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(Vauclair, Bouconville-Vauclair, canton de Craonne, département de l'Aisne, 02860.)

- Origine de l'abbaye

L'abbaye de Vauclair fut fondée au diocèse de Laon, aujourd'hui Soissons, au (XIIème siècle), à la demande de l'évêque Barthélémy de Jur, noble figure et remarquable fondateur d'abbayes Cisterciennes autant que Prémontrées, dans tout diocèse. Le lieu choisi, d'après la Charte de Fondation, portait le nom de Curtmenblein ou Courmamblain. Une église se trouvait déjà en ce lieu et elle était desservie par un prêtre du nom de Robert. Ce sanctuaire, avec tous ses droits et dépendances, l'évêque le céda à St Bernard, auquel il était apparenté. L'abbaye de Vauclair appartenait à l’ordre qui tire son origine de l’abbaye de Cîteaux. St Bernard fut placé à la tête de Clairvaux comme 1er abbé. Sous sa direction l’abbaye devient bientôt célèbre comme l’un des hauts lieux de la Chrétienté. Les recrues y virent en foule et, du vivant même du Saint, l’abbaye fonda plus de 60 monastères à travers toute l’Europe, parmi lesquels Vauclair est le 15ème en date.

Quelques hectares d’une vallée assez étroite, au bas d’une pente raide. Un sol sablo argileux où le marais affleure. Rien de pareil au fécond limon du plateau qui domine. Sans doute, jadis une petite clairière Néolithique y rassembla, pour la 1ère fois, une poignée d’hommes et de femmes, leurs silex y traînent encore. Vers (50) avant Jésus Christ, quelques habitants y laissèrent leurs sépultures. Suivirent de longs siècles silencieux dans ce fond ingrat reconquis par le marais et le taillis. Le 23 Mai (1134), une croix de fondation y est plantée par un groupe de moines venus de la plus célèbre abbaye du temps, Clairvaux un groupe de Cisterciens envoyés par St Bernard à la demande de l’Evêque de Laon. St Bernard donna le nom de Vauclair Vallis Clara qui est celui même de l'abbaye mère, Clara vallis. La nouvelle maison était, comme l'abbaye mère, située dans une vallée orientée d'Est en Ouest, si bien que le soleil y brille depuis son lever jusqu'à son coucher. A la tête de la nouvelle communauté, l'abbé de Clairvaux plaça un ancien écolâtre anglais, Henri Murdac, qu'il avait arraché à ses études par une lettre célèbre. Ce 1er groupe de moines commença de bâtir ses constructions monastiques au lieu dit "Pratum molendini - Pré du moulin". Il y eut donc à Vauclair un 1er monastère Cistercien bâti au (XIIème siècle). De cet établissement on ignorait tout avant les fouilles récentes. Et le plan, et même l'emplacement exact.

L'épopée commence, à vie nouvelle, nom nouveau, Courmamblain devient Vauclair. La lourde appellation Carolingienne s’efface au profit d’un terme de beauté et de clarté. Un 1er monastère s’édifie. Les recrues affluent, il faut essaimer 2 fois et surtout bâtir plus grand. On rase la 1ère abbaye et on la remplace par une beaucoup plus vaste sans même pouvoir jamais l’achever. Car, passé le (XIIIème siècle), les temps sombres arrivent. Vauclair souffre et survit, un monastère sans histoires mais que l’Histoire agresse à plusieurs reprises sans parvenir à rompre la régularité de la vie religieuse. Qui sans commende, s’y maintint jusqu’en (1792). Là comme ailleurs, les moines sont alors chassés malgré les habitants de la région qui s’emploient à les retenir, en vain. Mais l’abbaye reste et ils s’y réinstallent, perpétuant ainsi l’existence de l’ancienne Courmamblain et de la paroisse St Martin. Plus d’un siècle durant, une petite communauté va mener dans ce vallon une existence laborieuse et simple, sous l’appellation Vauclair la vallée Foulon. Jusqu’en (1914). Plus exactement en Avril (1917) lors de la grande offensive de Nivelle tout le long du Chemin des Dames. Et là haut, depuis le plateau de Californie, un soldat qui n’a pas 20 ans observe le démantèlement des murs s’écroulant sous les obus. Puis à nouveau l’abandon, pendant un (demi siècle). Le vert linceul de la forêt enveloppe les vénérables pierres de l’abbaye et les protègent de la rapacité des voleurs. L’amas de ruines oubliées de tous est devenu aujourd’hui le site le plus visité de l’Aisne.

