Jean Victor Marie Moreau

- Jean Moreau

Jean Victor Marie Moreau, né le 14 Février (1763) à Morlaix, Finistère et mort au combat le 2 Septembre (†1813) à Laun, en Bohême, fut un Général Français de la Révolution, également Feld-Maréchal de Russie et Maréchal de France à titre Posthume. Son père, Gabriel Louis Moreau, sieur de Lizoreux (1730)-(1794), conseiller du Roi, était Juge, et sa mère, Catherine Chapperon de L'Isle, était la fille d'un négociant et la petite fille de Pierre Bernard de Basseville, un Corsaire Morlaisien fameux. Sur les 15 enfants nés du mariage, 8 survécurent. Le père fut décapité à Brest le 13 Juillet (†1794), après avoir été condamné pour avoir caché des Prêtres Réfractaires, avoir été l'Agent d'Emigrés et avoir fait passer de l'argent au Marquis de Lescoët. Le frère Cadet de Victor, Joseph, né à Morlaix le 6 Octobre (1764), mort à 85 ans à Morlaix le 22 Novembre (†1849), fut d'abord Avocat, membre du Tribunal le 24 pluviôse an VIII, 13 Février (1800), il protesta contre l'accusation portée contre son frère. Son Père ne voulait pas qu'il entre dans l'armée et lui imposait d'étudier le droit, après avoir passé 4 ans au Collège à Saint Pol de Léon. Moreau fut un étudiant prolongé qui resta 7 ans à L'école de droit de Rennes et devenant le "prévôt du droit", celui qui était chargé de faire régner l'ordre et la discipline.

Le Romancier et Folkloriste, Emile Souvestre, décrit Moreau dans les Mémoires d'un sans culotte bas breton :
    "Il était renommé pour son coup d'œil et son heureuse humeur. Il exerçait sur ses compagnons une sorte de magistrature, c'était lui qui jugeait les querelles, essayait de les apaiser ou, au contraire, autorisait le duel. Il mettait aux voix l'expulsion des étudiants qui avaient pu forfaire à l'honneur. Son autorité s'étendait jusqu'au théâtre où il décidait du rejet ou de l'acceptation des acteurs. Simple de goûts, généreux, dévoué, Moreau était chéri de ses compagnons."

En (1788), peu avant la Révolution, le Parlement de Rennes refusa d'enregistrer les édits de Brienne qui bouleversaient l'organisation Judiciaire de la Bretagne et instituaient les mêmes droits et impôts qu'ailleurs, dont les droits sur le sel, la gabelle, au mépris des clauses de l'édit d'Union. Des troubles éclatèrent pour défendre les magistrats et des soldats furent envoyés pour les obliger à obéir. Moreau, en tant que prévôt du droit, organisa les étudiants en une milice qui prit part aux échauffourées entre les jeunes nobles et le peuple, devenant ainsi célèbre en Bretagne sous le nom de "Général du Parlement". Ce fut son 1er acte notable, à la fois politique et militaire. L'arrestation de 2 Magistrats provoqua l'émeute à Rennes et les corps constitués s'insurgèrent. Moreau écrivit à toutes les Universités du Royaume pour les informer que l'ordre des Avocats de Rennes :
    "suspendait ses fonctions devant des magistrats qui seraient assez lâches pour renoncer au plus beau de leur droit , l'enregistrement. A l'exemple de la Cour, de justice, de Rennes, nous avons cru devoir nous refuser à prêter serment aux lois de notre pays, devant des hommes qui concouraient à leur destruction, après avoir juré d'en être les Défenseurs."

Le 26 Janvier (1789), lors de cette journée une troupe d'agitateurs, composée pour beaucoup de domestiques de nobles, s'attaqua à des étudiants devant la porte d'un café. Moreau organisa la résistance, fit enlever les armes de la milice bourgeoise de leur magasin et appela à la rescousse 400 étudiants de Nantes. Le lendemain, les étudiants se rendirent maîtres de la place sur lequel on trouva de nombreuses cordes "Bricoles"qui servaient aux chaises à porteurs, d'où le nom de "journée des bricoles". Les affrontements continuèrent le jour suivant, car toute la jeunesse qui soutenait les idées nouvelles vint se mettre sous les ordres de Moreau.

