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- les Orgues de St-Omer

En (1717) commence la construction de l’Orgue par les Frères Thomas et Jean Jacques Desfontaines, facteur d’orgues à Douai. Les frères Piette, maîtres sculpteurs de St Omer construisent le Buffet. Pendant près de 140 ans, divers travaux d’entretiens et de réparation dénaturent et transforment l’instrument d’origine. (1855) Réhabilitation de l’Orgue effectuée par Aristide Cavaillé Coll de Paris, le plus important facteurs d’orgue du (XIXème siècle). Le Grand Orgue de l’Eglise Cathédrale de St Omer, écrit-il, originairement construit sur de vastes proportions par un facteur habile et consciencieux est un des ouvrages les plus remarquables de son temps, tant sous le rapport de la composition instrumentale que sous celui de la forme architectonique. Et il a le souci de redonner à cet orgue le 1er rang qu’il a occupé dans les instruments de son siècle. 24 Juin (1855) inauguration l’orgue romantique, de Cavaillé Coll, est inauguré par M. Lefébure Wély, organiste de St Sulpice à Paris. (1927) : Relevage de l’Orgue.

Des retouches plus ou moins heureuses sont apportées à l’instrument par Antoine Séquiès, de Lille. L’inauguration a lieu le 1er mai (1927) par Henri Nibelle, organiste de St François de Sales à Paris et Maurice Linglin, organiste titulaire de la cathédrale. (1973) La partie instrumentale est classée monument historique, ainsi on va pouvoir envisager une restauration totale des orgues de St Omer, buffet et partie instrumentale. Tractations, études, devis, appels d’offres vont se succéder et les travaux commencent en (1985), sous l’impulsion de la ville et de Madame Christiane Lesage, conservateur régional des Monuments Historiques, qui ne cache pas son amour pour St Omer, ville d’Art. Dimanche 11 Décembre (1988), inauguration de l’orgue restauré par Messieurs Philippe Lefebvre du CNR de Lille, titulaire à N.D.de Paris et Jean Boyer, professeur d’orgue au CNR de Lille, titulaire à St Séverin et St Nicolas des Champs à Paris. Caricatures de Liszt parues dans le "Borzem-Janko", journal humoristique Hongrois.

- la Marseillaise

Allons enfants de la patrie. L’air de La Marseillaise aurait il été créé sur l’orgue de St Omer ? Tout un livre a été écrit par Philippe Parès, en (1974), qui fait état d’une vieille controverse à ce sujet. De plus, l’historien Robert Poinard, a réaffirmé que St Omer est à l’origine de l’hymne "National Français". En critiquant ses paroles guerrières, il ajoute que la musique elle même n’est pas de "Rouget de Lisle", mais un emprunt à une musique d’église ! Avant d’aller tenir garnison à Strasbourg, il avait été en poste à St Omer. C’est donc là qu’il avait entendu un "Oratorio" composé par le Maître de Chapelle de la Cathédrale qui se nommait Grison, sur le texte biblique du Livre d’Esther. Cet "oratorio" fut joué sur l’orgue et dans la, "marche d’Assurérus", on trouve, note pour note, la mélodie de la future, Marseillaise ! Cet air a dû lui plaire, peut-être l’a t il chanté, car il fréquentait les cercles musicaux de St Omer. A Strasbourg, il n’eut qu’à lui adapter d’autres paroles pour qu’il devienne, "Chant de guerre pour l’Armée du Rhin" et finisse par être l’"Hymne National Français".

- Vue générale

Dans le style baroque, du portugais barocco qui signifie "perle irrégulière", plus rien n’est guindé, froid, rigide, austère. Au contraire, tout tourbillonne comme une danse. Les vêtements des personnages, toute statue est saisie dans l’instant et le mouvement précis qui enseigne, signifie et démontre. Il s’agit de redonner courage et joie à tout le peuple des croyants ! Certes, ce style sera plus près du décor théâtral que de l’architecture aux 3 dimensions, mais il ravira, il touchera les coeurs.

