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Glossaire - Biographies
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- Château de Bonaguil
* Période ou style : Médiéval.
* Type : Château Fort.
* Début construction : (XIIIème siècle).
* Fin construction : (1510) * Propriétaire initial: Béranger de Roquefeuil.
* Destination initiale : Ouvrage Défensif.
* Protection : "Monument Historique" Classé M.H. (1914).
* Pays : France.
* Anciennes provinces de France : Périgord.
* Région !: Aquitaine.
* Département : Lot et Garonne.
* Commune : St Front sur Lémance.

- Historique

Bonaguil, Château de la "Bonne Aiguille" ou de la "Bonne Eau". Le château est classé "Monument Historique" le 18 Avril (1914), la chapelle le 12 Avril (1963).

Un 1er Château fort au temps de Louis XI construit, tel d’autres sites de la région, sur le modèle du Château Gascon et dont l’actuel monument conserve de beaux restes. Un 2ème Château fort, l’essentiel de ce qui subsiste aujourd’hui, ouvrage tardif qui achève sa construction quand Chambord débute la sienne. Un 3ème Château enfin, grande demeure rustique à l’époque Préromantique. Et un Seigneur puisant, mystérieux et controversé, Bérenger de Roquefeuil (1448)-(1530).

Mais aussi une situation paradoxale entre Quercy et Périgord, loin des grandes voies de communication, des proportions gigantesques,le quart en plan de la cité de Carcassonne, 6 tours dont une parmi les plus belles du pays, 7 tourelles, une énorme barbacane, dans un état de conservation tellement remarquable que Viollet le Duc, Lawrence d’Arabie ou André Breton citeront Bonaguil en exemple, un système défensif révolutionnaire basé sur l’artillerie à feu mais qui ne servira jamais. Le dernier cri en matière de confort, "puits, latrines nombreuses, lessivière, tout à l’égout", pour une demeure vivante jusqu’à la Révolution.

Arrive alors le puissant Bérenger de Roquefeuil, issu de l'aristocratie du Quercy et du Rouergue, qui va consacrer plus de 30 années de sa vie à faire de Bonaguil la forteresse de légende qu'elle est aujourd'hui, dotant les lieux d'une "barbacane, de plusieurs tours, 7 ponts levis, une chicane lien explication, une casemate, des canonnières et une caponnière" où, selon la petite histoire, auraient logé les poules en temps de paix.
* XVIème-XVIIème : Bonaguil est le cadre de fêtes galantes dont les témoins laissent sur les murs intérieurs le souvenir de leur passage.

* 1761 : Marguerite de Fumel, acquiert Bonaguil et recouvre les cheminées de boiseries, transforme les 7 ponts levis en ponts dormants, aménage de nouveaux appartements et fait enduire les murs de sa nouvelle demeure pour de nouveaux décors.

* 1794 : Lakanal fait promulguer à Paris des lois de destruction que le zélé Troupel Lagrave applique à la lettre en ce coin du Lot et Garonne. Bonaguil perd ses toitures, Bonaguil perd ses boiseries et ses huisseries, ses tours et ses remparts, il perd de la hauteur mais point de sa superbe. "Carré Magique ou Enigme de l’Empire".

* 1860 : Bonaguil est racheté par la Commune de Fumel qui s’émeut d’un tel état d’abandon. Dés (1861), le site est classé comme "Monument Historique National" et les 1ers visiteurs affluent vers ce haut lieu de l’histoire de l’"Architecture Militaire Française".
* 1972 : des fouilles initiées un peu partout dans le château révèlent aux yeux des archéologues les traces de ces "Graffiti", témoins d’heures plus glorieuses et plus joyeuses pour Bonaguil.
* 2004 : la municipalité de Fumel et les "Monuments Historiques", engagent une vaste campagne de restauration, les travaux de stabilisation des fresques sont confiés à un expert, qui parvient à préserver les graffiti les plus en danger. Témoignages modestes du passé, morceaux de vie rescapés des orages de l’Histoire, trésors révélés de Bonaguil, paroles de pierre ou écritures de mur, les "Graffiti" nous sont enfin rendus comme une page supplémentaire aux Mystères de ces lieux.

