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Glossaire - Biographies
la Danse Macabre - Chronologie - Abbés
Photos - Tapisseries

(Canton de la Haute Loire, arrondissement de Brioude.)

- St Robert

Robert de Turlande, né vers l’an (1000) dans une famille Seigneuriale d’Auvergne, entre à (17) ou (18) ans chez les chanoines de St Brioude, dont il devint bientôt le trésorier. A ce titre, il gérait les revenus du pèlerinage de St Julien, qui était l’un des plus fréquentés du Massif Central. Chanoine Comte de Brioude, après avoir fondé avec l'argent de son propre patrimoine, un hôpital dans cette ville, décide de lancer une entreprise plus importante sur le plateau de La Chaise Dieu, en civilisant les indigènes qui y vivaient dans des conditions extrêmement précaires. Le succès de sa création, caractérisée par l'importance de l'aumônerie plus de 4.000 assistés par an et de l'hôtellerie, Voyageurs puis Pèlerins de St Robert, a permis la fondation de nombreuses dépendances.

Insatisfait de son existence trop confortable, il songea un temps entrer à Cluny, il se rend à Rome, puis à la grande Abbaye du Mont Cassin, en Italie du Sud, fondée par St Benoit au (VIème siècle), qui connaît alors un rayonnement important sur toute l'Europe. A son retour, il décide d'embrasser la vie Monastique et de suivre la règle de St Benoit, Père des moines d'Occident il s’installa en (1043) avec 2 compagnons Étienne de Chaliers et un certain Delmas dans la montagne, proche de Brioude, un ruisseau montagnard vient grossir la rivière Allier, sur le cours supérieur de la Senouire selon la date gardée par la tradition, un petit ermitage au lieu qu'il appellera "Casa Dei" qui veut dire en latin populaire "Maison de Dieu" et dérivera en La Chaise Dieu, pour mener une vie à la fois Erémitique et Apostolique. Ce fut l’origine de la communauté.

- l'Abbaye

La célèbre abbaye de la Chaise Dieu est blottie aux confins du Velay et de l’Auvergne, sur un rude plateau granitique à 1.082 mètres d’altitude. Au coeur d’une forêt profonde, Robert de Turlande érige en (1047) une abbaye Bénédictine. L'Abbatiale a été construite au (XIVème siècle) à la demande du pape Clément VI, ancien moine de La Chaise Dieu et pape en Avignon, dans laquelle il fut, conformément à son désir, inhumé en (1353). L'Abbatiale est une église de style Gothique Languedocien. Sa longueur est de 76 mètres, sa largeur de 24 mètres et sa hauteur de 18 mètres.

Le développement de l'abbaye a été très rapide, en raison de l'afflux de moines 300 du (XIème siècle) au (XIIIème siècle), "d'artisans, de paysans, de commerçants" et même "d'hommes de loi". La mouvance de La Chaise Dieu comprenait (I siècle) plus tard 10 Abbayes et 340 Prieurés. En (†1067), à la mort du fondateur qui sera canonisé, l'abbaye compte 300 moines, elle est sur le point de devenir, en Auvergne, l'égale de Cluny. Son second abbé est Durand de Bredon. Elle bénéficie de donations importantes de grandes familles, les Mercoeur de la Voûte Chilhac, les comtes d'Auvergne de Vodable ou les Polignac près du Puy. Plusieurs papes passeront à La Chaise Dieu, Urbain II, Calixte II, Innocent II en (1132) qui a dû quitter Rome à la suite d'un Schisme. Au (XIVème siècle), Pierre Rogier ancien moine de la Chaise Dieu, devient pape en Avignon sous le nom de Clément VI. C'est lui qui finance la construction de la nouvelle Abbatiale dans laquelle il se fera inhumer. Il fait appel aux 3 plus grands architectes de l'époque, Hugues Morel, Pierre de Cébazat et Pierre Falciat. L'Abbatiale est achevée en (1378), sous le pontificat du pape Grégoire XI, propre neveu de Clément VI. L'abbaye sera ensuite soumise par Rançon de Montclar à la Règle de St Benoît.