- L'abbé Henri Murdac

Henri Murdac, le plus célèbre des abbés de Vauclair, était un maître réputé pour sa science. 2 de ses disciples étant entrés à Clairvaux, St Bernard lui écrivit pour l'exhorter à quitter le monde et sa vaine science, pour se retirer dans la solitude de Clairvaux. Cette lettre est restée célèbre, car le Saint va jusqu'à lui dire; "Croyez en mon expérience, vous trouverez quelque chose de plus au milieu des bois que dans les livres. Les arbres et les rochers vous enseigneront ce que vous ne pourrez appendre d'aucun maître". Ce mot, détaché de son contexte et mal interprété, a maintes fois été apporté en preuve que St Bernard n'avait que du mépris pour les livres et pour la science. En réalité, il veut tout simplement dire ici que dans la solitude des bois, "Dieu parle à l'âme mieux que partout ailleurs".

Sous l'abbatiat d'Henri Murdac, des contestations s'élevèrent entre les moines de Vauclair et les Prémontrés de l'abbaye de Cuissy, située de l'autre côté des crêtes, à quelque 6 kilomètres de là, au sujet d'une forêt que les uns et les autres prétendaient avoir reçue en don. Après plusieurs interventions de Samson, archevêque de Reims, de Joscelin, évêque de Soissons, et de Barthélemy, évêque de Laon, les 2 parties n'arrivaient toujours pas à s'entendre. Ce que voyant, l'évêque de Laon acheta de ses deniers une autre forêt dont il fit don aux chanoines de Cuissy. Et c'est ainsi qu'il mit fin à cette discorde qui durait depuis longtemps. Dans la suite, pour éviter de semblables contestations, les Cisterciens et les Prémontrés décidèrent d'un commun accord, en (1142), qu'aucune maison de chacun des 2 ordres ne pourrait s'établir à moins de 4 lieues d'une autre abbaye. Pacte qui fut renouvelé en (1153). Plus tard Henri Murdac devint abbé de l'abbaye de Fountains, fondée en Angleterre par St Bernard, au diocèse d'York, puis archevêque de cette ville en (1147), il mourut le 14 Octobre (†1153), peu de temps après le St abbé de Claivaux.

La prospérité rapide de cette nouvelle abbaye Cistercienne s’amplifia jusqu’au milieu du (XIIIème siècle). C’est pourquoi l’on décida de construire un nouveau monastère sur un plan plus vaste. Toutes les ruines actuellement visibles à Vauclair appartiennent à ce second monastère du (XIIIème siècle). Une date très précise nous est connue, les moines commencèrent à célébrer l’office, le Vendredi Saint, 6 Avril (1257), sous l’Abbatiat de Gilles 1er (1256)-(1259). Mais elle ne fut consacrée que le 24 Juin suivant, en la fête de St Jean Baptiste, par l’évêque de Laon Itier de Muny (1249)(1261). On conserve à la Bibliothèque Municipale de Laon une série de superbes manuscrits liturgiques qui furent achevés pour l’intronisation de la liturgie dans le nouveau sanctuaire. Il est probable que St Louis rendit visite au monastère de Vauclair, au cours d’un voyage qu’il effectua de Laon à Reims.

- Le temps de la discorde

Alors que la paix régna à Vauclair durant la majeure partie du (XIIIème siècle), en revanche, à la fin du siècle et dans la suite, au cours de ces années de grands troubles, de guerres continuelles, de relâchement des moeurs et de violences, le reflet de ces malheurs se fit sentir jusque dans les cloître, à Vauclair comme ailleurs. C'est ainsi que l'abbé Ponce (1259)-(1275), ancien abbé du Reclus, se fit remarquer au chapitre général de Cîteaux, en (1270), par ses paroles injurieuses contre l'abbé de Cîteaux, ce qui lui valut, comme punition, de ne pouvoir occuper sa stalle au choeur, et de devoir jeûner 2 jours au pain et à l'eau. 5 ans plus tard, le même abbé s'emporta au chapitre général, ainsi que plusieurs de ses collèges, contre les définiteurs qu'ils traitèrent de Satrapes devant toute l'assemblée, fomentant le schisme parmi les abbés. Tous les coupables furent déposés sur le champ par le Chapitre Général.

