges". Inspirés de Noyon forme des croisillons, les plans initiaux, ont été rectifiés en cours de la construction, pour y apporter quelques innovations. Les travaux reprennent en (1194), avec l'arrivée de reliques importées après le pillage de Constantinople. En (1212), le choeur et la croisée sont achevés, et le transept primitif fut transformer. Seul le croisillon Nord sera modifié au (XIVème siècle), et la nef terminée vers (1240).

Parallèlement à la construction de la nef, on élève la façade, sur le modèle des plans prévus pour Reims, mais les difficultés liées à la guerre de (100) Ans ralentissent les travaux. En (1414), la tour Sud est déjà élevée jusqu'à la coupole, et on s'apprête à bâtir une tour au Nord, lorsque la ville, aux mains des Bourguignons, est pillée par les troupes de Charles VII, cette tour ne verra jamais le jour et la cathédrale sera enfin consacrée en (1479). La cathédrale souffre par la suite du passage des Huguenots en (1567), destruction de sculptures. Une restauration quelque peu maladroite au (XVIIIème siècle). Elle sera reconvertit par la suite, en dépôt, par la Révolution. L'explosion d'une poudrière en (1815) détruit une grande partie des vitraux, il ne reste dans le choeur que des vitraux du (XVème siècle).

- Chronique sur la Cathédrale.

La cathédrale St Gevais et St Protais n'est pas un édifice homogène, le transept Sud à l'architecture légère proche des transepts de la cathédrale de Noyon s'oppose au reste de l'édifice, transept nord, choeur et nef plus monumental. Mieux que nul part ailleurs, la cathédrale de Soissons permet de saisir l'évolution du style Gothique au tournant du (XIIIème siècle) entre un transept Sud et le reste de l'édifice, dont le choeur est l'élément le plus représentatif. Si l'emplacement de la 1ère cathédrale est inconnu, la 2ème se trouvait à l'emplacement de l'actuelle. Cette cathédrale Carolingienne subit en (948) un incendie provoqué par les troupes d'Hugues le Grand qui occupe la ville, mais les documents d'archives ne révèlent pas l'étendue des dégâts.

Les travaux de l'actuelle cathédrale de Soissons débutent probablement à la fin du (XIème siècle) mais c'est au milieu du (XIIème siècle) que le grand chantier débute grâce à l'action de 3 évêques, Josselin de Vierzy (1126)-(1152), Anscoul de Pierrefonds (1152)-(1158) et Nivelon de Quierzy (1176)-(1207), mais également grâce à la restructuration du chapitre cathédral. En (1176), Nivelon de Quierzy lègue au chapitre cathédral un terrain afin de construire le transept Sud qui constitue la partie la plus ancienne de l'actuelle cathédrale. Le transept est organisé selon un plan en hémicycle avec déambulatoire assez étroit, mais il est également une avant 1ère de l'art Gothique par ses 4 niveaux d'élévation, grandes arcades, tribunes, triforium et hautes fenêtres. Le chantier se poursuit par la construction de la croisée du transept , où a lieu le changement de style, commencée avant l'achèvement du transept, la croisée voit disparaître les tribunes remplacées par des grandes arcades plus imposantes. Si l'on regarde avec attention la croisée, on remarquera les 4 gros piliers destinés initialement à supporter une tour Lanterne comme celle de la cathédrale de Laon.

Les dimensions de la croisée, plus monumentale, servent de modèle au choeur dont la construction débute en (1190), quelques années avant la cathédrale de Chartres mais également à la nef dont l'extrémité est mise en chantier au même temps que le choeur. L'avancée rapide des travaux permet aux chanoines de prendre possession du choeur en (1212), la cathédrale est en grande partie achevée, le choeur, la croisée, le transept Sud, les arcades et le triforium de la dernière travée de la nef ou encore le transept Nord dont l'aspect était probablement identique à celui du transept Sud sont achevés. En (1240), la cathédrale St Gervais et St Protais de Soissons est donc achevée dans sa majeure partie ce qui n'empêche pas la reconstruction totale du transept Nord dans le dernier quart du (XIIIème siècle) . Ce nouveau transept Nord est un modèle du genre, véritable réussite esthétique respectant l'unité de hauteur avec le antérieur de près de 75 ans, tout en introduisant le Gothique Rayonnant dans la cathédrale de Soissons.