Après une période difficile au (XVème siècle) et surtout au (XVIème siècle) avec l'introduction de la Commende et la crise religieuse du temps de la Réforme, l'abbaye connut une période de renouveau avec l'arrivée de la congrégation bénédictine réformée de St Maur en (1640). En (1790), il restait 20 moines à La Chaise Dieu dont 3 avaient moins de (30) ans, la municipalité décida alors de choisir le dernier Prieur de l'Abbaye comme Maire. La Révolution passant à une phase plus dure, les moines durent quitter l'Abbaye qui fut confisquée et vendue par lots comme bien National. L'ancienne église Abbatiale est devenue aujourd'hui église Paroissiale.

- Construction

Le Jubé construit en 2 parties séparant la nef, l'une réservée au Moines dans le choeur, l'autre pour recevoir les Pèlerins et Fidèles, date du XVème siècle. Il est composé de 3 arches bordées de feuillages qui soutiennent une balustrade. Sous l'arche de droite, se trouve l'autel dédié à St Robert, le fondateur de l'abbaye. Le jubé est surmonté d'un grand Christ. La tradition locale prétend que sous la Révolution, on voulut l'abattre. Celui qui tenta le forfait fut précipité au sol où il se fendit le crâne. Pour le sauver les habitants de la Chaise Dieu le couchèrent sur le jubé mais les 2 bras de la croix étaient trop larges. Celui de droite en fit les frais, ce qui explique la dissymétrie de la longueur des bras de la croix. Ce Christ criant de vérité est l'oeuvre de Jean Bonnefoy, frère Novice, qu'il réalisa en (1603). Il est entouré de la Vierge et de St Jean réalisés au (XVème siècle).

Le tombeau des anges musiciens, le buffet d'Orgues construit en (1683), a été commandé par Hyacinthe Serroni, nommé Abbé en (1672), la tribune est signée par Cox. L'Abbatiale, vue de l'intérieur du cloître Gothique, qui occupe l'emplacement d'un cloître plus ancien, explique le plan peu régulier de l'Abbatiale. La salle du trésor, anciennement la Bibliothèque des moines. La Chapelle des Pénitents, anciennement le Réfectoire des moines.

- les Fresques

C'est sur le chancel Nord du choeur de l'Abbatiale que se déploie une fresque d'environ 26 mètres de long sur 1m,40 de hauteur. La "Danse Macabre". L'un des trésors artistiques les plus étonnants de l'Abbatiale St Robert. Il s'agit d'une fresque murale dont le thème est vraisemblablement tiré des sermons sur la Mort et développé au (XIVème siècle). Un examen minutieux des costumes, des pourpoints, armures, parures, a permis de situer la date d'exécution de l'oeuvre vers (1470), à quelques années près. L'usage des Poulaines chaussures à longues pointes relevées, que portent les personnages présents sur la fresque, disparaît à partir de (1480). Ce serait donc sous le règne de Louis XI et sous l'Abbatiat de Renaud de Chauvigny (1465)-(1491) qu'aurait été réalisée cette oeuvre. L'auteur nous en est Inconnu.

- La tour Clémentine

Sa Tour Clémentine se reconnaît de loin, elle portait le nom de "tour du vestiaire" ou "tour de la Trésorerie" Son nom de tour Clémentine lui sera attribué bien plus tard, en l'honneur de Clément VI. C'est une sorte de donjon carré situé au niveau de l’abside, cette puissante construction comportant plusieurs étages, a servi au cours des âges de donjon, de grenier, de refuge pour les religieux et de sacristie. Lorsque les attaques Huguenotes de (1562) se firent particulièrement violentes, les moines purent rester à l'abri et conserver de quoi subsister. Cette tour avait jadis un puits nommé Fontaine de St Robert. Son eau était réputée pour apaiser les fièvres. Un important escalier en colimaçon de 147 marches dessert les étages de la tour. Elle s'ouvre sur le choeur, à l'intérieur une longue nef de 76 mètres aux voûtes Gothiques surbaissées, coupée par un jubé ajouté au (XVème siècle), est entourée, sur 2 rangées, par 144 stalles en Chêne sculpté, au dessus desquelles, sont tendues de belles Tapisseries, longue tenture de choeur suivant une disposition courante au Moyen Age, confectionnées en Flandres entre (1501) et (1518), elles comportent 10 pièces, tissées dans de la laine à laquelle se mêlent des fils de soie, sur une longueur de 65 mètres illustrant des épisodes de la "Bible des Pauvres", elles ont échappé au vandalisme des guerres de religion et à la Révolution, et conservé une fraîcheur de Colories étonnante.