Alors que les Etats Généraux s'étaient ouverts le 20 Mai (1789), Victor Moreau se faisait initier, le 13 Août, comme franc maçon, dans la même loge, "la Parfaite union") où officiait Isaac Le Chapelier. Des compagnies de gardes nationaux ayant été formées dans les villes, il réunit une compagnie de canonniers de la garde Nationale de Rennes et fut élu Capitaine. En (1790), il présida la Confédération de la jeunesse Bretonne et Angevine réunie à Pontivy à partir du 19 Janvier (1790). Il dépose l'Acte Fédératif sur l'autel de l'église où ont eu lieu les réunions et improvise un serment solennel :
    "Nous jurons par l'honneur de rester à jamais unis par les liens de la plus étroite fraternité, nous jurons de combattre les ennemis de la Révolution, de maintenir les Droits de l'Homme et du Citoyen, de soutenir la nouvelle Constitution du Royaume et de prendre, au 1er signal du danger, pour cri de ralliement, Vivre Libre ou Mourir." Quelque temps après, il passe ses examens d'avocat, mais il n'exercera jamais ce métier.

- une Carrière

En Septembre (1791), il est élu Lieutenant Colonel du 1er bataillon de Volontaires d'Ille et Vilaine qui part immédiatement pour la frontière Est. Avec eux, il sert en (1792) à l'armée du Nord de Dumouriez. Le 9 Février (1793), il s'empare du fort de Stephenswerth. En Mars, il se signale à Neerwinden. Sous les ordres de Joseph Souham, il se distingue dans la défense de Dunkerque encerclée par les Anglais et reçoit le grade de Lieutenant Colonel, puis celui d'Adjudant Général. Le 20 Décembre (1793), il est nommé Général de Brigade, pour son caractère martial et ses principes Républicains la conduite de son bataillon, en même temps que Napoléon Bonaparte, l'artisan principal de la reprise de Toulon aux Anglais. Carnot, le nomme Général de Division le 14 Avril (1794) et lui donne le commandement de l'aile droite de l'armée dans les Flandres. Il prend Courtrai et Menin et contribue à la victoire de Mouscron le 29 Avril 1794. D'abord sous les ordres de Souham, il passe sous ceux de Pichegru et prend successivement Ypres, Bruges, Ostende, Nieuport et L'Ecluse. Sous le commandement de Pichegru, la Hollande est prise. Le 3 Mars (1795), il est nommé Commandant en chef de l'armée du Nord, en remplacement de Pichegru. Son principal rôle est de maintenir le bon fonctionnement de la convention passée entre la République Française et la République Batave, ex République des Provinces Unies.

La bataille de Tourcoing établit sa célébrité militaire, et, l'année suivante, il obtint la direction de l’armée de Rhin et Moselle en remplacement de Desaix le 21 Avril (1795), avec laquelle il franchit le Rhin et avança en Allemagne. Au début, il fut victorieux, prise de Mayence et de Kehl, victoire de Heydenheim, mais il se heurta aux Russes et aux Autrichiens qui le forcèrent à la retraite. Celle ci fut considérée comme un modèle du genre d'autant qu'il ramena plus de 5.000 prisonniers. Le 25 Décembre (1795), il fut désigné Commandant en Chef des Armées réunies de Rhin et Moselle et de Sambre et Meuse. Il commanda en Chef, au mois de Mai (1796), à l'armée du Rhin. Il passa ce fleuve au mois de Juillet, alors que Napoléon Bonaparte se rendait maître de toute l'Italie.

