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Glossaire - Biographies
Page 2 - Chronologie - le Trésor - les Abbés
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(Canton de l'Aveyron, arrondissement de Rodez.)

- Sur le Chemin de Compostel

Dans la 1ère moitié du (VIIIème siècle), Dadon, noble Rouergat ayant vu sa mère torturée par les Sarrasins, se fit ermite, entraînant avec lui quelques disciples. C'est dans une vallée Aveyronnaise dont la forme rappelle celle d'un coquillage, une Conque, "Concha" en latin, qu'ils construisirent leur 1ère église. Pris sous la protection des Rois Carolingiens, le monastère se dota assez rapidement d'un trésor conséquent. Cependant, il apparut assez vite qu'une pièce essentielle à l'essor de Conques manquait, des Reliques, ceci était en effet indispensable pour être considéré comme une Grande Etape et non une halte quelconque, sur les chemins de, St Jacques de Compostelle et pour drainer les offrandes des fidèles. Ainsi, après avoir échoué dans la quête des restes prestigieux de St Vincent en Espagne, les moines Conquois jetèrent leur dévolu sur ceux d'une Ste moins connue et néanmoins populaire, Ste Foy, qui étaient alors conservés à Agen. La vie de Ste Foy est contée dans un poème Occitan du (XIIème siècle), la Chanson de Ste Foy. La petite Foy, issue d'une riche famille Agenaise, fut convertie au catholicisme par l'évêque Caprais, à l'âge de (12) ans.

Le Proconsul Dacien, en application de l'édit de Dioclétien, à l'origine de nombreuses persécutions, condamna la future Sainte à mourir brûlée vive sur un gril, un orage providentiel ayant éteint le gril, la petite Foy fut finalement décapitée. Plusieurs miracles se produisirent par la suite autour du tombeau de la Sainte, ce qui fit sa notoriété. On lui attribue notamment le fait d'avoir délivré des prisonniers. Le moine Aronis s'introduisit chez les religieux Agenais, et, après (10) ans pendant lesquels il sut gagner leur confiance, il obtint la garde des reliques qu'il put alors aisément dérober en (866). Conques devint alors un lieu de pèlerinage important sur la route de St Jacques, via Podiensis. L'Abbaye connaît son apogée au (XIème siècle). Une nouvelle église est alors construite entre (1041) et (1082). Les 1ers signes de déclin apparaissent au début du (XIIIème siècle). L'Abbaye subit de grands dommages pendant la Révolution, si les habitants parviennent à sauver le trésor, le Cloître est détruit. Depuis (1873), l'Abbatiale est occupée par une communauté de Prémontrés. La pièce maîtresse du trésor est le reliquaire de Ste Foy, ce reliquaire en bois, couvert d'or et de pierre précieuses, représente la Sainte sur un trône. Les traits de la statue semblent un peu masculins, ils proviennent en fait de la récupération d'un masque antique du (IVème siècle). Les pieds paraissent extrêmement longs. On est loin de la représentation réaliste d'un fillette de 12 ans.

- la Construction

A la tête du monastère durant 20 ans (1087)-(1107), le grand Abbé Bégon III déploya une intense activité de bâtisseur, faisant monter tout l'étage des tribunes dans l'église, ainsi que le cloître. Par la suite, aucun document ne permet de préciser le rôle exact de l'Abbé Boniface, son successeur, dans le 1er tiers du (XIIème siècle). Mais il faut probablement lui attribuer le voûtement de l'Abbatiale et la construction de la façade Occidentale.

Les étapes de la construction. La grande expansion du (XIème siècle) devait permettre à l'Abbé Odolric (1031-1065) d'entreprendre, sur l'emplacement de la basilique du (Xème siècle), la construction de l'Abbatiale Romane actuelle. Les 1ères campagnes de travaux se soldèrent par l'édification des parties basses du chevet, Abside et Absidioles notamment, dont les murs se caractérisent par l'emploi d'un grès de couleur rougeâtre, extrait des carrières de Combret dans la vallée du Dourdou. Ce matériau, jugé peut être trop friable, fut abandonné sous Étienne II (1065)-(1087) qui assura la poursuite des travaux vers l'Ouest. On voit se généraliser alors le Rousset, un beau calcaire jaune vif provenant du plateau de Lunel. Sa chaude tonalité s'harmonise parfaitement avec le schiste gris local qui, dans la maçonnerie, assure le remplissage partout où la présence de pierres de taille ne s'impose pas.

