![]() - L'Abbé Robert d'Arbrissel![]() Robert d'Arbrissel naquit au bourg d'Arbrissel, dit autrement Arbresec, diocèse de Rennes en (1045). Le père de Robert d’Arbrissel était un prêtre nommé Damalioch et sa mère se nommait Orguen, étant descendants probables des Bretons venus de Grande-Bretagne et installés aux lisières romanes de l’Armorique, peut être dans un but défensif sur la demande des ducs ou Rois de Bretagne. Robert aurait succédé à son père dans la charge de recteur d’Arbrissel et aurait comme lui vécu avec une femme, ce n'est qu'au Ier concile du Latran de 1123 que le mariage ou le concubinage des prêtres ont été réprimés en faisant de leurs enfants des bâtards interdits d’héritage. - ParisCompromis dans l’élection irrégulière d’un évêque, il s’exile à Paris où il est converti à la réforme promue par le pape Grégoire VII. A Paris, il fit des progrès rapides dans les sciences, & principalement en Théologie, qu'il fut reçu docteur en théologie. Son évêque, Silvestre de la Guerche, Chancelier du Duc de Bretagne, Conan II, l'appela auprès de lui en (1075), s'aida de ses lumières, lui conféra les dignités d'archiprêtre et d'official, et eut la satisfaction de le voir combattre avec succès la Simonie, l'Incontinence et les autres Vices de son clergé. Après avoir travaillé pendant quatre ans à l'extirpation de ces désordres, il s'employa à pacifier les différents, à retirer les biens Ecclésiastiques d'entre les mains des Laïques qui s'en étaient emparé, à rompre les mariages incestueux, & à reformer le Clergé. Robert se vit exposé, par la mort de son protecteur, au ressentiment des ecclésiastiques qu'il avait humiliés, et Marboclus, successeur de Silvestre de la Guerche, qui apparemment n'aimait pas autant que celui ci les réformes et les réformateurs, le remercia de ses soins, et le laissa partir pour Angers, où il alla enseigner la théologie. - Angers et ErmiteIl se lie à Angers avec Marbode, futur évêque de Rennes et Geoffroi, abbé
de Vendôme qui apprécient ses qualités
intellectuelles et religieuses. Ce fut à Angers qu'Urbain II, qui l'entendit prêcher, fut si content de ses sermons,
qu'il lui conféra le titre de prédicateur apostolique, avec la permission de prêcher per universum mundum.
Peu avant la fin du (XIème siècle), il fait sien les principes de pauvreté prônés par Grégoire VII et cédant à son goût
pour la vie solitaire, va vivre en ermite dans la forêt de Craon, en Anjou à proximité de la Bretagne et de son village
d’origine. Il s'y vit bientôt entouré d'une foule d'Anachorètes attirés par la renommée de ses vertus et de la sainte
austérité de sa vie. Sa réputation de sainteté se répand et de nombreux clercs et laïcs le rejoignent, ce qui conduit à
créer des logements qui deviennent l’Abbaye de la Roë. Il les partagea en - PrêcheurRobert quitta ensuite cette solitude et s'en alla prêchant partout la
parole de Dieu, et partout entraînant après lui une
foule d'auditeurs de tout âge et de tout sexe, que son éloquence attachait à sa personne. Ce mélange d'hommes et de femmes
ne manqua pas d'éveiller la curiosité publique et de scandaliser quelques personnes. C'est ce dont on peut juger par 2
lettres contemporaines qui nous sont restées, l'une de Geoffroy, Abbé de Vendôme, qui, quoique lié avec Robert, l'accuse
d'indiscrétion dans sa trop grande familiarité avec les femmes qu'il gouvernait. Voici un passage de cette lettre
