retour

Glossaire - Biographies
Photos


- Château de Carrouges
*Début construction : (XIVème siècle), bâtiments actuels.
* Fin construction : (XVIIIème siècle).
* Propriétaire initial : Jean de Carrouges.
* Propriétaire actuel : Etat Français.
* Destination actuelle : Musée.
* Protection : Classé Monuments Historique 6 Décembre (1927).
* Pays : France.
* Anciennes provinces de France : Normandie.
* Région : Basse Normandie.
* Département : Orne.
* Commune : Carrouges.

- Historique

D’abord "Oppidum défensif, place forte en hauteur" situé à la frontière Méridionale du Duché Normand de Guillaume le Conquérant, vainement assiégé par les Plantagenêt en (1136), et détruit au début de la Guerre de 100 Ans, il fut reconstruit dans la vallée au milieu des étangs entre Maine et Normandie par les Seigneurs de Carrouges, qui se le virent confisquer pour insurrection par le Roi d’Angleterre. Jean de Carrouges IV, à l’origine du château dont subsiste le Donjon, était chambellan du Comte Pierre II d'Alençon et devint Chevalier d’Honneur du Roi Charles VI à la suite d'un duel judiciaire où il avait mis en jeu sa vie pour sauver son honneur et celui de son épouse Marguerite de Thibouville qui avait été violée pendant son absence. Lui et ses Hoirs seront aux côtés des Rois de France pendant la durée de la Guerre de 100 Ans et contribueront à bouter les Anglais hors du Royaume au prix de leur vie.

Du (XIVème siècle) au (XXème siècle), reconstruit après la guerre de 100 Ans, le nouveau château fut remonté au (XVème siècle par Jean Blosset, Seigneur du lieu et Grand Sénéchal de Normandie, qui ajouta aux éléments d'origine une aile complète. Jean Blosset fit construire sur les prières de son épouse Marguerite de Derval, une chapelle qu’elle voulut placer sous le vocable de Notre Dame de Bon Confort et qu'il transformera en Chanoinerie en (1493), juste après sa mort. Cette Collégiale, fondée sous Louis XI, abrite maintenant le siège du "parc naturel régional Normandie Maine".

Blosset n'ayant pas eu d’héritier, c’est sa soeur Marie qui transmettra le domaine à son fils Jean Le Veneur qui ornera l’édifice d’un châtelet à l’époque de la Renaissance, pavillon du Cardinal Jean Le Veneur Louis XI dormit au château le 11 Août (1473). Le château fut plusieurs fois remanié entre les (XIVème siècle) et (XVIIème siècle), le pavillon du Cardinal Le Veneur, le bastion Ouest fortifié au temps des guerres de Religion, et les grands appartements notamment. Il est réaménagé au (XVIIIème siècle), et doté d'un salon de musique. C'est au (XVIème siècle) que les Le Veneur de Tillières prirent possession du domaine, et ce jusqu'en (1936), date à laquelle il fut vendu à l'État. Il est restauré après (1944). Le château de Carrouges devint au cours du Grand Siècle une résidence somptueuse, suite des grands appartements, réaménagée au Siècle des Lumières, salon de musique.

- le château de Carrouges

De forme rectangulaire, entouré de douves en eaux vives, le château délimite une cour d'honneur. Au Sud-Ouest, il donne sur une terrasse que délimite une grille en fer forgé. Bien que possédant des éléments datant des (XVème et XVIème siècle), l'architecture générale relève plutôt des styles Henri IV et Louis XIII. La façade et en brique rouge et granit, les toits sont en ardoises bleue. Flanqué de 2 pavillons d'angle carrés, le château possède également un donjon du (XIVème siècle) à 2 étages couronné de mâchicoulis. La chanoinerie dans les dépendances du château, est le siège de l'équipe d'animation du parc naturel régional Normandie-Maine.