- Rohan

Beaucoup plus tard, vers (1786), exilé à la Chaise i>Dieu après l’affaire du Collier de la Reine le Prince Cardinal Edouard de Rohan a tout le temps de méditer sur les Turpitudes de la vie à la cour. Cette abbaye de nos jours est connue pour son Festival de Musique Française crée en (1965) par György Cziffra, qui tous les ans permet d’entendre et voir de prestigieux musiciens, orchestres, et organistes. Le cloître est également inclus dans la visite où la salle de l’Echo, fait la joie des enfants. Pour cela il faut être 2, placés en diagonale, dans les angles opposés, si l’un murmure quelques mots à voix basse le second les entendra comme si on lui parlait à l’oreille. On peut imaginer sérieusement que ce système de communication servait à confesser les malades Contagieux en périodes d’épidémies.

- Le testament de St Robert.

"Vous savez, mes frères, comment la charité du Christ nous a réunis ici, comment le Seigneur nous a appris à donner tout ce qui est en nous et à le donner à tous, connus et inconnus, riches et indigents, qu'on l'accepte de bon coeur ou qu'on n'en veuille pas. C'est pourquoi j'ai voulu que l'autel majeur de cette Sainte Maison fût consacré sous le vocable par excellence de Dieu qui est la charité, afin que le charité fût toujours et de tous temps la Reine de ce monastère et de ceux qui l'habitent ou qui l'habiteront par la suite et que l'épargne Sordide et l'Avarice n'y puissent jamais trouver la moindre place. Je vous prédis en conséquence que si vous mettez de côté mes Recommandations sur ce point, on verra les Calamités et la Pénurie s'abattre sur le monastère, si, au contraire, vous et vos successeurs observez religieusement ce que je vous ai enseigné, vous recevrez de Dieu, sans qu'il y ait doute possible, et les biens Temporels en ce monde, et les biens Eternels en abondance."

- Oraison pour St Robert 24 Avril.

"O Dieu qui as doué le glorieux St Robert, ton serviteur, d'une admirable charité et qui lui as fait supporter avec une patience héroïque des travaux innombrables pour le salut des âmes, daigne te rendre favorable à nos Prières, afin qu'animés par ses exemples et soutenus par son intercession, nous puissions acquérir la couronne de l'Immortalité, par Jésus le Christ, notre Seigneur."Amen.""

- Les Tombeaux

La présence de la mort, dans l'abbatiale de La Chaise Dieu, est un souhait de riches prélats ou de Laïcs jusqu'au (XVIIème siècle), pour trouver la quiétude dans l'éternité. Le pape Clément VI ordonne la reconstruction de l'abbaye en (1343), (III siècles) après sa fondation. Il y fait aménager son tombeau, un gisant de marbre blanc entouré de 55 personnages, sa famille et l'archevêque d'Arles. Son exécution a demandé pas moins de (5) années de (1346) à (1351). Au décès de Clément VI le 6 Décembre (†1352) à Avignon, sa dépouille, selon ses voeux, y est déposée le 8 Avril (1353), placé dans le choeur des moines. Il subit au cours des Guerres de Religions de (1562), d'importantes dégradations. Des fragments sont conservés au musée Crozatier au Puy en Velay.