La construction de la tour Sud de la façade Occidentale se poursuit mais les travaux sont ralentis à cause de la Guerre de (100) Ans, en (1414) les Bourguignons assiègent la ville et permettent aux habitants de prendre les pierres du chantier pour leur usage privé. Ainsi, la tour Sud ne reçoit pas la flèche initialement prévue dont les fondations subsistent jusqu'au (XIXème siècle) mais l'édifice est surtout privé de la tour Nord par manque d'argent et de matériaux. C'est dans un édifice inachevé que Monseigneur Jean Milet prononce la dédicace de la cathédrale le 25 Avril (1479). Un peu plus d'(I siècle) plus tard. Les Huguenots occupent la ville et infligent de lourds dégâts à la cathédrales, le mobilier est brûlé, le trésor dispersé, le clocher qui s'élevait à la croisée est renversé alors que la statuaire des portails est très gravement endommagée. Une importante restauration serait nécessaire, mais la cathédrale ne reçoit que de nouvelles chapelles alors que le décor du choeur est renouvelé entre (1767) et (1775) sous la direction de Michel Ange Slodtz. La Révolution cause d'énormes dégâts à une cathédrale déjà très mutilée, en (1798) les Théophilanthropes détruisent les derniers vestiges de la statuaire de portails. Il faut attendre (1840), date du classement de la cathédrale parmi les Monuments Historiques, pour que les réparations soient enfin conséquentes. Sitôt consolidée, la cathédrale est victime de la 1ère Guerre mondiale qui détruit complètement les 3-1ères travées de la nef et la partie supérieure de la tour. Cependant les travaux de reconstructions confiés à Émile Brunet sont une éclatante réussite même si la nef, privée à jamais de ses vitraux, laisse pénétrer une lumière abondante.

- Visite extérieure

La façade Occidentale de Soissons est harmonique mais dissymétrique. L'une des tours n'a jamais été construite. De plus, les 3 portails ont perdu tout ornement, ce qui réduit considérablement leur intérêt. Au dessus des portails, on trouve, au centre, une rose Rayonnante inscrite dans un arc brisé. De part et d'autre de la rose, on voit des baies Géminées sumontées d'Oculi à 6 lobes. Au niveau supérieur, une courtine à claire voie aurait dû relier les 2 tours. Au sud, la seule tour existante ne comporte qu'un niveau, orné de baies garnies d'abat sons et terminé par une terrasse. Des contreforts très marqués divisent verticalement l'édifice.

Le transept Nord est lui aussi dépourvu de portail digne d'intérêt. Le portail ne situe d'ailleurs pas à l'extrémité du transept, mais sur sa face Orientale. Au dessus du mur plein de l'extrémité, on trouve une rose inscrite dans un arc brisé et dont les Ecoinçons sont garnis de 4 lancettes. L'ensemble est surmonté d'un pignon orné d'un oculi aveugle Rayonnant. Le transept reflète extérieurement l'élégance de l'intérieur. On retrouve l'arrondi orné de 3 baies supérieures au centre et de baies plus larges tout au long du niveau inférieur. La chapelle attenante au transept est couverte par un toit aux tuiles colorées, vertes, marron. Le chevet n'est pas particulièrement élégant. Les baies des Chapelles Rayonnantes sont séparés par des contreforts très saillants. Les arcs boutants à double niveau, qui soutiennent la partie supérieure prennent appui sur les chapelles.

- Visite intérieure

La nef Haute de 23 mètres, la Nef comporte 7 travées, plus un Narthex d'une travée. L'élévation est à 3 niveaux. Les baies du Triforium à 4 arcades sont surmontées de fenêtres géminées agrémentées d'oculi à 6 lobes. Les bas côtés sont éclairés par de grandes baies.Les voûtes sont construites sur croisées d'ogives à plan Barlongue dans la nef et à plan Carré dans les collatéraux. Les arcs retombent en faisceaux de colonnettes enserrées par des tores, jusqu'aux chapiteaux des arcades. En dessous des chapiteaux, on trouve des colonnes rondes augmentées d'une unique colonnette engagée. Au niveau de la 3ème travée au Nord se trouve un accès à une vaste salle à 3 vaisseaux de 3 travées, fermée au public. Au niveau de la 5ème et de la 6ème travées, on trouve de petites Chapelles Latérales.