- le Châtelet

Le Châtelet d'entrée, cantonné de 4 tourelles circulaires, date du (XVIème siècle) et fut probablement construit par Jean Le Veneur. Sa construction est une association de briques rouges et noires. Le rez de chaussée est composé par les communs et les services, tandis que le 1er étage abrite les pièces d'apparat. Les appartements présentent un décor allant du style Renaissance au Classique. La chambre de Louis XI contient un lit à pentes de tissu imitant le point de Hongrie. L'antichambre d'honneur possède une cheminée dont le manteau de la hotte est décoré d'une scène de chasse. La salle à manger, quant à elle, est garnie d'une cheminée encadrée de 2 piédroits de granit poli, coiffés de chapiteaux Corinthiens. Le mobilier se compose de bas de buffets Louis XIV et sièges Restauration. Le salon des Portraits rassemble les Portraits de Seigneurs et propriétaires de Carrouges. Le grand Salon occupe une partie du pavillon d'angle, les boiseries de couleur jaune paille datent de la fin du (XVIIème siècle) et du début du (XVIIIème siècle). L'escalier d'honneur, aux voûtes de briques roses, repose sur quatre piles disposées en carré.

- les Jardins

La terrasse en terre plein, le jardin, sa clôture, son mur de clôture et le parc sont inscrits au pré inventaire des jardins remarquables. Ils font partie du classement Monument Historique du 6 Décembre (1927) château de Carrouges, base Mérimée, Ministère Français de la Culture. Le parc et les jardins actuels 10 hectares) sont en cours de restauration.

- la famille Le Veneur de Tillières

Au début du (XVIème siècle), Jean Le Veneur, Evêque Comte de Lisieux, fils de Philippe Le Veneur, Baron de Tillières, et de Marie Blosset est le bâtisseur du pavillon d'entrée, le Châtelet. Proche de François Ier, il siège à son conseil. Il devient Grand Aumônier de France en (1525) et est fait Abbé du Mont Saint Michel. Il devient Cardinal en (1533). Il meurt en (†1543).

Au (XVIIème siècle), Tanneguy II Le Veneur, Comte de Tillières, est dépêché en Angleterre pour négocier le mariage d'Henriette de France, soeur de Louis XIII avec le futur Roi Charles Ier. Tanneguy II vécut sur ses terres de Tillières et laissa Carrouges à son frère Jacques, Abbé de Silly. En (1637), Jacques Le Veneur de Tillières se démit de son Abbaye pour se consacrer entièrement à Carrouges. Il fit aménager et décorer le château et le parc à partir de plans et dessins de Maurice Gabriel, architecte à Argentan. Mais la famille s'insère également dans la vie locale par une activité de maîtres de forge.

A la fin du (XVIIIème siècle), Alexis Le Veneur, Vicomte de Tillières, est militaire et partisan des idées Progressistes. Il est l'époux d'Henriette de Verdelin (1757-(1834), fille de la Marquise de Verdelin (1728)-(1810) qui est une correspondante et protectrice de Jean Jacques Rousseau. Adhérant aux idées Progressistes, il prend position pour l'abandon des privilèges avant la Révolution. Il participe à plusieurs campagnes militaires qui lui valent le grade de Lieutenant Général puis de Général de Division. Il est élu Maire de Carrouges et Administrateur du département de l'Orne, puis 1er Président du Conseil Général de l'Orne et enfin député de l'Orne au Corps Législatif. Il est fait Comte d'Empire avec majorat par Napoléon Bonaparte. Il meurt en (†1833) à l'âge de 86 ans.

Le château sera resté 5 siècles dans cette noble famille Le Veneur dont les membres remplirent dignement leur rôle social, jusqu’au 23 Avril (1936), date à laquelle Marie Gaston Tanneguy IX, Comte Le Veneur de Tillières, n’ayant pas de descendance mâle et subissant le déclin de l'économie rurale de cet entre 2 guerres, se voit contraint de céder le château à l’État qui, dès (1927), l’avait classé parmi les Monuments Historiques, pour la modique somme de 200.000 Francs.

- la légende de Carrouges

Le Comte Ralph, Seigneur de Carrouges, était un beau et valeureux chevalier chargé de défendre le Duché de Normandie contre les invasions éventuelles des Angevins ou des Seigneurs du Maine, ses voisins, via le poste frontalier qu’était son château fort. Il avait épousé la fille d’un seigneur voisin, la Comtesse Louise de la Motte Fouquet, fort jolie du reste et parée de toutes les qualités du coeur et de l’esprit. Et après 8 ans de mariage, une seule chose ternissait leur bonheur, "Elle ne lui avait point encore donné d’enfant". Aussi, quelle ne fut pas la joie de Ralph à l’annonce de la grossesse de son épouse ! Il décida sur le champ de convier tous les Seigneurs voisins et ses amis Chevaliers à venir festoyer quelques jours au château pour marquer l’évènement.

