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(Fort St Nicolas, Marseille, chef lieu de la Région Provence-Côte d'Azur et du département des Bouches du Rhône.)
- Historique
A cet emplacement se trouvait dès le moyen âge une petite chapelle fondée entre (1150) et (1218), placée
sous le vocable de St Nicolas et dépendant de l’abbaye St Victor. Au pied de cette chapelle, au niveau de l’ouverture la
plus étroite entre les "Forts St Jean et St Nicolas", le Sénéchal de Provence ordonna en (1322) l’aménagement d’une palissade
en bois à l’extrémité de laquelle était fixée une chaîne barrant la passe du port. Cette palissade est progressivement
renforcée pour former en (1381) 2 véritables piles, précision nécessaire. A cette date la chapelle St Nicolas fit l’objet
d’importants travaux avec édification d’un chemin de ronde et d’une muraille allant jusqu’à la chaîne du port.
Ce système de défense s’avéra inefficace lors de l’attaque de la ville par le Roi Alphonse V d’Aragon
le 20 Novembre (1423). Débarqués dans une anse voisine, les Aragonais prirent à revers la chapelle et les galères catalanes
purent pénétrer dans le port. La ville fut pillée pendant 3 jours et les Aragonais emportèrent comme trophée la chaîne
du port qui se trouve toujours exposée dans la cathédrale de Valence, Espagne.
En (1591) 4 particuliers Louis Naudet, Gabriel Delassus, Jean Beolan et Antoine Mascaron firent rebâtir la chapelle St Nicolas. Antoine Mascaron était un ami de Charles de Casaulx et fut directeur de la monnaie en (1593). Son fils, Pierre Mascaron fut le 1er imprimeur à Marseille en (1596) en éditant le livre de Bellaud de la Bellaudière, "Obros et rimos provenssalos".
- la Rébellion
Afin de reprendre en main la gestion de la ville de Marseille, le duc de Mercoeur, gouverneur de la
Provence, fait nommer consul Lazare de Vento Seigneur de la Baume par lettres patentes d’octobre (1657). Les 2 autres
Consuls étaient Boniface Pascal et Joseph Fabre. Sous prétexte de défendre la ville contre les Pirates mais surtout pour
être agréables à Mercoeur, les consuls décident d’armer aux frais de la ville la galère du Chevalier de Vendôme, fils du
Duc de Mercoeur. Cette décision provoque une vive opposition à la tête de laquelle figurait Gaspard de Glandevés de
Niozelles. Des émeutes agitent la ville, Niozelles et ses partisans s’emparent de l’hôtel de ville qui est repris par
les troupes du gouverneur entrées dans la ville dans la nuit du 18 au 19 Juillet (1658). En octobre (1658) les partisans
de Niozelles remportent les élections qui sont cassées par le Roi. Louis XIV ordonne aux chefs de l’opposition de venir
le trouver.
L'entrevue a lieu à Paris le 6 Janvier (1659), mais ensuite les incidents se multiplient. Henri de Forbin
Maynier, Baron d’Oppède, président du parlement de Provence estime que seule une intervention personnelle du Roi est
indispensable pour soumettre Marseille et propose cette solution à Mazarin. L’occasion est fournie par un grave incident.
Gouvernelle, lieutenant des gardes de Mercoeur, fut chargé de porter à Niozelles une nouvelle convocation à la Cour. Ce
document portant la signature du Roi lui est arraché et lacéré. L’intervention du Roi devenait inévitable
devant une telle rébellion. De la côte Basque où il venait de signer le traité des Pyrénées, Louis XIV, accompagné de
Mazarin, de la Reine Mère et de la Cour, se rend à Toulouse, Beaucaire, Tarascon. Il est à Arles le 13 Janvier (1660) et à
Aix en Provence le 18 janvier (1660).
- la Citadelle
Le 19 Janvier (1660) le Roi Louis XIV adressait une lettre au Duc de Mercoeur, Gouverneur de Provence,
précisant sa décision d’envoyer des troupes sur Marseille afin d’empêcher la continuation des désordres. Cette lettre était
accompagnée d’une instruction qui prescrivait à Mercoeur plusieurs obligations dont la construction d’une citadelle,
"en l’endroit de ladite ville qui sera jugé le plus propre". Ce projet avait été suggéré à Mazarin par le Duc de Mercoeur et
le Baron d’Oppède. Mazarin envoya à Marseille le célèbre ingénieur militaire, le chevalier Louis Nicolas de Clerville, qu’il
avait fait venir exprès de Nancy.
Clerville procéda en 1er lieu au choix de l’implantation qui devait permettre à la
fois la surveillance de la ville mais également sa protection contre une attaque en provenance de la mer. Clerville écarta
la colline St Charles car trop éloignée du rivage pour permettre un ravitaillement par mer. Il retint donc l’emplacement
actuel, derrière l’abbaye de St Victor et dont l’étendue était suffisante, pour y maintenir pour jamais l’autorité du roi.