Le buffet est le fruit du travail collectif d’une famille de sculpteurs et de menuisiers Audomarois, les Piette. Le 17 Février (1716), le Chapitre conclut un marché avec les Piette en vue de la fabrication d’un buffet pour le nouvel orgue, le délai est de 18 mois. Ces engagements sont tenus puisqu’à la fin de (1717), l’ouvrage est en voie d’achèvement. Par la suite, un nouveau contrat est signé le 11 Janvier (1718) pour l’exécution de portes et lambris sous la tribune. La dernière mention d’un paiement est une quittance du 13 Juin (1721) pour la sculpture des armes du chapitre. La famille des Piette comprenait le père Jean, les fils, Antoine Joseph et Jean Henri, ainsi que le gendre, Jacques Joseph Baligand, et, ensemble, ils disposaient de tout le fond de la cathédrale pour dresser jusqu’à 22m,50 du sol, cette admirable fresque de bois, d’étain et de feuilles d’or.

Le buffet du grand orgue de la cathédrale N.D.de St Omer est parmi ceux qui subsistent en France, l’un des plus beaux de sa génération. Dès le (XVIIIème siècle), il suscita l’admiration des contemporains, celle notamment d’un Anglais de passage dans la ville, Charles Barney, qui l’évoqua dans un ouvrage publié en (1771) sur la situation de la musique en France et en Italie. Au siècle suivant, Aristide Cavaillé Coll, dont la compétence dans ce domaine ne peut être mise en doute, n’hésitait pas à le reconnaître comme un des ouvrages les plus remarquables de son temps. Cette opinion est partagée au (XXème siècle) par Georges Servières, dans une étude sur la décoration des buffets d’orgue, cet auteur le considère comme un des plus magnifiques travaux de menuiseries et de sculpture sur bois qu’ait produit l’art des huchiersNord. De même Norbert Dufourcq lui accorde une place importante dans le livre fondamental qu’il consacra à l’"orgue français".

Le visiteur qui pénètre dans la cathédrale par le portail Nord est d’abord séduit par le climat de recueillement et de paix, propre à toutes les églises Gothiques. Mais après quelques pas, s’il se retourne, il n’en croit pas ses yeux. Le spectacle est saisissant. Et cette fois, ce n’est plus la pierre qui parle à son coeur, c’est le bois, le bois chaleureux, le bois de chêne qui fleure bon la cire familière, et il se sent environné, pris, saisi. Des personnages sont là, qui lui font signe, et pour peu qu’il lève la tête, il se sent emporté dans un tourbillon de corniches curvilignes, de tourelles, d’entablements, d’arcades, d’angelots musiciens, d’où jaillit une forêt de tuyaux d’orgue qui pointent vers le ciel.

- le Buffet

Regardons le portique qui porte l’instrument, les colonnes cannelées, décalées en oblique, sont au nombre de 12. Comment ne pas penser aux 12 Apôtres. Pour nous aider, Pierre et Paul sont là, que l’on appelle justement "les colonnes de l’Eglise". Ces 2 hommes, différents et complémentaires, représentent les 2 aspects de l’Eglise. L’Eglise Institution et l’Eglise Mission.

C'est St Paul, l’Apôtre des nations Païennes, qui symbolise cet aspect. Regardez le donc, appuyé sur l’instrument de son martyre, il a péri par le glaive, chevelure et barbe fleuve, la tête inclinée, il regarde son jarret. C’est que ses jambes amorcent un départ, on dirait même un pas de danse, il nous semble qu’il va bondir.

Et Pierre, brandissant les cléfs du Paradis dans une attitude très déclamatoire. Remarquez le drapé fluide et ondoyant du vêtement de St Pierre, rappel de l’Antique, qui laisse deviner que les Piette avaient reçu une solide culture classique, peu commune chez les sculpteurs de province.