- Historique

Le Château de Bonaguil est un des derniers Châteaux forts construits. Il est bâti sur un éperon calcaire qui domine de 30 mètres le confluent de 2 étroites vallées, sur un affluent de la Thèze, appelée de 3 noms, le ruisseau de Caupenne, la Petite Thèze et ruisseau de Bonaguil. Il détient la particularité de ne pas être sur une position stratégique, le Château ne défend pas une ville, ni le passage d'un fleuve, ni une vallée importante ou une route commerciale.

Son érection débute au (XIIIème siècle), puis il est entièrement repris à la fin du (XVème siècle) et au début du (XVIème siècle) par le Baron Bérenger de Roquefeuil qui lui ajoute tous les perfectionnements défensifs du "Moyen Age" finissant. Merveille d’architecture militaire s'étendant sur 7.500 m², véritable catalogue de la fortification depuis le (XIIIème siècle) jusqu'au (XVème siècle), il intègre à partir de (1480) les derniers perfectionnements de la défense au moyen de l’artillerie tant pour utiliser celle ci que pour s'en prémuni. Formidable barbacane couvrant l'accès au château, canonnières par dizaines tant dans les tours que dans les courtines, chambres de tir casematées voûtées à l'abri des boulets adverses et permettant des feux bas et rasants, moineau casematé interdisant toute circulation au fond du grand fossé, terrasses d'artillerie étagées au pied du corps de place qui constituent autant d'enceintes successives à forcer, aménagement à des fins défensives d'une grotte naturelle située sous l'éperon rocheux.

A son achèvement vers (1510), il apparaît cependant obsolète dans son corset de pierre austère et guerrier. En effet, à cette époque du début de la "Renaissance", les grandes familles Nobles ainsi que le Roi et ses proches commencent à construire les 1ers Châteaux de la Loire et, dans tout le royaume, de nombreuses forteresses "Médiévales" de la petite et moyenne aristocratie, même si elles conservent quelques dispositifs défensifs, sont peu à peu transformées en résidences d'agrément par abattage d'une partie des tours et des courtines afin de les ouvrir sur la lumière et la campagne.

Hormis la perte de ses charpentes pendant la "Révolution Française", le Château de Bonaguil est aujourd'hui dans un état de conservation remarquable. Il n'eut jamais à subir d'attaque et fut habité jusqu'à la "Révolution". Les connaissances actuelles sur les graffiti de la tour d'artillerie du Château de Bonaguil permettent de dater l'ensemble de ces inscriptions d'une période allant de (1580) à (1620). Parmi ces inscriptions figure un exemplaire "SATOR" sur lequel se répètent les lettres "SPOR EANT", symboles de l'"Empire Romain"

- l'Origines

Le nom signifie "bonne aiguille" et désigne le site défensif, un promontoire rocheux et escarpé de calcaire "Urgonien", convenant parfaitement à l’établissement d’un château fort. Ce site est préféré aux éperons proches de plus grande altitude par la présence d'un point d'eau.

- Premier état

Un 1er Château de l'Est construit après le milieu du (XIIIème siècle) entre (1259) et (1271) selon Jean Jacques Gardelle, sur un éperon rocheux, probablement par Arnaud La Tour de Fumel. La seule entrée du donjon, lui même construit au dessus d’une grotte naturelle, est une porte à 6 mètres de hauteur, accessible à l’échelle. La 1ère mention dans un texte date de (1271), dans une charte qui répertorie les biens du Roi de France Philippe III le Hardi. A cette date, Bonaguil est une Seigneurie Vassale du fief de Tournon et les principaux bâtiments du Château sont un donjon de forme Polygonale allongée et un logis Rectangulaire, situé à l'Ouest du donjon au delà d'une étroite cour intérieure large d'une dizaine de mètres. La forme particulièrement Oblongue, 3 fois plus long que large, ainsi que ses extrémités effilées du donjon a été strictement dictée par les dimensions et la forme du support rocheux, "calcaire campano urgonien" sur lequel il s'élève. La pointe Nord du donjon, dont la maçonnerie épaisse de plus de 3 mètres forme un angle d'environ 65 degré, est dirigée du côté probable de l'attaque, l'étroite crête située immédiatement au Nord de la forteresse. Dans la cour du château, l’élargissement et le surcreusement d’une Diaclase-Faille verticale naturelle dans la roche calcaire, a permis de forer un puits profond de 48 mètres, pour un diamètre de 2 mètres. Dès le début de son existence, le Château est donc approvisionné en eau.

