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(Ville-sous-la-Ferté, dans le département de l'Aube, région Champagne-Ardenne, à 15 km de Bar-sur-Aube.)

- Naissance de Clairvaux

Au moment de la fondation de Morimond, des pourparlers semblent être en cours pour une nouvelle fondation qui serait située sur les terres d'Hugues de Troyes, Comte de Champagne, dans le diocèse de Langres.

L'abbaye de Clairvaux "Clara Vallis, Claravallis, Clarevallis" est une des 1ères, filles, de Cîteaux, qui vit la naissance de l'ordre Cistercien, De la même manière que pour les précédentes, Etienne Harding consulta d'abord les traditionnelles autorités civiles et ecclésiastiques, en l'occurrence l'évêque de Langres "Josceran, Joceran, Josseran" de Brancion (1113)-(1126) et quelques Seigneurs de la région, dont un parent de Bernard, Jobert de la Ferté surnommé Jobert le Roux, Vicomte de la Ferté sur Aube, et surtout, le Comte Hugues de Troyes, qui octroie les terres mêmes de Clairvaux, le Val d'Absinthe, où cette plante odoriférante poussait en abondance. Ce don nous est confirmé par la charte de fondation du monastère, telle qu'elle nous est rapportée par Jean Mabillon en note 24 de la lettre XXXI de St Bernard.

"Au nom de la Sainte et indivisible Trinité, commencement de la charte du Comte Hugues, qu'il soit connu à tous présents et à venir, que moi, Comte de Troyes, je donne à Dieu, à la Ste Vierge Marie et aux religieux de Clairvaux, l'endroit qui porte ce nom, avec ses dépendances, "champs, prés, vignes, bois et eaux", sans aucune réserve ni pour moi ni pour mes descendants. Ce dont sont témoins Acard de Reims, Pierre et Robert d'Orléans, hommes de guerre à mon service. Que l'on sache aussi que Geoffroy Félonia donne le droit de pâtis sur sa terre de Juvencourt , tant dans les bois que dans la plaine, en tout temps, si les animaux desdits Pères causent quelques dégâts, les religieux n'en paieront que le montant, sans amende. J'ai fait toutes ces donations en présence des témoins susdits. Que l'on sache encore que le seigneur Jobert de la Ferté, surnommé le Roux, et le Seigneur Reinaud de Perrecin ont donné, aux mêmes Pères, le droit de pâtis et l'usufruit sur toutes leurs terres, particulièrement sur les eaux, bois et prés du domaine de Perrecin, de cela sont témoins Acard de Reims et Robert, hommes de guerre à mon service. De plus, qu'il soit su encore que moi Hugues, Comte de Troyes, je permets et concède aux dits Pères la libre et paisible possession de la terre et de la forêt d'Arétèle. Confirmé ces donations, par nous Joscern, évêque de Langres, et Hugues, comte de Troyes et scellé de notre sceau et de notre anneau."

- Construction de Clairvaux

Pensé et créé en (1098), a été fondée le 25 juin (1115) par le moine Cistercien Bernard de Clairvaux, qui a été canonisé quelques années après son décès. Le terrain dédié à l'implantation de l'Abbaye fut choisi avec précaution. Le site présentait un avantage de taille, il était situé à 2 kilomètres de la grande voie Romaine reliant Milan à Boulogne. Cette route allait bientôt devenir le plus grand axe routier d'Occident, utilisée par les marchands de l'Europe entière se rendant aux foires de Champagne. Clairvaux se trouvait ainsi au coeur de l'une des plus importantes zones d'échanges économiques et intellectuels de l'époque. La personnalité hors du commun de l'abbé de Clairvaux, assurément l'une des plus grandes figures intellectuelles de son époque, explique le rayonnement et l'essor que prit rapidement le nouveau monastère Champenois.

Il fallait de l'eau et du bois. Ce terrain comprenait ces éléments essentiels à l'organisation d'une Abbaye Cistercienne. En effet, les Cisterciens se doivent de respecter la règle de St Benoît qui stipule la vie en autarcie et le respect du voeu de stabilité, enfermement. De fait, l'architecture Cistercienne tant à Clairvaux, qu'à Fontenay par exemple, répond à ces nécessités. Il y a des bâtiments de vie, bâtiments des Moines et des Convers, des Communs, Moulins, Cuisines, et l'Abbatiale dédiée à la prière. Les bâtiments se regroupaient autour du cloître. L'Abbaye de Clairvaux était ainsi organisée d'après les sources écrites et autres vues cavalières et cela jusqu'au (XVIIIème siècle).