- Le Transept

Construits à des époques différentes, les croisillons présentent des dispositions dissemblables. Côté Nord, le croisillon s'amorce par un élargissement du bas côté au niveau de la dernière travée de la nef. Les 3 travées qui le composent ont des voûtes Quadripartites aussi hautes que celle de la croisée, alors qu'elles sont plus basses au Sud. L'élévation est similaire à celle du Choeur. Le mur de fond a également une élévation à 3 niveaux, d'abord un mur plein devant lequel on trouve un autel, puis une claire voie dont les baies sont dominées par des gâbles et enfin, une rose rayonnante précédée par 4 lancettes tréflées inscrites dans des arcs brisés. Pour les amateurs, on peut également trouver sur ce mur de fond une oeuvre de Rubens, l'Adoration des Bergers. La partie la plus originale de la cathédrale est le croisillon Sud du transept qui est en hémicycle, avec déambulatoire. L'élévation à 4 niveaux est typique du Gothique Primitif, grandes arcades étroites, tribunes à 3 arcades, triforium à 6 arcades puis fenêtres hautes à 3 lancettes. L'ensemble donne une impression de grande légèreté. Au Sud Est, se trouve une belle chapelle circulaire, dont les ogives rayonnent autour d'une clef de voûte présentant l'agneau de l'Apocalypse.

- Le Choeur

Le Choeur est plus élancé que la Nef, avec ses 31 mètres de hauteur sous voûtes. Les 4 travées droites ont une élévation à celle du croisillon Nord, c'est à dire un triforium composées de baies à 4 arcades et des fenêtres à 2 lancettes. Dans les 5 pans du rond point, le triforium perd une arcade dans chaque baie et il est surmonté de baies simples. Les chapelles du déambulatoire sont peu profondes. Le voûtement est particulier, une seule croisée à 5 branche soutient la voûte des chapelle et celle du déambulatoire, 3 branches pour les chapelles et 2 branches pour le déambulatoire qui prennent appui sur les piliers du Choeur.

- le Mobilier.

Victimes de nombreux troubles, il apparaît logique que le mobilier de la cathédrale soit assez pauvre, cependant il relève de nombreuses pièces intéressantes telles 2 statues priantes provenant de l'abbaye N.D.de Soissons et représentant les Abbesses "Henriette de Lorraine d'Elboeuf" et "Louise de Lorraine" mais surtout 2 tableaux situés dans le transept Nord, La Remise des Clefs à St Pierre attribuée à Philippe de Champaigne et L'Adoration des Bergers de Rubens, exécuté par le peintre pour remercier les religieux des bons soins prodigués contre sa maladie.

La cathédrale St Gervais et St Protais de Soissons, plus discrète dans la silhouette de la ville que son imposante voisine l'abbaye St Jean des Vignes, est une oeuvre des (XIIème siècle) et (XIIIème siècles), encore amplifiée jusqu'au (XVème siècle). Après son saccage par les Huguenots en (1567), elle fait encore l'objet de tous les soins de ses évêques et de ses chanoines. Visitée par les souverains, choyée par des artistes de très grande renommée, elle est agrémentée aux (XVIIème siècle) et (XVIIIème siècles) d'un fastueux mobilier, dont témoignent encore "autels, grilles, boiseries, statues, peintures ou jubés en pièces,et aussi son Orgue. Sous un extérieur très austère, elle révèle dès ses 1ères travées l'harmonie de son architecture, et les destinées complexes de son décor.

Propriété de l'Etat, la cathédrale de Soissons fait l'objet de travaux constants, visibles dans la lecture de ses vitraux, constamment renouvelés depuis le (XIIIème siècle) jusqu'à nos jours. À voir les cartes postales et photographies qui la représentaient au sortir de la Grande Guerre, l'on ne peut qu'imaginer les richesses qu'elle a perdues et se réjouir de la résurrection de son enveloppe de pierre. Tel le Phénix, la cathédrale renaît toujours de ses cendres, vidée en (1567)-(1568) par les Huguenots, saccagée en (1790)-(1793) par les Révolutionnaires, bombardée en (1814 et 1870) par les Russes puis par les Prussiens, anéantie par la 1ère Guerre mondiale, elle se relève chaque fois grâce aux soins de ses évêques, de ses chanoines et de ses architectes. Elle doit sa résurrection à l'un de ces derniers, Emile Brunet qui s'est consacré, de (1919) à (1937), avec ténacité, à sa restauration. Classé Monument Historique en (1862). Propriété de l'Etat.

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