Les Seigneurs du lieu combattent dans le parti du Roi d’Angleterre pendant la guerre de 100 Ans. Le Château est pris plusieurs fois, incendié et abandonné, bien que toujours propriété de la famille de Fumel. Le 11 Novembre (1380), Jean de Fumel Pujols, Baron de Blanquefort et propriétaire du Château, épouse l’héritière de la puissante famille Languedocienne des Roquefeuil, Jeanne Catherine de Roquefeuil, et abandonne son nom pour celui plus prestigieux de son épouse. Leur fils Antoine hérite les importants biens des 2 familles. Le fils de ce dernier, Jean de Roquefeuil épouse Isabeau de Peyre. Le couple aura 9 enfants, dont Béranger qui naît en (1448) au château de Flaugnac. Jean et son épouse résident épisodiquement à Bonaguil,à l'instar de tous les nobles fortunés qui possédaient plusieurs châteaux, ce qui l'incitera à réaliser quelques aménagements dans l'austère forteresse de ses "Ancêtres Maternels".

- Jean de Roquefeuil

Procède à quelques aménagements, autant défensifs que de confort. Les murs du logis à l'Ouest de la cour intérieure sont surélevés, afin d'ajouter un étage supplémentaire. Un escalier à vis est installé dans une nouvelle tourelle "hors d’oeuvre" accolée contre le flanc Ouest du donjon, ce qui augmente l’espace disponible à l'intérieur de celui ci. L'accès au donjon s'effectue désormais ainsi, partant de la cour, une volée d'escalier rectiligne d'une bonne vingtaine de marches mène à une étroite porte ouverte à la base de la tourelle d'escalier. Cette porte est défendue un pont levis piétonnier et quelques petites canonnières à tir plongeant. Des 4 fils sur 9 enfants de Jean, c’est le 3ème, Bérenger, surnommé Bringon, qui survit aux autres et hérite en (1483), de tous les biens de ses parents. Auparavant, Bérenger a fréquenté la cour du Roi de France Louis XI où son père l'avait probablement fait entrer comme page. En (1477), il épouse Anne du Tournel au Château Royal d'Amboise. Il appartient sans doute au cercle des personnages de la cour assez proches de Louis XI car ce dernier, réputé pour sa pingrerie, lui octroie néanmoins une confortable pension. Revenu de la cour après la mort de son père, Béranger de Roquefeuil vivra quelques années entre son manoir de Castelnau Montratier à une de kilomètres de là et un de ses autres Châteaux, Blanquefort. Il possède désormais en tout 20 Châteaux et près de 30 Baronnies, il en fait d'ailleurs état quelques années plus tard dans une lettre adressés à Louis XII. Et c'est vers (1495) que Bérenger va s'installer à Bonaguil dont il fait sa "Résidence Principale", non sans y avoir engagé, 10 années auparavant, d'importants travaux qui vont transformer, agrandir et renforcer considérablement la Vieille Forteresse de ses parents.