Au programme, chasses sur ses terres, détentes et ripailles, jeux, jongleries et ménestrandie. Le dernier jour, le Comte décida d’une grande chasse au gros gibier qui durerait jusqu’au soir. Dès l’aube, les veneurs, cors en bandoulière, avaient découplé les chiens. Ceux ci flairèrent rapidement une piste et levèrent un 10 cors rusé et agile, le genre de cerf qui met à l’épreuve la résistance et l’habileté des chasseurs. Au bout du jour, ces derniers, épuisés, abandonnèrent les uns après les autres la poursuite afin de ne pas rater l’ultime banquet. Seul, le Comte Ralph, obstiné et fier, ne s’avouait pas vaincu et poursuivait le 10 cors qui l’emmena aux confins de la forêt de la Motte. Il finit par se retrouver au fond d’une vallée sauvage et fraîche où coulait une petite rivière que le Comte suivit et qui l'amena bientôt au milieu d'une clairière plantée de grands arbres en quinconce autour d’une petite Chapelle.

Il faisait se désaltérer son destrier à l’eau de la fontaine qui murmurait juste derrière l’édifice quand il perçut des bruits sous les feuillages. Promptement il enfourcha sa monture, "Il le ramènerait coûte que coûte, son 10 cors, en l’honneur de son futur héritier". Il était déjà venu à bout d’ennemis bien plus redoutables ! pensa t'il. Le cerf semblait remonter le cours du ruisseau et s’enfoncer aux creux de gorges dont les berges devenaient difficilement praticables. Des blocs éboulés venant des escarpements rocheux où semblaient se lover des grottes, rendaient le terrain trop pénible aux sabots de son cheval. Ralph mit pied à terre tout en s’extasiant sur la splendeur sauvage de ce coin de forêt que son épouse avait négligé de lui faire découvrir. Il songeait à lui en faire la remarque quand un murmure cristallin attira son attention. Il remarqua des nuées légères s’élevant au milieu d’un bassin de fortune et distingua une ravissante créature qui s’y baignait en chantant et dansant joliment dans les vapeurs chaudes. C’était un enchantement de la voir ainsi onduler avec souplesse et grâce et le Comte fut aussitôt charmé. Aussi, quand la déesse des eaux l’aperçut et l'invita à venir la rejoindre, sans hésitation, Ralph se laissa entraîner, ravi, dans le tourbillon des eaux.

Quand Ralph revint au château, une frange dorée à l’Orient annonçait le lever du soleil. Il expliqua à son épouse en pleurs, qu’il avait dû passer la nuit dans la chaumière d’un bûcheron après s’être égaré en suivant son cerf. Seulement, le soir venu, il courait déjà rejoindre en secret l’enchanteresse. Pendant un temps il put s’échapper sans que nul n’en sache rien, mais une nuit, Louise fut prise de douleurs et pria ses servantes d’aller quérir son mari et l’on découvrit sa couche vide. Intriguée et inquiète, le soir suivant, la Comtesse fit le guet et constata les escapades nocturnes de son époux. Elle résolut de le suivre et découvrit son infortune. La jalousie l’envahit aussitôt mais elle attendit que la Nymphe se retrouve seule pour jaillir et la poignarder en plein coeur. Sa rivale émit un long gémissement tout en la maudissant et s’écroula dans la fontaine avant de disparaître dans les nuées blafardes.

Satisfaite, la châtelaine regagna promptement sa demeure pour y découvrir avec stupeur que son époux venait d’être retrouvé sans vie dans sa chambre, une fine blessure dans la poitrine. Louise fut au désespoir. Des fièvres ardentes au cours desquelles elle prétendait qu’une tache rouge l’aveuglait, troublèrent son sommeil et au matin elle accoucha d’un fils, beau comme son père, mais avec une tache rouge au milieu du front, elle lui donna le nom de "Charles, ou Karl le Rouge". C’était la marque de la malédiction. Celle ci frappa les héritiers de Ralph et de Louise jusqu’à la 7ème génération. La naissance d’une fille à qui la tache fut épargnée, mit fin à la malédiction. On dit que le nom de Carrouges viendrait de, "car rouge, chaire rouge", en souvenir de ces événements. Mais la véritable étymologie du nom Carrouges serait plutôt " quadrivium, qui signifie Carrefour." La famille de la Comtesse de la Motte Fouquet, convertie à la religion Réformée, émigra en Allemagne pour fuir les exactions de la "Sainte Ligue" pendant les guerres de Religion. Friedrich de la Motte Fouquet, auteur romantique allemand du (XVIIIème siècle) est un descendant de la famille de la Comtesse à laquelle il dédia son ode "Ondine" dit on.