Mais des malheurs plus sérieux vinrent bientôt s'abattre sur l'abbaye de Vauclair. Le 28 Octobre (1359), Edouard III d'Angleterre débarque à Calais, avec, un immense appareil de guerre. "Le plus grand charroi et le mieux attelé qu'on vit jamais sortir d'Angleterre", nous dit Froissard. Objectif, Reims. Vauclair se trouve sur la route et, sous l'Abbatiat de Guy de Colligis (1345)-(1362), le monastère fut pillé et brûlé, par les Anglais. Un religieux, le père de Favery, fut emmené et jeté en prison à Vailly, puis à Pontarcy où il mourut de misère. Vauclair connaît les affres de la Guerre de (100) Ans. L'abbé Jean Colleret (1362)-(1394) répara de son mieux les ruines du monastère. Nouveau malheur, sous l'Abbatiat de Jean de Craonnelle (1394)-(1420), la peste enleva 11 moines dans l'espace de 55 jours. C'était en (1419). Un rayon d'espoir a t'il touché le monastère en (1429), lors du Sacre de Charles VII, à Reims. Toujours est il qu'au lendemain de cette journée, le 22 Juillet (1429), après avoir vénéré à Corbeny les reliques de St Marcoul, Jeanne d'Arc empruntait le Chemin des Dames, et se rendait à Vailly où les bourgeois de Soissons venaient lui remettre les clés de la ville. Du seuil d'Hurtebise, sur l'étroite crête séculaire, Jeanne, heureuse encore, a pu voir les murs blanc de Vauclair.

- l'Aumonier de Port-Royal

L'abbé Claude de Kersaliou (1627)-(1653), Breton d'origine, ancien moine de l'abbaye de Begard en Bretagne, avait été aumônier des religieuses de Port Royal, où, tandis qu'il était étudiant au collège des Bernardins de Paris, on l'avait chargé de prêcher à la Toussaint de (1608). Peu après il y fut nommé aumônier. Et c'est lui qui, après que la mère Angélique Arnauld eut rétabli la clôture, lui fit un devoir de conscience de refuser désormais l'entrée des lieux régulier à son père, comme on avait pris l'habitude de lui en ouvrir les portes. On sait le tapage que fit M. Arnauld à sa 1ère visite, quand on lui refusa l'entrée, et la scène qu'il fit à sa pauvre fille, qui en tomba évanouie. C'est la fameuse journée du guichet du 25 Septembre (1609), où nous retrouvons le Père de Kersaliou.

Quelque 20 ans plus tard, en (1627), le directeur jugé trop jeune par M. Arnauld fut nommé abbé de Vauclair. C'est lui qui introduisit dans l'abbaye la stricte observance en (1650), en même temps qu'il mit tout son zèle à recouvrer les biens aliénés de son abbaye et à réparer les ruines causées par la guerre civile. Plusieurs fois, en effet, au cours du (XVIIème siècle), l'abbaye eut à souffrir de destructions diverses. En (1590) déja, comme Vauclair n'avait pas voulu adhérer à la Ligue, les Laonnois vinrent brûler la ferme d'Hurtebise, principal domaine de l'abbaye, et piller cette dernière. En (1650), elle fut à diverses reprises attaquée et pillée par les Espagnols. L'actuel colombier de Vauclair porte encore la trace de ces ravages.