L'édifications et la reconstruction. La coupole Romane de la tour Lanterne, lancée trop hardiment au dessus de la croisée du transept, s'effondra à une date inconnue. La faiblesse des Trompes d'angle, destinées à assurer le passage du Carré à l'Octogone, serait responsable du désastre. La coupole fut remontée à la fin du (XVème siècle), entre (1460) et (1490), en utilisant les techniques de l'architecture Gothique. (I siècle) plus tard, en (1568) exactement, l'Abbatiale faillit bien s'écrouler à la suite de l'incendie allumé par les Protestants. Les grandes colonnes du choeur ayant éclaté sous l'effet des flammes, il fallut les cercler de fer et les noyer dans un massif de maçonnerie. Les tours de façade furent arasées, ainsi que le clocher central. Ce dernier, exhaussé par la suite d'un étage et surmonté d'une flèche charpentée, prit alors son aspect actuel.

- Une Nef élancée.

Une fois franchi le Narthex couvert d'une voûte basse un peu écrasante, un élancement audacieux, le jaillissement du vaisseau central qu'accentue encore son étroitesse. Le plein cintre pour les arcs, des verticales pour les supports, sans aucun ornement pour en atténuer la rigueur et la sévérité en dehors des chapiteaux. A la croisée du transept, 4 forts piliers montent d'un seul jet jusqu'aux arcs qui soutiennent au dessus du vide le tambour Octogonal de la coupole. Au delà, le sanctuaire proprement dit comprend 1 travée droite prolongeant en élévation la disposition de la nef, puis le fer à cheval du choeur coiffé d'une voûte en cul de four allongé.

- Le Choeur.

Autour du sanctuaire, les magnifiques grilles Romanes, faites d'enroulements de fer forgé et terminées à près de 3 mètres de haut par des pointes acérées, assuraient la protection des reliquaires contre toutes les convoitises. Derrière elles, les pèlerins se trouvaient cantonnés dans le Déambulatoire où ils disposaient de bancs de pierre pour se reposer des fatigues de la longue route. Il faut noter la division du déambulatoire en 7 travées, ce chiffre symbolique déjà rencontré à propos des arcades du choeur et des chapelles Orientales, semble donc caractériser les parties tournantes de l'Abbatiale.

- Les Tribunes.

Les tribunes offrent des vues plongeantes d'un effet saisissant. Leur fonction est beaucoup plus Architecturale qu'utilitaire puisqu'elles assurent, en fait, la stabilité de l'ensemble du monument. Au dessus des Collatéraux, leurs voûtes en quart de cercle viennent s'appliquer à la naissance même du grand berceau de la nef et des Croisillons, de chaque côté, à l'endroit où les poussées sont les plus fortes. Elles l'épaulent sur toute sa longueur, jouant le même rôle que les arcs boutants Gothiques, mais de manière continue. Ce système cohérent, apparu presque simultanément à Conques, à St Sernin de Toulouse et à St Jacques de Compostelle, favorisa à la fois le développement de la nef en hauteur et l'évidement de ses murs latéraux. En effet, les tribunes sont largement ouvertes grâce à une série de baies groupées par paires et inscrites dans un arc de décharge.

- Les Chapiteaux.