Les considérables travaux de défense du château trouvent peut être leur source dans les démêlés du Seigneur de Bonaguil avec le Roi Charles VIII, qui le condamne pour un violent différend avec ses vassaux de Castelnau Montratier. Ainsi s'esquisse un 1er portrait psychologique de Béranger, c'est un puissant et riche Baron, jaloux de ses prérogatives Seigneuriales héritées du temps de ses ancêtres, de caractère peu facile, fier à l'excès, il a écrit "Ne pas craindre les troupes du Roi de France si l'envie venait à celui ci de venir mettre le siège devant Bonaguil". Mais par ces traits supposés de son caractère, Béranger de Roquefeuil ne se démarque guère de la plupart des Hauts Seigneurs de cette fin du (XVème siècle) dont la fierté et l'indépendance ne seront réduites à merci que 130 ans plus tard par Richelieu. Béranger de Roquefeuil financera ces importants travaux, qui dureront 30 ans, grâce à la fortune des Roquefeuil, qui possèdent des terres de la Gironde au Golfe du Lion.

- Première enceinte

Le principal danger à la fin du (XVème siècle) vient des progrès de l’artillerie. Celle ci, née depuis plus d'un siècle, n'a cessé de s'améliorer, tant en puissance, qu'en précision et qu'en régularité de tir. Pour s'en prémunir, il faut donc tenir le plus éloignés possibles les canons de l’assaillant, tenant compte que ceux ci, en cette fin du (XVème siècle), doivent être, pour être efficaces, mis en batterie à une distance comprise entre 50 et 100 mètres. des murailles à détruire. Au delà, leur tir perd de sa puissance et, plus près, les servants de pièces s'exposent dangereusement à la riposte des défenseurs. Tenant compte de ces impératifs techniques, une enceinte externe, d’une longueur de 350 mètres, est ajoutée au Château. Elle est constituée de courtines basses remparées, retenant à leur revers une masse de terre dont la partie supérieure forme une terrasse défensive. Ce système appelé également fausse braie, permet d'amortir partiellement, grâce aux importantes masses de terre, les vibrations destructrices des impacts de boulets contre les maçonneries. Cette enceinte extérieure de Bonaguil est renforcée de tours basses qui ne dépassent pas le niveau des fausses braies et équipée de canonnières à tir rasant, ce qui est la 2ème innovation de cette reconstruction, la prévision de l’emploi massif d’artillerie pour la défense du Château, avec un total de 104 embrasures aménagées pour les bouches à feu.

On a donc une prise en compte des derniers progrès de l’armement, d'une part on repousse le tir de l’assaillant en obligeant ce dernier à positionner ses canons bien plus loin qu'il ne le souhaiterait et, d'autre part, on lui rend difficile l’approche de son infanterie à cause des multiples canonnières tirant quasiment au ras du sol et tous azimuts. Enfin, les canons de fort calibre de la défense sont installés de préférence en hauteur, soit sur les terrasses des fausses braies entourant le Château, soit dans les casemates situées à mi hauteur des tours, ceci afin de battre au loin les positions de l'assaillant. Bonaguil offre donc des niveaux de défense étagés en hauteur, technique qui perdurera plusieurs siècles. Les tirs lointains, tirs courbes, dits paraboliques sont effectués à partir des parties hautes de la forteresse, les tirs d'interdiction de l'approche, tirs tendus et rasants, opérés à partir des parties basses. Ces multiples possibilités d'utilisation de l'artillerie à des fins défensives sont renforcées par l'usage des armes portatives individuelles, tant à jet arcs et arbalètes qui servirent jusqu'au (XVIème siècle), qu'à feu arquebuses, toutes parfaitement utilisables à partir des anciennes archères des (XIIIème siècle) et (XIVème siècles) dont nombre sont conservées.