- La révolution

Quand l'abbaye de Vauclair fut supprimée à la Révolution, elle comptait plus d'une vingtaine de religieux et n'avait jamais connu de Commende, c'est à dire d'expropriation au profit d'un laïque. En quoi d'ailleurs, Vauclair fait figure d'exception dans le Laonnois et le Soisonnais. Est ce à cette ferveur religieuse maintenue au milieu du (XVIIIème siècle) que l'on doit l'attachement des populations avoisinantes. Le fait est si singulier qu'il mérite d'être retenu. C'et ainsi que le 8 Mars (1789), les habitants de Vauclerc et de la vallée Foulon présentèrent une lettre de doléances pour protéger les moines de Vauclair contre la dispersion :

"Les maires et les habitants de la communauté, soussignés, ont l'honneur d'observer que quoiqu'ils ne possèdent rien en propre dans le dit village et terrain, qu'ils soient logés par M.M. les abbés et religieux de Vauclerc de qui dépendent en toute propriété les maisons qu'ils habitent et qui ajoutent à la charité de les loger, celle de leur fournir du terrain pour des jardins, des chenevières et le reste, ont jusqu'à présent malgré leur pauvreté supporté les charges et payé les impositions, comme les habitants des autres villages. En conséquence ils déclarent qu'ils n'ont aucune plainte à former."

Le 17 Août (1792), une semaine après la prise du palais des Tuileries et la fin de la Monarchie, un décret de l’Assemblée Révolutionnaire sonne le glas de la vie monastique en France. Toutes les abbayes devront être définitivement évacuées avant le 1er Novembre. Dans un pays menacé par l’invasion étrangère, la Révolution se radicalise et assimile les derniers religieux à des contre révolutionnaires. Depuis plusieurs mois cependant, des centaines d’abbayes en France ont déjà vu partir leurs moines et leurs religieuses. C’était l’aboutissement des mesures prises à l’automne (1789) et du formidable bouleversement que représente la décision de mettre les biens du clergé à la disposition de la Nation décret du 2 Novembre (1789). Changement de propriétaires pour les terres et les bâtiments, changement de vie pour la plupart des religieux. L’histoire de l’abbaye de Vauclair de (1789) à (1792) n’est ni unique, ni exemplaire. Précisons toutefois qu’ici, bien des points demeurent obscurs, sinon conjecturaux. On regrette l’absence d’une improbable chronique qu’un moine de Vauclair, renouant avec la tradition Médiévale, aurait tenue, jour après jour, tout au long de ces 3 années qui ont vu naître la France d’aujourd’hui avec ses cortèges de visiteurs et de touristes prenant le temps des vacances pour découvrir les ruines d’une abbaye disparue

- Vauclair en 1789

Fondée en (1134), Vauclair est l’une des 36 abbayes qui existent en (1789) dans l’étendue de l’actuel département de l’Aisne. Comme Foigny, Bohéries et Longpont, elle obéit à la règle Cistercienne ou Bernardine comme l’on dit plutôt à l’époque. Sous l’autorité d’un père abbé de 57 ans, Jacques Bricart, vivent une quinzaine de religieux. Le plus âgé a 66 ans, il a prononcé ses voeux en (1743). Le plus jeune, Henri Gilles a 32 ans. Il est le dernier à avoir prononcé ses voeux, signe d’une incontestable crise de recrutement qui touche toutes les abbayes d’hommes à la veille de la Révolution. Pourtant, Vauclair attire encore au delà des limites du diocèse de Laon, on sait que 3 moines au moins sont originaires d’autres régions.

Selon un inventaire de Février (1790), les religieux, occupent 16 cellules qui sont meublées très modestement, n’ayant qu’un lit fort simple, une armoire, une table et 2 ou chaises. Le nombre, relativement réduit, de moines vivant à Vauclair est loin d’être une exception. A Laon, l’abbaye de St Martin abrite 16 religieux Prémontés en (1789), celle de St Vincent 11 Bénédictins seulement. En revanche, l’abbaye de Vauclair est l’une des rares à ne pas passée sous le régime de la Commende, elle a un abbé régulier qui réside sur place. Il comprend au total plus de 4.000 hectares, 3.560 hectares de terres labourables, 580 hectares de bois, 33 hectares de vignes et 72 hectares de prés. Ces biens sont répartis sur 22 communes, Vauclair, "la vallée Foulon 710 hectares d’un seul tenant, Oulches, Paissy, Ailles, Cerny, Bouconville, Chermizy, Craonnelle, Bièvres, Cuiry et Chaudardes, Berrieux, Asfeld, La Malmaison, Nizy le Comte, Sissonne, Amifontaine, Saint Erme, Montaigu, Pontavert, La ville aux bois, Moulins, Bruyères". Enfin, l’abbaye possède 2 maisons à Laon, rue du Val des Ecoliers, c’est l’ancien refuge abbatial à l’abri des remparts de la ville.

