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Glossaire - Biographies
Chronologie - Abbés
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(Saint Riquier, Canton d'Ailly le Haut Clocher, Arrondissement Abbeville, Département Somme, Région Picardie)

- L’abbatiale

Fondée au (Vème siècle) sur le tombeau de St Riquier, l'abbaye Bénédictine est le prototype des Abbayes Carolingiennes et la plus importante de l'époque. St Riquier, autrefois appelé "Centule - la ville aux Cent tours", est une ancienne cité monastique qui s’est développée autour du monastère fondé au (VIIème siècle) par Riquier, propriétaire terrien converti au Catholicisme qui évangélisa le Nord de la France. L’abbaye connut son apogée à l’époque de Charlemagne et comptait, en l’an (800), plus de 300 moines et une école réputée.

Au Moyen Age, Centule prend le nom de St Riquier en raison de la ferveur des pèlerinages aux reliques du Saint, mais les habitants conservent le nom de Centulois. Longtemps ville fortifiée du Royaume de France, dont elle possède les armes, St Riquier a subi de nombreuses invasions et destructions. Elle constitue un des plus beaux monuments Gothique Flamboyant dans la Somme. La masse imposante et l’extraordinaire profusion ornementale de sa façade saisissent le visiteur qui ne s’attend pas à une telle richesse dans un bourg comme St Riquier. Après l'époque de Charlemagne, le rayonnement culturel de St Riquier déborde largement les frontières du St Empire Romain Germanique.

Entourée d'une ville dont on dit qu'elle aurait eu près de 15.000 habitants, l'Abbaye devint l'une des places les plus importantes du St Empire. L'église Abbatiale construite à l’emplacement de l’église Carolingienne détruite par les invasions Normandes et les incendies, cet édifice du (XIIIème siècle) est l’oeuvre de restauration de 4 abbés entre (1257) et (1536) et a connu les différentes étapes du Gothique. Longue de 96 mètres, large de 27 mètres et haute de 50 mètres, elle possède une façade de style Gothique Flamboyant du (XVème siècle).

La façade, qui date du (XVIème siècle), présente la double particularité d’être dominée par une unique tour Centrale qui s’élève à 50 mètres et d’être dépourvue de fenêtres, ce qui a permis un incroyable déploiement de statues enchâssées dans un réseau dense d’arcatures et de lignes qui rappelle la chapelle du St Esprit et la Collégiale St Vulfran. Le tympan central représente l’arbre de Jessé. Il est couronné par une statuaire représentant la Trinité, 2 abbés et les Apôtres. Encore plus haut, on remarque le couronnement de la Vierge, St Michel, Adam, Eve, Moïse et Elie. Avec les 2 portails latéraux, c’est au total près d’une cinquantaine de statues en pied qui anime la façade et domine la place dans une étonnante relation de continuité avec le visiteur.

- Configuration de l'Eglise

L'église Abbatiale, s'organise en 3 parties, des contreforts contre butent les murs extérieurs des collatéraux ainsi que les angles de la tour. Les 2 tourelles d'escalier montent le long de ces derniers en prenant un peu sur les 2 ailes. Le décor sculpté, dans un style Flamboyant et exubérant, semble envahir la partie centrale, dépourvue de fenêtres, selon des procédés que l'on retrouve à St Vulfran d'Abbeville et à la chapelle de Rue. La densité des statues fait de la façade de St Riquier un véritable théâtre à l'usage des fidèles où la volonté didactique de donner à voir et à comprendre s'efface parfois derrière la logique de la composition. Ces sculptures de la façade ont été réalisées essentiellement sous Thibault de Bayencourt entre (1511) et (1536) lorsque l'ancienne façade fut remplacée par celle ci.

La voussure du portail Nord est ornée de 6 groupes difficiles à identifier avec précision en raison de l'état dégradé de la pierre, mais l'on remarque, sur le piédroit côté Sud une statue, sans doute refaite à une date inconnue, d'un St Gilles reconnaissable à sa robe d'ermite et à la Biche qu'il caresse. Il semble également que la statue aujourd'hui disparue qui ornait l'accolade représentait St Eustache, dédiant ainsi cette partie de la façade à la chasse qui constitue encore aujourd'hui une activité importante du lieu. Le portail central était à l'origine divisé par un trumeau que l'abbé d'Aligre fit supprimer. Chacun des piédroits, supportant les 2 voussures à double ressauts, est orné d'une statue monumentale difficile à identifier. Dans les voussures, en 12 groupes, est racontée la légende de St Riquier. Sur la gauche, le piédroit présente un personnage en costume Princier, portant le collier de St Michel, et, vers l'intérieur, un Abbé Bénédictin tenant un livre fermé. Sur la droite, les positions sont inversées, un Abbé Bénédictin tenant une crosse et un livre précède un homme en costume civil d'une grande richesse, peut être St Riquier avant sa conversion.