L’éperon sur lequel est établi le château est isolé du plateau par un large et profond fossé creusé dans le roc. Une imposante barbacane est établie en ouvrage avancé au delà du fossé, sur le rebord extérieur de celui ci, appelé contrescarpe. Ce colossal ouvrage contrôle l'unique accès à la forteresse. Il peut aussi fonctionner comme un sas en cas de période d’insécurité. On laisse pénétrer dans la barbacane les entrants suspects, puis on relève le pont levis extérieur derrière eux, puis après contrôle de leur identité, on abaisse pour eux l'un des 2 ponts levis qui donnent accès au Château. La forme arrondie de cette barbacane, ainsi que ses murs épais de 4 mètres, font office de bouclier protecteur pour la face Nord du Château, la plus vulnérable car légèrement dominée par la crête située au Nord. Cet ouvrage extérieur est ceint de son propre fossé, large de 4 mètres environ et profond de 5 mètres. Mais le rôle de cette barbacane n'est pas que passif, si l'épaisseur de ses murs lui confère un rôle de très solide bouclier, elle se défend aussi de façon active grâce à de multiples canonnières interdisant à l'ennemi d'en approcher. Le plan de tir de ces embrasures ne laisse d'ailleurs subsister aucun angle mort. Sur le flanc Est de la barbacane, du côté de sa porte, 2 tours permettent d'effectuer des tirs de flanquement tandis que sur son flanc Ouest, la fonction de flanquement Est dévolue à une aile saillante de la muraille. La porte de la barbacane est de plus située dans le flanc de celle ci qui domine l'abrupt, à l'Est.

Un pont dormant, non rectiligne car formant un coude de 90 degrés vers la droite, franchit le fossé de la barbacane et s'achève, devant la muraille de celle ci, par un pont levis. Le virage formé ce pont fixe rendait très difficile, voire impossible, l'utilisation d'un bélier aux fins de défoncer la porte. De plus, la position de celle ci dans un flanc de la barbacane non visible défilé aux vues de l'assaillant, empêchait celui ci de la détruire au canon faute de pouvoir y parvenir au bélier. La barbacane est reliée au Château par 2 ponts dormants qui franchissent le grand fossé. Ces ponts sont posés sur des piles hautes de 10 mètres soit la profondeur du fossé. Le 1er pont, large de 2m,50 environ, mène au "Coeur du Château Résidentiel". L'autre, parallèle, plus étroit, est situé à une dizaine de mètres à sa gauche. Il donne accès à une basse cour et à des bâtiments de servitude situés au pied est du donjon, légèrement en contrebas du château. Ces 2 ponts jetés sur le grand fossé s'achèvent par une coupure large de 4 mètres qui ne peut être franchie qu'en abaissant un pont levis. Le pont levis menant au "Château Résidentiel" est double, un petit, assez étroit, de la largeur d'une passerelle, dessert une porte piétonnière tandis que le pont levis le plus large dessert une porte charretière. Pour l'accès aux communs, un seul pont relevable, de largeur intermédiaire.

Toujours dans ce but de ne laisser subsister aucun emplacement à l'abri des tirs de la défense, un moineau est aménagé dans le fond du grand fossé, au pied de l'escarpe rocheuse. Ce petit ouvrage est une casemate basse couverte d'un toit épais en dalles et moellons et qui repose sur une solide voûte. On ne peut y accéder à ce moineau que par une grotte naturelle prolongée en couloir qui, s'ouvrant dans l'escarpement rocheux au Sud du Château, passe de part en part sous celui ci. Ce moineau est un ouvrage militaire typique de la 2ème partie du (XVème siècle). Situé en fond de fossé, armé de 5 canonnières, il est totalement protégé des tirs de canon de l'assaillant et permet d'effectuer des tirs rasants dans le fossé, interdisant à l'assaillant qui aurait réussit à y descendre à utiliser le fond du fossé comme voie de progression. Les moineaux ont subsisté, sous l'appellation de canonnières et dans une variante modernisée, jusque dans la fortification du début du (XXème siècle). D'autres canonnières, situées en partie basse des tours, viennent renforcer l'action défensive du moineau. Un singulier poste de tir pour défendre le fossé est également aménagé dans la pile du pont menant à la basse cour. Cette pile en maçonnerie, haute de 10 mètres, de section carrée d'environ 2 mètres sur 2, est creuse sur les 8 dixièmes de sa hauteur. En haut de la pile et au beau milieu du passage, une trappe recouvre un trou d'homme dans lequel on descend au moyen d'une échelle. Au bas de ce puits étroit et profond de plus 8 mètres, des meurtrières percées dans les parois de la pile, permettent de donner des tirs rasant directement dans le fossé. Mais étant donné l'exiguïté de ce petit poste de tir, un seul homme peut le servir et uniquement muni d'une arme individuelle, arquebuse ou arbalète, cette dernière ayant été en usage jusqu'au milieu du (XVIème siècle).