En (1096), le Pape Urbain II, qui a lancé, un an auparavant, l’appel à la première croisade, lui demande de prêcher devant lui à Angers et lui confère le titre de missionnaire apostolique. C’est l’occasion de mener une vie errante avec peu de compagnons. A nouveau, des foules le suivent, subjuguées par son appel à revenir au message de l’Évangile. Il doit, pour parer aux désordres, se séparer de beaucoup de gens qui prennent alors l’habit monastique, mais beaucoup de femmes ne veulent pas le quitter. - FontevraultSur les conseils de Marbode, il doit se stabiliser et s’installe en (1101) dans un bois où une fontaine portait le nom d’un homme appelé Evraud ou Evrault. Les huttes construites à proximité du château de Montsoreau, actuellement en Maine-et-Loire, deviendront la puissante abbaye de Fontevraud qui donnera naissance à la ville de Fontevraud l'Abbaye. Ce fut, comme dit Bayle, de fixer ses tabernacles dans les solitudes de Fontevrault, de soumettre les hommes à l'empire des femmes, et tandis qu'il imposait à celles ci l'obligation de prier, il voulut que ceux là, leurs serviteurs perpétuels, fussent occupés à dessécher des marais, à défricher des landes, à labourer les terres qu'ils avaient conquises sur les eaux et sur le désert. Cette abbaye est composée d’une partie pour les femmes et d’une autre pour les hommes. L'abbaye de Fontevrault, fondée par ses soins en (1103), devint en peu de temps considérable et célèbre, quoi qu'en aient dit quelques prélats de son temps, dont il n'eût pas osé accuser les moeurs, si les siennes n'eussent pas été exemptes de reproche et les tristes échos de Bayle, qui ont trouvé plaisant de répéter après lui que Robert d'Arbrissel ne faisait qu'un même lit avec ses plus jolies prosélytes, afin de vaquer plus commodément à l'oraison. Il est certain que sa piété ne se démentit jamais, que sa réputation fut attaquée et non flétrie par les accusations dont nous venons de parler, que les Papes, les Rois et les Prélats les plus distingués lui rendirent justice et le protégèrent contre toutes les interprétations malignes. Robert d’Arbrissel, qu'on a parfois
qualifié de féministe, plaide pour la dignité des - Retour à la prédicationLorsqu'il crut que son établissement pouvait se passer de lui, il reprit son premier emploi de prédicateur ambulant, parcourut la France, exhortant les riches à la charité, les pauvres à l'humilité, les femmes à la continence, et les hommes à l'amour de Dieu. Il assista, en (1104), au concile de Beaugency, et prit place parmi les prélats. L'Evêque de Poitiers fut si satisfait de sa doctrine et des lois qu'il avait données à ses disciples, qu'il sollicita auprès du Saint Siège les bulles de confirmation, et, en les délivrant, le pape Pascal II déclara qu'il prenait cet ordre sous sa protection spéciale. En (1115), il décide de confier son ordre double, riche de nombreux prieurés et très centralisé, à une abbesse, puis nomme à ce titre Pétronille de Chemillé. Le 18 Février (1116), il tombe gravement malade, au cours d'un déplacement, il fut obligé de s'arrêter au Prieuré fontevriste d'Orsan, diocèse de Bourges dans le Berry. Il y mourut le 24 Février (†1116), léguant son coeur à Orsan et son corps à Fontevraud. L'archevêque de Bourges, son clergé, la noblesse des environs et une foule de laïcs, accompagnèrent son corps jusqu'à l'abbaye de Fontevrault le 7 Mars (1116), où on lui fit des obsèques magnifiques. - EpitapheEn (1655), Louise de Bourbon, Abbesse de Fontevrault, fît placer les restes de Robert dans un superbe tombeau de marbre,
sur lequel on lisait l'épitaphe qu'Hildebert, Evêque du Mans, avait faite en son honneur, et dont voici quelques vers : Robert d'Arbrissel, qui ne connut jamais de culte manifeste, a en revanche été l'objet des interprétations les plus diverses de la part des historiens : défenseur des exploités pour les uns, promoteur de l'émancipation de la femme pour les autres. Son itinéraire spirituel, qui explique l'étrangeté de la fondation de Fontevraud, est sans doute plus complexe : choisissant de soumettre ses frères aux soeurs par sens de la pénitence, il n'en ouvre pas moins des voies nouvelles pour les femmes, sous le patronage de Marie Madeleine. |