L'Abbaye possédait une quarantaine d'établissements Agricoles, Viticoles, Forestiers et Industriels, les Convers y travaillaient alors que les Moines de Choeur assuraient les offices et la copie des manuscrits. Bientôt la réputation de la nouvelle abbaye traverse les frontières de la Champagne. Stratège politique et homme de pouvoir avant tout, Bernard développe des relations étroites avec le Comte Hugues et surtout le Comte Thibaud II le Grand, ces alliances lui assurent des moyens financiers pour développer Clairvaux et ses Filles, mais aussi une place de choix parmi les Grands du Royaume, en (1131), c'est à Bernard de Clairvaux que le pape Eugène III fait appel pour prêcher la 2ème Croisade en France.

- Reconstruction de Clairvaux

Des divers monastères construits sur le site, il ne reste que quelques éléments. L'église Abbatiale dans laquelle reposait St Bernard, n'existe plus, démolie au début du (XIXème siècle). Il reste par ailleurs quelques murs du 1er Clairvaux le "Monasterium Vetus" de (1115)-(1135). Il reste également le splendide bâtiment des Convers du 2ème Clairvaux (1135)-(1708) fait aujourd'hui environ 70 mètres de long sur 15 mètres de large et comprend 3 nefs de 12 travées, et le grand cloître du Clairvaux de la Renaissance (1708)-(1792).

De (1118), date de la fondation de Trois Fontaines, à (†1153), date de la mort de St Bernard, l'Abbaye de Clairvaux n'engendra pas moins de 66 Filles et 98 Petites Filles réparties entre la France, l'"Espagne, le Portugal, l'Italie, la Suède, la Suisse, l'Angleterre, l'Irlande, la Belgique et l'Allemagne". Si dès le (XIIIème siècle) le mouvement de fondations se ralentit, l'Abbaye comptait néanmoins à la fin du Moyen Age 80Filles et 365 Petites Filles.

Le 1er monastère, Clairvaux I, était constitué d'une petite chapelle carrée, avec un collatéral sur le pourtour et surmontée d'une toiture à clocheton. Elle était reliée à un petit bâtiment affecté au Dortoir des Moines et à leur Réfectoire. Bientôt à l'étroit à l'intérieur de cet édifice provisoire, les moines entreprirent la construction d'une nouvelle Abbaye. St Bernard confia à son prieur, Geoffroy de la Roche Vanneau, la direction des travaux de Clairvaux II. Grâce au soutien du Comte Thibaud II, le nouveau monastère était achevé en une (dizaine) d'années vers (1135)-(1145). La structure de l'Abbaye correspondait à un plan type que l'on retrouve dans presque toutes les Abbayes Cisterciennes et qui fut qualifié de "plan Bernardin". L'Abbatiale, érigée dans le style Roman, servit de modèle à de nombreux monastères de France ainsi qu'au Portugal Alcobaça et en Angleterre Rievaulx. Illustrant à la perfection la simplicité architecturale voulue par St Bernard, l'église se composait d'une Nef de 10 travées interrompue par un transept ouvrant sur un choeur plat. De cette 2ème Abbaye, il ne reste plus qu'un seul bâtiment, celui des Convers composé d'un Cellier au rez de chaussée et d'un Dortoi à l'étage.

Quelques années après la mort du fondateur de l'Abbaye, on entreprit la construction d'une nouvelle Abbatiale. Plus qu'un nouvel édifice, l'église de Clairvaux III était l'agrandissement de l'ancienne. Sa principale caractéristique était l'abandon du chevet plat pour un choeur à Déambulatoire composé de 9 Chapelles Rayonnantes. En (1174), à l'occasion de la Canonisation de Bernard de Clairvaux, des fêtes étaient célébrées dans la nouvelle Abbatiale tout juste achevée. La construction de Clairvaux III n'est pas la seule rupture avec l'idéal primitif que l'on constate peu de temps après la disparition de St Bernard. L'idéal Cistercien primitif était basé sur la Prière et le Travail Manuel, la 1ère Bibliothèque de Clairvaux ne comportait que quelques livres religieux. En (1224), l'Abbaye achète une maison à Paris afin de donner un enseignement Universitaire à ses Moines puis, en (1246), créé le Collège St Bernard où les étudiants Cisterciens préparent leur licence en Théologie.

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