Enfin, des boulevards terrassés sont aménagés sur les flancs est, Sud et Ouest du Château. Ces boulevards sont renforcés par des tours basses casematées. Le boulevard arrondi qui contourne le pied de l'angle Sud-Est du château renferme un long couloir semi circulaire qui dessert 8 canonnières qui prennent les pentes est, Sud et Nord sous leurs feux. Ce couloir casemate est couvert d'une remarquable voûte. On y descend par une rampe située à l'une de ses extrémités. Cette pente aménagée permet ainsi un accès aisé pour le portage de canons de petit calibre. A l'autre extrémité, un escalier à vis remonte près de l'entrée de la grotte couloir menant au moineau du grand fossé Nord. Le boulevard implanté à l'angle Sud-Ouest du Château communique avec l'extérieur au moyen d'un passage en chicane ménagé au coeur d'une tourelle basse couverte d'un toit de lauzes. D'apparence anodine, banale, l'accès réalisé dans cette tourelle est en réalité un redoutable piège, 2 portes épaisses à forcer, l'une pour pénétrer dans la tourelle, l'autre pour pouvoir en ressortir. Entre ces 2 fermetures, un étroit couloir en zig zag interrompu par une porte intermédiaire, elle même prise sous les tirs d'enfilade d'une meurtrière intérieure.

- Deuxième système de défense

Les fausses braies boulevards et la barbacane ne sont destinées qu’à éloigner l'assaillant du coeur du château, qui constitue la partie résidentielle. Celle ci est également renforcée. 6 tours sont construites, 4 tours circulaires d’angle et 2 tours de milieu de courtine, une carrée à l’Ouest, et une ronde au Sud, d’importance secondaire, d’autant qu’elle est actuellement prise dans des appartements construits au (XVIIIème siècle). Les tours sont à peine engagées, donc a contrario très saillantes par rapport à l'enceinte, ce qui permet un meilleur flanquement de celle ci. La plus intéressante de ces tours construites par Béranger de Roquefeuil se situe à l'angle Nord-Ouest du Château, à l'extrémité du grand fossé de l'entrée. Il s'agit d'un énorme cylindre de plus de 14 mètres de diamètre, haut de 30 et dont les murs dépassent les 4 mètres d'épaisseur à la base. Elle contient 7 étages dont les 3 plus bas desservent des canonnières, tandis que les 4 étages supérieurs, non dévolus à la défense, s'éclairent par de magnifiques fenêtres à croisées de meneaux. Le sommet de cette remarquable tour, l'une des plus belles tours Médiévales de France, est couronné d'un chemin de ronde avec mâchicoulis porté par des corbeaux de type breton, en pyramides inversées, avec des 4 ou 5 ressauts. Ces hautes tours servent, comme dans le "Château Médiéval Primitif", à protéger les murailles grâce aux avancées qu’elles constituent.

Les vicissitudes du Château du (XVIème siècle) au (XVIIIème siècle). Quand Bérenger meurt en (†1530) à l'âge exceptionnel pour l'époque de 82 ans, le château de Bonaguil, avec ses hautes tours et murailles, bien qu'épaisses, n’est déjà plus adapté aux techniques militaires de l'époque. Dans l'intervalle, les canons ont fait de considérables progrès, ils peuvent tirer de plus en plus loin et avec plus en plus de force. On commence dès lors à construire des forts enterrés et à peine 10 ans plus tard, les 1ères fortifications bastionnées vont voir le jour en Italie. Malgré ces faiblesses, Bonaguil demeure pour l'époque une forteresse imposante qui ne résisterait certes pas bien longtemps à une armée bien organisée et équipée, mais peut tenir longtemps en respect une troupe peu nombreuse et mal aguerrie.