L'abbaye possède 9 fermes louées à des fermiers par des baux de (9) ans mais à l’exception des fermes d’Hurtebise et de la Pêcherie, il s’agit, de mauvaises terres difficiles à cultiver et demandant beaucoup de semences pour produire une petite récolte, comme il est dit pour la ferme de joffrécourt sur le terroir de Sissonne. Il n’est pas facile de connaître avec précision le montant des revenus de l’abbaye. Selon les sources, les chiffres varient entre 32.000 livres, inventaire des biens de Vauclair du 6 Février (1790) à 47.000 livres, estimation moyenne pour les années (1783) à (1790) faite par l’administration du district. De toute façon, il s’agit de revenus considérables, comparable à ceux de l’abbaye de St Vincent de Laon 44.000 livres, mais pourtant inférieurs à ceux de l’abbaye St Martin 70.000.

L'abbaye est aussi un centre de culture intellectuelle. Dans sa bibliothèque, selon un inventaire de Janvier (1790), on trouve 6.069 volumes, sans compter les livres classiques, les gazettes, des journaux et autres ouvrages périodiques. Il est aussi précisé que, "le vestibule de la bibliothèque contient aussi environ 200 manuscrits dont la plupart sont fort beaux et très bien écrits".

- La vente des biens

Déjà envisagée avant la Révolution dans plusieurs cahiers de doléances, la vente des biens de l’Eglise s’est rapidement imposée comme la solution aux problèmes financiers du Royaume. L’Assemblée constituante, dans sa séance du 2 Novembre (1789), adopte, à une très forte majorité, 568 voix pour, 346 voix contre et 40 abstention, le décret qui met, "à la disposition de la Nation tous les biens Ecclésiastiques". Plus d’un an s’écoule avant que ne commencent les 1ères ventes. Commune par commune, abbaye par abbaye, les autorités ont d’abord dû dresser un inventaire des biens confisqués. Après estimation de leur valeur, l’administration du district, notre arrondissement actuel, procède ensuite à un 1er affichage des lots à vendre, suivi de la 1ère séance d’enchères généralement peu animée, qui permet de fixer la base de l’adjudication définitive. 2ème publication et nouvelle séance d’enchères, souvent houleuse et disputée, au terme de laquelle l’acquéreur définitif ne paye que 12% pour les terres, 20% pour les maisons, le solde étant payable en 12 annuités avec intérêt de 5%. Exceptionnelles conditions qui ne s’expliquent que par la crainte où était l’Assemblée nationale de ne pas trouver facilement d’acquéreurs. Les ventes se déroulant au chef lieu du district, à Laon pour les biens de l’abbaye de Vauclair, les villageois n’hésitent pas, le cas échéant, à faire plus de 20 kilomètres en charrette, peut être à pied pour y assister. A plusieurs reprises, ont voit les manouvriers de la Vallée Foulon intervenir dans les ventes, même en Juin Juillet, en pleine période de travaux agricole.

Pour les biens de l’abbaye de Vauclair, la 1ère vente se déroule le 13 Janvier (1791), elle concerne une terre de 109 arpents, 50 hectares environ, sur le terroir d’Amifontaine. La dernière vente a lieu le 30 Juillet (1793), il s’agit de plusieurs pièces de terre et de prés à Craonnelle. En une quarantaine d’adjudications, la totalité du domaine appartenant à l’abbaye est vendue, à l’exception des bois qui constituent aujourd’hui, en partie, l’actuelle forêt domaniale de Vauclair. Dans la moitié des cas environs, les acquéreurs des fermes de l’ancienne abbaye sont les anciens fermiers eux mêmes. C’est ce qui se passe par exemple pour les fermes de Robertchamp ou du Moulin de Bas. Dans les autres cas, on peut parler d’opérations financières menées par les habitants des villes voisines. Le 13 Février (1791), la ferme de la Pêcherie à Pontavert, la plus belles des anciennes propriétés de l’abbaye, elle raporte 2.000 livres par an, est ainsi achetée pour le prix de 68.000 livres par un professeur de droit de la faculté de Reims, François Lemercier. Les 3 fermes de Mouchery 600 hectares environ, sur le terroir de Nizy le Comte, puis l’une des 2 fermes de Frontigny, commune de Malmaison, sont acquises au printemps (1791) par un officier du régiment des dragons de la Reine en garnison à Laon, Gabriel Jean d’Hanmer Claybroke. En 3 mois, celui ci aura donc acquis 800 hectares au total pour 54.000 livres. Comme la loi le lui permet, il ne débourse dans un 1er temps que 6.500 livres, 12% du montant.