- le Duel de la Dame de Carrouges

Cette histoire figurait sur une fresque de l'Abbaye St Étienne de Caen et aussi sur une tapisserie du château de Charles IX à Blois et elle est développée par Mary Cousin, dans un ouvrage historique relatant, au fil de son épée, toute la vie de ce valeureux Seigneur. Notre Seigneur, Jehan IV de Carrouges, était un preux et vaillant Chevalier à l’image de son père qui avait été honoré de la haute charge de Capitaine et Viscomte de Bellême sous le règne du Roi Jean Le Bon. Alors qu’il venait d’épouser, en 2èmes noces, Marguerite de Thibouville, Dame de Fontaine la Sorel, il fut appelé à suivre l’Amiral Jean de Vienne dans une expédition guerrière en Ecosse.

Pendant son absence lointaine, soucieux de ne point laisser sa jeune épouse isolée dans son château de Carrouges, il la conduisit auprès de siens, au château de Fontaine la Sorel, non loin de Brionne, où il la retrouva après une bien pénible campagne. Après s’y être reposé un temps, il passa visiter sa mère, au manoir de Capomesnil situé entre Pont l'Evêque et St Pierre sur Dives, afin qu’elle accueille Marguerite pendant qu’il irait rentre compte de sa mission auprès du jeune Roi de France Charles VI.

Malheureusement, c’est là qu’elle se fit violer le 18 Janvier (1386). Malgré les menaces de déshonneur qu’elle encourrait en dévoilant les faits, elle accusa toujours l’écuyer Jacques Le Gris, Chambellan, au même titre que son époux, du Comte Pierre II d’Alençon dont il était de surcroît le favori. Jehan demanda tout de suite réparation de l’outrage au Comte qui rejeta l’accusation en ajoutant qu’il répondait de son favori. En faveur auprès du Roy qu’il venait justement de visiter, le Seigneur de Carrouges obtint que sa cause soit soumise en dernier appel au Parlement de Paris qui ne réussit point à trancher et accepta la demande de Jean de Carrouges de faire appel au jugement de Dieu. Il ordonna donc un duel judiciaire qui eut lieu le 29 Décembre (1386) à Paris, présidé par le Roy Charles VI et sa jeune épouse Isabeau de Bavière.

Selon un rituel très ancien, le duel se fit à cheval d’abord puis à pied ensuite. Bien que blessé, notre Seigneur de Carrouges réussit à faire choir Le Gris et à le tenir en respect avec son épée "Manus Deï", avant d’exécuter la justice de Dieu avec l’accord du Roy. Ainsi, même sans les aveux de l’accusé, la mort reconnaissait en Le Gris le criminel. Quelque temps après un malfaiteur avoua le viol parmi d'autres crimes. L'infaillibilité du duel judiciaire fut alors fortement entamée. Jehan de Carrouges continua sa carrière de Chevalier au service du Roy et trouva la mort en croisade contre les Sarrazins de Bajazeth, à la fameuse défaite de Nicopolis où il avait suivi son compagnon Jean II Le Meingre dit Boucicaut.

Ses 3 fils Robert, Thomas et Jehan ne ternirent point l’honneur de la famille en combattant vaillamment au prix de leur vie, contre l’invasion Anglaise et du coup, ils se virent confisquer leur château de Carrouges au profit d’un écuyer du Roi Henry V d’Angleterre, Jean de Montoëre. C’est Jean Blosset, fils de l'époux de l’héritière de Carrouges qui recueillera le château après la Guerre de 100 Ans. On raconte également une légende prétendant que le château au (XIIIème siècle aurait abrité bon nombre de Chevaliers Templiers et, par la suite, de l'ordre souverain de Malte, dont quelques membres de la famille De Dienne venus se mettre sous la protection du Seigneur des lieux lors de la grande raffle des Templiers le 13 Octobre (1309).

Haut de page