Charles, le fils de Béranger de Roquefeuil dilapide, semble t'il pour sa belle épouse Blanche de Lettes, la fortune de son père, et ses fils Honorat et Antoine héritent d’une fortune bien amoindrie. Au cours des guerres de Religion, les 2 frères combattent dans les camps opposés, et le château est pris en (1563). Une 1ère restauration a lieu en (1572). Endetté, Antoine doit remettre au sire de Pardhaillan la forteresse en (1618), avant de pouvoir la racheter quelques années plus tard. Son fils Antoine Alexandre est Marquis, mais laisse à sa seule fille Marie Gilberte, un château en mauvais état et des coffres vides. Mariée dès la mort de son père le 9 Juillet (1639), à 13 ans, au Marquis de Coligny Saligny, Lieutenant des Gendarmes de la Reine, elle se consacre au relèvement et à l’entretien du Château. Elle se remarie en (1655) avec Claude Yves de Tourzel, Marquis d’Allègre, dont elle a une fille qui épouse Seignelay, Ministre de la famille de Colbert.

François de Roquefeuil, parent éloigné qui avait quelques droits sur le Château, en prend possession en (1656), après avoir enlevé de force le Château de Flaugnac, les conserve près d’un an, et n’abandonne Bonaguil que pillé. Marie Gilberte réside à Paris les dernières années de sa vie, et laisse à l’abandon le Château de Bonaguil, jusqu’à sa mort en (†1699). Il passe ensuite aux Montpeyroux, François Gaspard de Montpeyroux, qui, soldat, n’y habita presque jamais, puis à sa soeur qui le vend en (1719) à Jean Antoine de Pechpeyrou Beaucaire. Le fils de celui ci vend le château à Marguerite de Fumel, veuve d’Emmanuel de Giversac, en (1761), qui y fait quelques travaux de confort.

- Constructions d’agrément

Au (XVIIIème siècle) Marguerite de Fumel séjourne en effet régulièrement au Château de Bonaguil. Elle fait donc aménager le château, notamment dans le logis. A cette époque, la fausse braie à l’Ouest du Château est agrandie et aménagée en une grande terrasse et devient un lieu de promenade et d’agrément. De nouveaux appartements sont construits au Sud, en dehors de l’enceinte intérieure, et bénéficiant ainsi d’une meilleure exposition. La Châtelaine donne des fêtes. Les 7 ponts levis sont transformés en ponts dormants. Une partie des remparts est abattue afin de donner une vue sur la vallée. C’est le neveu de Marguerite de Fumel, Joseph Louis de Fumel qui en hérite en (1788). Il émigre dès octobre (1789), et le château est adjugé comme bien de la Nation. Tout le mobilier est dispersé, les toits, planchers et boiseries démontés en (1794). Lorsqu’après Thermidor, les Fumel récupèrent le château, ils ne l’habitent pas, et le vendent. Il passe de mains en mains jusqu’à son achat en (1860) par la Commune de Fumel, qui obtient le classement comme "Monument Historique" (1862). La commune fait procéder à quelques travaux de restauration par B.Cavailler en (1868) et par l’architecte de l’arrondissement A.Gilles en (1876). L’"Architecte des Monuments Historiques" restaure le donjon de (1882) à (1886). D’autres réparations ponctuelles ont lieu de (1898) à (1900), dont la couverture en lauzes de la guette du donjon qui est refaite en (1900) d’autres travaux ont lieu en (1948)-(1950), (1977) et (1985). Une dérestauration du donjon est effectuée en (1956). En (1956) Max Pons avec l'aide de Fernande Costes reprennent le château en main. Ils font passer le château de 3.000 visiteurs en (1956) à 70.000 visiteurs par an en (1991).

Bonaguil de nos jours est dans un état de conservation remarquable. Il n'eut jamais à subir d'attaque et fut habité jusqu'à la Révolution.

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