Le tympan est coiffé de la grande accolade qui couronne le portail central. L'on y trouve une représentation de la TrinitéDieu le Père est assis avec, devant lui, le Christ en Croix et le St Esprit sous la forme d'une Colombe, autrement dit un trône de Gloire. De part et d'autre de l'accolade, se tiennent les 2 Abbés auxquels nous devons une grande partie de l'église actuelle, Eustache le Quieux et Thibaut de Bayencourt, tous 2 agenouillés et priants. Puis, à droite et à gauche, se dressent les statues monumentales des 12 Apôtres rangés sur 2 lignes sous des dais, St Pierre avec ses Clefs, St Jacques le Majeur avec le Bourdon et le Chapeau à Coquille des Pèlerins, St Riquier était au Moyen Age une étape vers St Jacques de Compostelle, St Jean tenant un Calice d'où sort un Serpent, St Matthieu et sa Hache.

Au registre supérieur, un Gâble renferme un groupe représentant le Couronnement de la Vierge Marie est agenouillée entre le Père et le Fils et 2 Angelots tiennent au dessus de sa tête une Couronne Royale dominée par le St Esprit en forme de Colombe. Enfin, on ne peut parler du tympan sans évoquer le majestueux Arbre de Jessé. Cette Iconographie, apparue au (XIIème siècle) et qu'il faut mettre en relation avec le culte Marial, orne dès (1225)-(1235) le portail de la Vierge à la cathédrale d'Amiens. Au centre, Jessé est endormi dans un fauteuil d'où partent les rameaux de l'arbre à travers lesquels sont disposés les ancêtres de la Vierge et de l'Enfant Jésus.

L'étage supérieur de la tour est orné de l'Archange St Michel qui terrasse le Démon. Contre les piédroits se tiennent, à gauche, Adam et Eve, et à droite, Moïse et David. De part et d'autre du portail central, de grandes figures surmontées de dais et de pinacles sculptés, occupent 3 par 3 les contreforts qui étayent le clocher, dont 6 évêques, au registre supérieur, St Nicolas et les 3 enfants dans le Saloir, St Vigor et ses Serpents.

Sur la 2ème rangée, les Pères de l'Eglise, St Ambroise, St Augustin, St Jérôme, et St Grégoire le Grand. Au portail Nord, on reconnaît St Gilles, considéré comme l'un des fondateurs de l'ordre des Bénédictins avec la Biche Miraculeuse. Le portail Sud, lui aussi, est agrémenté de beaux décors sculptés. Sur les piédroits, on croit reconnaître Ste Geneviève ou Ste Marthe drapée d'un ample manteau et portant un Bénitier mais sans la Tarasque. Les 6 groupes du cintre, quant à eux, relatent des scènes de vie de la Vierge comme la de Marie ou encore l'Annonciation. Sur le contrefort extérieur, l'on peut encore rencontrer l'Education de la ViergeSte Anne apprend à lire à Marie. Les vantaux des portes datent de la fin du (XVIIème siècle), de l'époque de l'abbé d'Aligre.

- l'Intérieur

A l’intérieur, le style est plutôt classique, dans les boiseries, les grilles et la décoration en marbre du (XVIIème siècle) sous l’influence de l’abbé Charles d’Aligre. On peut également y admirer les tableaux de peintres du (XVIIème siècle), Jouvenet, Bon Boullongne, Hallé, ainsi que la salle du Trésor, où est contée, lors de visites guidées, l’une des plus extraordinaires légendes du Moyen Age, "le Dit des 3 morts et des 3 vifs". Comparé à la façade, l’intérieur de l’édifice pourrait paraître sobre. Il surprend par ses imposantes dimensions et la richesse de sa décoration apparaît bien vite dès lors qu’on ne pense plus à la façade.

Long d’environ 96 mètres, l’édifice s’organise autour d’une large nef de 5 travées complétées par celles du porche de la façade et d’un transept saillant du (XIIIème siècle) au (XVème siècle). Au delà, dans l’espace qui était réservé à la communauté monastique, s’élèvent 2 travées de choeur du (XIIIème siècle) au (XVème siècle) de largeur inégale terminées par une abside ouverte par 5 grandes arcades, délimitant autant de Chapelles Rayonnantes.

L'ensemble est baigné par une très belle lumière et richement meublé et décoré. On remarquera notamment le cordon feuillagé qui sépare les 2 niveaux de la nef, les tribunes finement sculptées du transept du (XVIème siècle) et l’admirable buffet d’Orgue du (XVIIIème siècle) sous lequel prend place la scène du festival de musique. Au hasard de la déambulation, apparaît une riche statuaire, des fonds Baptismaux de style Renaissance, des stalles du (XVIIème siècle), et des toiles dans les chapelles signées Coypel, Lépicié, Hallé. La salle dite de la trésorerie est décorée de peintures murales du (XVIème siècle) et conserve de nombreuses pièces dont un Christ Byzantin du (XIIème siècle).

Souvenir de la puissance de St Riquier, l’abbaye des (XVIIème siècle) et (XVIIIème siècle) abrite actuellement un "Musée de la Vie Rurale".

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