Cet emplacement était de plus doté d’une fontaine d’eau douce qui figure sur les anciennes cartes.
Mazarin ne se rangea pas immédiatement à cet avis et envoya à Marseille le Maréchal du Plessis Praslin pour avoir une autre
opinion. Celui ci aurait préféré une implantation à l’endroit où se trouve actuellement le palais du Pharo, mais se rangea
ensuite à l’avis du Chevalier de Clerville.
- les Travaux
Clerville qui était allé à Aix en Provence pour faire approuver ses plans par Mazarin, fit commencer
las travaux immédiatement en utilisant les matériaux de démolition de la "Porte Royale" et des murailles avoisinantes
constituant les anciens remparts de Marseille. Les pierres du cap Couronne furent également utilisées. Le Duc de Mercoeur
posa la 1ère pierre le 11 Février (1660) sur laquelle on grava, "de peur que la fidèle Marseille, trop souvent en proie
aux criminelles agitations de quelques séditieux ne perdît enfin la ville et le royaume ou par la fougue des plus hardis
ou par une trop grande passion de la liberté et que le Roi des Français voulait pourvoir par cette citadelle à la sûreté
des grands et du peuple". 3 médailles commémoratives furent frappées pour rappeler cet évènement. Le 2 Mars (1660)
à l’entrée de Louis XIV dans Marseille, le chantier battait son plein.
Le fort occupe un éperon calcaire compris entre le port, l'abbaye de St Victor et le Pharo. La
construction enserra un moment la chapelle St Nicolas construite au Moyen Age puis celle ci fut détruite. Le fort est
composé de 2 ensembles étagés dont le plus bas, faisant office de basse cour sur le port est isolé depuis (1862) par le
percement du boulevard, aujourd'hui Charles Livon. Le haut fort est formé de 2 enceintes imbriquées dont le plan
quadrangulaire s'accroche à l'escarpement. La qualité des maçonneries, grand appareil de calcaire rose de la couronne, et
de leur mises en oeuvre, chaînages d'angle à bossages et cordon créant des arabesques de contre courbes dans les pentes,
concourent à créer une impression de puissance sereine, caractéristique du style Chevalier de Clerville.
La construction fut réalisée en un temps record pour un édifice de cette importance. En effet le "Haut
Fort Entrecasteaux" était terminé par le maître maçon Jean Etienne Chieuse en (1663). Les travaux du "Bas Fort Ganteaume",
partie située au Nord du boulevard Charles Livon et comprise entre le quai Marcel Pagnol et le port de la Réserve, furent
interrompus à la mort de Mazarin le 9 Mars (†1661), Le Guette décida de les reprendre le 16 Juillet (1663) en passant un
marché avec 7 maçons dont Pierre Puget, cousin germain et homonyme de Pierre Puget sculpteur. Les travaux furent achevés
en (1664).
Vauban qui n’a pas été mêlé à la construction de la citadelle, visita le fort et écrivit le 16 Mars (1679)
une lettre très critique, "J’ai visité la citadelle de Marseille qui est un assemblage fort magnifique de tout ce qui
a jamais passé d’extravagant et de ridicule par la tête des plus méchants ingénieurs du monde". En (1701) Vauban
propose des modifications qui ne seront pas réalisées.
Le gouverneur de cette nouvelle citadelle fut contrarié de la proximité du Lazaret qui s’étendait du
pied du nouveau fort jusqu’à l’anse des vieilles Infirmeries, actuellement "Plage des Catalans". Il demanda le transfert du
Lazaret qui fut implanté par la ville près de St Martin d’Arenc. Après la peste de (1720) quelques pêcheurs Catalans
vinrent exercer dans les environs et s’installèrent dans les locaux désaffectés de l’infirmerie d’où le nom donné au
quartier.
- La Révolution
Durant la Révolution, la présence des forts St Jean, St Nicolas et de N.D.de la Garde inquiéta
la population car certains pensaient que leurs commandants y accumulaient des munitions. Le 30 Avril (1790) le conseil
général de la commune, équivalent du Conseil Municipal, se présenta à la porte de la citadelle St Nicolas. Le major de la
Roque, commandant du fort, pensant que sa petite troupe, ex régiment du Vexin allait faire défection, signa un compromis
aux termes duquel il laisserait entrer chaque jour autant de gardes nationaux qu’il y avait de soldats de son service.
A la suite de divers incidents, la foule commença le 18 Mai (1790) la destruction de la partie Est de
ce monument symbole du despotisme, mais l’Assemblée Nationale soucieuse de conserver un ouvrage utile à la défense de la
ville, ordonna d’arrêter la démolition de la forteresse par décret du 28 Mai (1790). En (1833), le préfet Thomas fait
rétablir les parties démolies mais cette restauration a été faite avec des pierres grisâtres de qualité médiocre
tranchant nettement avec les parties non détruites faites en pierres roses du cap Couronne.