Il n'est pas le seul à reposer dans l'Abbatiale. Plusieurs abbés, moines, novices ou laïcs y reposent. Les moines avaient obtenu du pape Alexandre III en (1162), l'autorisation de donner sépulture dans l'église Abbatiale en reconnaissance de Services rendus ou de Donations faites. Construite sur du granit, l'église Abbatiale ne possède pas de crypte. Servant de pavage à l'église, de lourdes dalles, pour certaines funéraires, recouvrent le sol. Le passage répété des pèlerins, des fidèles et maintenant des visiteurs ont pour partie effacé les inscriptions qui les recouvraient. Mais celles qui restent visibles portent des Epitaphes anonymes où seule, une date subsiste, "Die 10 decembris (1681)". Quelques unes permettent d'identifier l'occupant, comme celle de l'abbé Hugues de Chauvigny de Blot, face à l'autel. Cette pierre très particulière, identifiée comme table d'autel dédié à un Culte Solaire, présente de nombreuse Cupules dont le dessin représente les constellations de la "Grande Ourse", de la "Petite Ourse", du "Dragon", de "Cassiopée".

Devant la chapelle de St Robert au pied du jubé à l'image de celle composée de 5 écussons en forme de croix attribuée aux Balzac d'Entraigues, Seigneurs de Pauhlac près de Brioude ou celle de Gilbert Motier de La Fayette, Maréchal de France, décédé le 23 Février (†1463). Dévasté pendant les Guerres de Religions, on la remplaça par une plaque de cuivre rouge ou figuraient les armes des La Fayette. Disséminées dans toute l'église Abbatiale, on relève celles de Pierre de Giac, de Guillaume de la Roue, évêque du Puy, de Nicolas de Montclar, de Pierre et de Robert de Canillac, d'Armand d'Allègre, de Pierre de Vissac, évêque de St Flour, d'Alix de Beaufort, Comtesse de Valerne et de Vienne, de Guillaume VII, Comte de Clermont et son fils le Dauphin d'Auvergne, du Vicomte de Polignac, de Guy Charles de Beaujeu Duc de Montpensier et bien d'autres encore.

- Collatéral Nord

Sous la fresque de la "Danse Macabre", 2 tombeaux sont présents. Ils sont mutilés. Le 1er tombeau, couvert d'un Gisant en marbre blanc, représente un Abbé Mitré et passe pour appartenir à Jean de Chandorat, abbé de la Chaise Dieu pendant (24) années puis évêque du Puy, décédé en (†1356). Un 2ème tombeau, reconstruit au (XVIème siècle) ou après la Révolution avec les fragments d'autres tombeaux se situe au dessous d'une fresque, elle aussi inachevée, datée du (XVème siècle), représentant la Vierge Marie. Le gisant représente une Femme, les mains jointes, la tête reposant sur un coussin parsemé d'écussons aux armes de la famille de Vichy, une tradition ancienne voulait que ce tombeau soit celui de la Reine Edith d'Angleterre. Plus raisonnablement, cette sépulture pourrait être celle de Smaragde de Vichy, mariée à Morinot de Tourzel, seigneur d'Allègre en (1387). Entre ces 2 tombeaux, on découvre un bloc de pierre mesurant, environ, 2 mètres de long, cette pierre, connue sous le nom de "pierre d'exposition", servait à laver puis à exposer le corps des moines décédés.

- Collatéral Sud

Un 3ème tombeau dont l'Enfeu est composé de médaillons sculptés d'anges musiciens. Cet ensemble est plus connu sous le nom de "Tombeau des Musiciens". Il serais attribué à Reginald de Montclar, abbé de la Chaise Dieu de (1342) à (1346). Ce tombeau aurait été réédifié avec des fragments de 2 tombeaux jumeaux. Lors de récents travaux, un gisant, daté du (XIVème siècle), représentant un évêque, fut mis au jour. Dans la maison de Dieu "la Casa dei", la mort est finalement bien plus familière qu'il n'y paraît. Sous les hautes voûtes Gothiques, dans la pénombre et un silence Monacal, tout semble reposer en paix pour l'"Eternité".

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