A Ste Foy de Conques, les structures internes multipliaient comme à plaisir le nombre des Chapiteaux. Et ceux ci offraient un champ immense à l'ornementation sur les faces des corbeilles ou des tailloirs, tout en jouant leur rôle Architectonique de support, partout où règne l'arcade. L'Abbatiale recèle intérieurement plus de 250 chapiteaux qui se répartissent, en majorité, soit à la retombée des grandes arcades du Déambulatoire, du transept et de la nef, soit aux tribunes. A l'extérieur, l'austérité a prévalu et les chapiteaux, 30 à peine n'ont pu se loger que sous les voussures des portes et au chevet. Les 1ères campagnes de travaux, sous les Abbatiats d'Odolric et d'Étienne II dans le 3ème quart du (XIème siècle), nous ont livré le plus important ensemble connu de chapiteaux à entrelacs avec celui de St Pierre de Rode, en Catalogne.

Ils sont 30, tous taillés dans le grés rose, à l'intérieur des Absidioles du transept et autour du chevet, ainsi qu'au portail Septentrional. Les 4 chapiteaux à entrelacs et palmettes du portail du croisillon Nord, par leur richesse, se classent parmi les plus belles réussites de la sculpture ornementale à l'époque Romane. Les 1ères expériences de représentation de la figure humaine, sur fond d'entrelacs encore, réalisées dans le déambulatoire, préparaient l'avènement du chapiteau Historié, c'est à dire le complet épanouissement de la sculpture Romane. Ainsi, dans le croisillon Sud, le cycle de St Pierre occupe 3 chapiteaux avec "l'Arrestation, la Délivrance et la Crucifixion, la tête en bas, du prince des Apôtres". Sur la pile séparant les 2 travées droites du choeur, au Midi, le sacrifice d'Isaac est à l'emplacement habituellement réservé à cette préfiguration du sacrifice du Christ sur la Croix, c'est à dire à proximité du maître Autel.

- La condamnation de Ste Foy.

L'un des derniers chapiteaux en date, sur la 4ème pile Nord de la nef, est consacré à la condamnation de Ste Foy, victime des persécutions de l'empereur Dioclétien. 6 personnages s'alignant autour de la corbeille à intervalles réguliers, les pieds posés sur l'Astragale. Sur le côté droit, un ange porteur d'une croix pose la main sur l'épaule de Ste Foy, devant lui, comme pour l'encourager dans l'épreuve. Un homme saisit la Sainte par le bras et semble l'entraîner de vive force pour comparaître devant le proconsul Romain, Dacien. A l'angle opposé, ce dernier est assis sur un trône et remet lui même au bourreau la longue épée qui servira au supplice de la décapitation. Sur le côté gauche de la corbeille, le mauvais génie de Dacienait le pendant de l'ange gardien, il est représenté sous les traits d'un diable hideux tenant à mains un serpent. Cette scène expressive, d'une facture très sûre, annonce déjà le tympan du "Jugement dernier".

- Les Vitraux de Pierre Soulages.

Si à Conques, les fenêtres sont nombreuses, on en compte 104 pour un édifice de 56 mètres de long seulement, c'est qu'il convient que l'espace intérieur soit, imprégné de lumière, car il est, selon l'expression du Médiéviste, l'image de la "Cité céleste", illuminée par la gloire de Dieu. C'est la lumière émanant des baies qui, évoluant avec la course du soleil, rythme cet espace et l'écoulement des heures et des saisons, faisant de la basilique, une vaste machine à emprisonner le temps. Quant à la bigarrure éventuelle des vitraux d'origine, que laisse supposer le goût des moines de Conques pour la rutilance des gemmes, rien ne la justifie plus aujourd'hui que les murs de l'édifice sont nus, dépouillés de toute "fresque ou tenture". Et c'est précisément dans la nudité de ses lignes, de ses plans, de ses pierres , note Georges Duby, que cette architecture nous touche. C'est en (1994), qu'il achève la réalisation de 95 verrières et de 9 meurtrières visibles de l'intérieur comme de l'extérieur qui respectent, tout en la magnifiant, l'austérité Romane et ses symboles et invitent la lumière à pénétrer dans l'église. A partir d'un matériau opalescent, l'artiste a trouvé un signe plastique singulier et authentique retenant à la fois le monde sensoriel comme émotion et le monde spirituel comme révélation finale.