Afin de relier le "Vieux Port au palais du Pharo" qui n’était accessible que par le boulevard de la
Corderie et l’avenue de la Résidence actuellement avenue Pasteur, la commission municipale vota le 18 Avril (1860)
l’ouverture d’une voie, actuellement boulevard Charles Livon. Les murs de soutènement de la tranchée réalisée pour le
passage de cette nouvelle voie sont en calcaire Urgonien blanc tranchant nettement les pierres roses du cap Couronne
utilisées pour la construction du fort. La citadelle se trouva ainsi coupée en 2 parties indépendantes.
Le 4 Janvier (1794), Bonaparte, Inspecteur des côtes de la méditerranée écrit au ministre de la Guerre
"le fort St Nicolas n'est pas susceptible de défense. Les 3 enceintes qui fermaient la ville du côté de ce fort
ont été démolies et le rendent accessible de tous les côtés. Il est pourtant indispensable de le mettre en état de défense
au moins contre les efforts de quelques malveillants. Il faudrait pour cet objet relever une des 3 enceintes. Je vais
faire placer des pièces de canon sur le fort de manière à maîtriser la ville ". Cette lettre vaut au futur Empereur
une convocation par la Convention, les représentants du peuple invoquant le danger d'une, bastille Marseillaise.
- La prison
Dès (1696), 5 Protestants accusés d'espionnage pour le compte de Guillaume d'Orange sont enfermés
au fort St Nicolas. Le fort reçut en (1823) à la suite de l’expédition du duc d’Angoulême en Espagne, 569 prisonniers dont
le soldat Valdès qui avait été un des organisateurs de la Guérilla contre les troupes Napoléoniennes après (1808). Le
30 Avril (1832) il servit également de lieu de détention pour les marins du bateau qui avait débarqué le 28 Avril (1832) la
Duchesse de Berry près de Carry le Rouet et qui avait été arraisonné par le vapeur, Le Sphinx, près de l’île verte à La
Ciotat. Par la suite, la citadelle sert de séjour aux soldats condamnés à de courtes peines par les tribunaux militaires.
La citadelle n'est restaurée qu'en (1834), au moyen de pierres grisâtres qui tranchent avec les teintes rosées de celles
utilisées à l'origine. Sur ordre de Napoléon III, des travaux routiers scindent la citadelle en 2 forts distincts, et ouvrent
un boulevard à la circulation, baptisé boulevard de l'Empereur en (1864), il devient boulevard Victor Hugo en (1870),
boulevard du Pharo en (1871), puis boulevard Charles Livon en (1922). En (1887), les autorités militaires renomment le "Fort
St Nicolas Supérieur" qui devient le "Fort Entrecasteaux", du nom d'un navigateur Français. Le "Bas Fort St Nicolas" prend le
nom de "Fort Ganteaume", en hommage à un ancien vice Amiral, préfet maritime de Toulon.
Le "Fort St Nicolas" resta une prison jusqu’à la fin de la dernière guerre. Parmi les prisonniers
célèbres on peut citer :
* Jean Giono qui avait été arrêté à Digne le 16 Septembre (1939) à cause de ses publications
pacifistes antérieures, fut emprisonné au fort St Nicolas. Il est libéré à la mi novembre après la prononciation d’un
non lieu. Dans son roman Noé, l’écrivain rappelle cette épisode de sa vie, "haut sur l’horizon et murant entièrement
tout le fond de la Canebière, le magnifique corps en forme de couronne du fort St Nicolas. Le grand mur du fort qui me fait
face se termine vers la gauche par une belle arrête de proue. C’est exactement dans cette proue que j’avais ma cellule en
(1939)"> :
* Jean Zay député Socialiste, (1940), suite à sa condamnation pour, désertion, par le régime de Vichy :
* Hédi Nouira homme politique Tunisien, même période :
* Habib Bourguiba homme politique Tunisien, (1940-1942), futur Président de la République Tunisienne.
- Occupation actuelle
La partie située entre le boulevard Charles Livon et la mer est le bas fort qui a pris le nom de "Fort
Ganteaume" en hommage à un ancien "Vice Amiral, Préfet Maritime, Ganteaume". Il abrite le cercle militaire avec le mess des
officiers. L’autre partie au Sud du boulevard est le "Haut Fort" qui est également appelé "Fort d’Entrecasteaux" du nom d’un
"Amiral parent du Bailli de Suffren, Entrecasteaux". Il est composé de 2 enceintes imbriquées. L’ancien moulin à vent est
devenu depuis (1954) un "Monument Commémoratif des Morts de Guerre". L’accès s’effectue par une porte située à l’Est. La
partie centrale du "Haut Fort" dépend de l’armée et ne se visite pas. Le 14 Janvier (1969), l'ensemble du fort est classé
"Monument Historique".
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