En l'an V (1797) après des difficultés par le manque d'argent et de matériel, il traversa à nouveau le Rhin mais ses opérations furent interrompues par les préliminaires de la paix de Leoben. Ce fut à cette époque qu'il trouva la correspondance de trahison entre son ancien camarade et chef Pichegru et l'émigré prince de Condé. Il avait été le témoin de Pichegru contre des dénonciations de déloyauté, mais il découvrit alors que son attitude le rendait lui-même suspect de complicité. En (1797), il s'empara d'Offenbourg. Il fut démis et ce n'est qu'en l'absence de Bonaparte et l'avance victorieuse de Souvorov qui rendait nécessaire l'emploi d'un Général d'expérience qu'il reçut le commandement de l'armée d'Italie. Le 21 Avril (1799), il fut nommé Commandant en chef de l'armée d'Italie à la place de Schérer. Le 22 Juin (1799), il remporta la victoire de San Giuliano. Il resta avec son successeur Joubert jusqu'à la bataille de Novi où ce dernier fut tué. Il mena alors la retraite et remit les troupes entre les mains de Championnet.

- Consulat et Empire

Moreau ne semblait plus jouir d'aucun crédit. Sa conduite, en Fructidor de l'an V, l'avait discrédité dans tous les partis. Lors du coup d'Etat du 18 Brumaire, il prêta main forte à Bonaparte en bloquant 2 des Directeurs dans le Luxembourg et les obligeant à signer leur démission. Le nouveau Premier Consul Bonaparte lui confia l'armée du Rhin. En (1800), il commence par remporter une victoire sur les Autrichiens de Kray à la bataille d'Engen. Dans le même temps, le Général Lecourbe, son lieutenant, remporte un succès sur un corps Autrichien à la bataille de Stockach. 2 jours après, Moreau livre une nouvelle bataille assez sanglante à Moëskirch et réussit encore à vaincre les Autrichiens de Kray. S'ensuit alors une série ininterrompue de succès pour l'armée Française du Rhin. Moreau et Lecourbe réussissent notamment à forcer le passage du Danube après une nouvelle victoire à Höchstadt. Le Général Autrichien Kray signe alors un armistice. L'armée Française du Rhin, sur sa lancée, s'établit en Bavière. Quelques mois plus tard, l'armistice est rompu. L'armée Autrichienne, commandée par l'Archiduc Jean, lance une offensive en direction de Moreau pour le refouler jusqu'au Rhin. Le Général Français prépare alors la riposte. Il évacue son quartier général de Haag, en avant de la forêt de Hohenlinden, à l'Est de Munich, et feint la retraite. Il installe son corps d'armée sur la lisère Nord de la forêt pour tendre une embuscade dans une large clairière qu'il a repérée.

Le 3 Décembre (18OO), sous la neige, s'engage ainsi la bataille d'Hohenlinden. Le commandant Autrichien, fait manœuvrer son armée en direction des Français. 3 colonnes Aautrichiennes s'avancent par les seules routes existantes, dont une seule est empierrée. Grouchy, Ney et Richepanse attaquent la colonne Autrichienne du centre par le flanc, de front, et par les arrières. Les bataillons Autrichiens et Bavarois sont culbutés, des milliers de prisonniers sont capturés, car, la colonne Autrichienne du centre est écrasée. Dans le même temps, Grenier, Decaen repoussaient quant à eux les 2 autres colonnes Autrichiennes. La victoire des Français est décisive, Les Généraux Ffrançais Richepanse et Lecourbe se mettent à la poursuite des Autrichiens, capturant encore de nombreux prisonniers. Vienne, capitale de l'Empire Autrichien est bientôt menacée. Les Autrichiens capitulent et demandent la paix. C'est la fin de la guerre et les Français de Moreau l'ont terminé victorieusement. C'est aussi la dernière bataille des guerres de la Révolution française. C'est le traité de Lunéville qui confirmera quelque temps après la défaite de l'Autriche.