Il semble bien que les 1ers acquéreurs, pour les fermes tout au moins, ont assez rapidement revendu. L’immense ferme de Robertchamp, par exemple, est devenue sous la Restauration la propriété d’une famille de Noblesse de Robe de la Lozère avant d’être revendue en (1893) à la sucrerie de St Germainmont. Mais il faudrait poursuivre l’enquête pour les autres fermes. La vente des bâtiments de l’abbaye est d’abord annoncée pour le 9 Mai (1791), mais elle doit être ajournée à la suite d’une contestation portant sur le contenu de l’affiche. Une 1ère vente a lieu le 9 Juillet, un groupe d’habitants de Presles, d’Oulches et de Corbeny se portent acquéreurs mais la plupart n’étant pas solvables, la vente est reportée une nouvelle fois. C’est donc le 28 Juillet (1791) qu’a lieu finalement la vente des bâtiments abbatiaux. Mise à prix à 50.000 livres, l’abbaye est emportée à 80.900 par un groupe de 7 personnes qui obtient la préférence, comme la loi le permet, à la condition de diviser le lot, contre un habitant de Craonne, de Bertonvalle. Les acquéreurs sont 5 habitants de Vailly sur Aisne Gabriel Floquet bourgeois et Nicolas Floquet marchand, Nicolas Brizart aubergiste, Jean Michel Folliart distillateur, Claude Delan taillandier, et 2 habitants d’Ardon, Jean Louis Turpin laboureur et Louis Robert maréchal ferrand. Après partage, l’abbaye est donc transformé en un véritable petit village composé de 4 maisons et de 2 fermes. Jusqu’à la guerre de (1914), ce hameau dépend administrativement de la commune de Vauclair la vallée Foulon.

- un crime à Vauclair

Elu abbé, à la fin du sombre (XVème siècle), Pierre Jonard (1479)-(1503) sut gagner la confiance du chapitre général de Cîteaux qui le chargea, de concert avec l’abbé de Signy, de visiter l’abbaye féminine du Sauvoir sous Laon et d’y remettre de l’ordre. Mais la fin de son Abbatiat fut assombrie par un événement tragique. Un moine de l’abbaye, Pierre Yserra ? fut assassiné le 23 Octobre (†1503), et comme un religieux avait pris la fuite, il fut soupçonné d’être l’auteur du meurtre. L’abbé de Cîteaux se rendit sur le champ à Vauclair et prit les mesures les plus sévères contre l’abbé et les religieux. Pierre Jonard et la moitié des religieux devraient être expédiés dans d’autres abbayes très régulières, où ils seraient tenus en prison pendant 3 mois, au pain et à l’eau. Les autres religieux demeurés à Vauclair devraient, eux aussi, jeûner au pain et à l’eau jusqu’au prochain Chapitre Général et prendre la discipline au chapitre tous les vendredis pendant le même laps de temps, le nouvel abbé ne devant pas se soustraire à cette pénitence.

L'ancien abbé devrait être écarté pour toujours de Vauclair, et se tenir à la disposition du Chapitre Général ou de l’abbé de Cîteaux. On devrait exécuter un tombeau de pierre pour le frère assassiné, et chanter pour lui un office solennel chaque année à perpétuité. De plus, l’abbé et les moines seraient tenus d’obtenir au plus tôt, à leurs frais, la punition du coupable et de ses complices. Enfin, on ne pourrait jamais recevoir au monastère les parents ou amis de l’ancien abbé, pour quelque raison que ce soit, sous peine des plus graves censures de l’ordre. Telles sont les mesures d’une extrême gravité prises contre l’abbé et la communauté de Vauclair dans cette tragique affaire, qui reste fort obscure, et dans laquelle on ne saurait dire quelle fut la responsabilité de l’abbé Pierre Jonard, qui devait mourir en (†1507).

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