Sa femme rassembla les opposants à la montée du pouvoir de Napoléon, lequel fit arrêter les conspirateurs. Pichegru fut retrouvé étranglé dans sa prison. Moreau fut d'abord déclaré innocent par ses juges, puis après une 2ème délibération exigée par Bonaparte, il fut condamné à 2 ans de prison , peine qui mécontenta tout le monde y compris Bonaparte qui, quand il prit connaissance, laissa sans retenue éclater sa colère et s'écria, "Ils me l'ont condamné comme un voleur de mouchoir !". Bonaparte, heureux d'être débarrassé d'un opposant, commua la peine en bannissement et fera rayer Moreau des cadres de l'armée le 6 Juillet (1804). Moreau partit pour les Etats Unis d'Amérique en passant par l'Espagne. A son débarquement à Philadelphie, le Général fut accueilli avec enthousiasme. Une foule se pressait sur les quais et plusieurs députés et sénateurs étaient venus le saluer. A leurs paroles de bienvenue, il répondit en s'inclinant, car à ce moment, il ne parlait pas un mot d'anglais. Il vécut tranquillement à Morrisville, près de Trenton New Jersey jusqu'à ce qu'il apprenne la destruction de la Grande Armée en Russie.

A l'instigation de son épouse, mais aussi après plusieurs visites de l'Ambassadeur de Russie aux Etats Unis lui proposant un poste de conseiller du tsar Alexandre Ier, il se rallia aux Alliés. Bernadotte qui commandait alors une armée contre Napoléon, l'introduit auprès du tsar Alexandre Ier. Dans l'espoir de revenir en France pour établir un Régime Républicain, il donna aux Alliés des conseils sur la conduite de la guerre. Le 27 Août (1813) a lieu la bataille de Dresde. Moreau se tient au milieu de l'Etat Major des alliés coalisés. Un boulet lui fracasse le genou droit et la jambe inférieure gauche. Amputé et transféré à Laun, où il arrive le 30 Août, il y décède 3 jours plus tard, le 2 Septembre (1817). Le tsar Alexandre Ier le fait inhumer dans la cathédrale Catholique de Saint Pétersbourg. Son tombeau se trouve, dans la crypte de l'église Sainte Catherine, l'une des 5 églises Catholiques de Saint Pétersbourg. A la suite d'un incendie en b>(1947), la crypte n'est plus accessible au public, seule à l'entrée une plaque commémorative, en Russe et en Français, indique que sa dépouille y repose. L'historien Valynseele cité par Pierre Savinel dans son ouvrage paru en (1988) "Moreau, rival Républicain de Bonaparte", obtint des clichés du cercueil de la part de l'ambassade Soviétique : sur le couvercle supérieur, on y voit des restes d'un revêtement de velours avec des galons et des ornements de bronze. En tête et au pied du cercueil subsistent des plaques ouvragées en métal doré, avec des inscriptions en langue française, sur la plaque au pied, il est gravé :     "Guide de l'éternité, il ne vécut sur cette terre que pour mourir dans la carrière qui mène à l'immortalité."

Sa veuve reçut une pension du tsar et Louis XVIII le fera Maréchal à titre posthume. Le cœur du Général sera enterré au cimetière de la Chartreuse de Bordeaux, auprès de la Maréchale Moreau, sa veuve.


- Origine
* Français.
- Allégeance
* Drapeau du Royaume de France
   Royaume de France.
* Drapeau de la France
  République française.
* Drapeau de l'Empire russe
  Empire russe.
- Grade
* Général de division.
* Feld-maréchal.
* Maréchal de France, à titre posthume.
- Années de service
* (1791)(1813).
- Conflits
* Guerres de la Révolution.
* Guerres napoléoniennes.
- Commandement
* Armée du Nord.
* Armée du Rhin.
- Faits d'armes
* Bataille de Tourcoing.
* Bataille de Cassano.
* Bataille de Novi.
* Bataille d'Höchstädt.
* Bataille de Hohenlinden.
* Bataille de Dresde.
- Hommages
* Noms gravés sous l'arc de triomphe de l'Etoile :
   pilier Est, 13ème et 14ème colonnes.

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