Au 1er étage, on retrouve dans le buffet d’orgue l’élévation à 3 étages de la nef Gothique, bien qu’il n’y ait pas correspondance étroite. C’est là que les tuyaux du positif, au centre, dissimulent à nos yeux la console aux 5 claviers. C’est donc là que tout se joue, c’est là que mains et pieds de l’organiste entrent en action pour que des flots de musique déferlent dans toute la cathédrale.

Au 2ème étage les tuyaux d’orgue. Remarquons le plan cintré, la disposition en hémicycle. Cette particularité du buffet d’orgue de St Omer est assez rare, en général, les buffets sont plus souvent convexes que concaves. 2 grandes figures, couronnent les hautes tourelles, elles sont le signe de la réussite de l’Oeuvre du Christ, le Roi David et Ste Cécile. Traités avec beaucoup de force, chacun avec son instrument de musique, la harpe pour le Roi David, l’orgue portatif pour Ste Cécile, ils sont tous 2 inclinés, ils suivent la musique de l’orchestre des anges. David a donné à Dieu Louange et Gloire, il a écrit les Psaumes de la Bible. Il a vécu 1.000 ans avant le Christ. Ce Roi David représente tout les hommes droits, sincères et religieux. N’oublions pas Ste Cécile, car, tout de même, la tranche d’humanité qu’elle représente, et dont nous sommes pour la plupart. Il s’agit, cette fois, des baptisés, des membres conscients de l’Eglise fondée par le Christ, heureux mariage des arêtes de la voûte gothique et des corniches curvilignes, il y a là comme un immense coeur renversé. Souvent, les buffets d’orgue ne peuvent que s’adosser à une muraille aveugle, ici, on a respecté la source de lumière, le buffet d’orgue s’est incliné pour lui livrer passage. Dans les nervures flamboyantes de la fenêtre haute de la tour, lorsque l’on est bien dans l’axe, on voit se dessiner un Triangle, image classique de la Ste Trinité, juste derrière l’Enfant Jésus.

- les Anges

Les 2 grands anges sonneurs de trompette, dont le contre jour découpe l’élégance des gestes et la fluidité des tuniques, et les 2 anges placés plus bas qui jouent de la conque marine et du serpent, représentent tous les Esprits célestes, et ils ne cessent pas de chanter la Gloire de Dieu ! En effet, sur l’étendard bleu de chaque trompettiste, on peut lire, en lettres d’or, le chronogramme suivant, "eXCeLsI In LaVDeM", à la "Louange du Très Haut", et les lettres majuscules indiquent (1717), date de l’achèvement du buffet.

- Jésus Enfant

Mais, planté sur la terre, voici l’Enfant Jésus. On le dirait propulsé par la trouée de Lumière. Il est là, aérien, intemporel, il a déjà les attributs du Ressuscité du matin de Pâques, l’auréole triomphale ceint sa chevelure, et de la hampe de la croix, qui est l’Etendard Pascal, il vise la tête de l’antique serpent. Pourquoi donc ce Jésus Enfant, frêle et léger, et non pas le Christ en croix, le Christ enseignant, le Christ Pantocrator, le Christ du Jugement Dernier. Sans doute pour évoquer ce que la théologie appelle, "le Mystère de l’Incarnation" et pour nous redire que le Fils de Dieu est bien celui qui est venu dans l’humilité, batir son église.

Les hommes sont représentés, au milieu du buffet, par un globe terrestre tout rond et tout bleu, posé comme en équilibre sur la tourelle centrale, et tout irait pour le mieux, s’il n’était pas encerclé, enserré, étouffé, par le Serpent du Mal. A gauche, la Foi est représentée par ce personnage qui propose une grande et belle croix toute enveloppée d’or. A droite, l’Espérance, regardez cette femme qui symbolise l’Espérance Chrétienne, regardez le geste énergique et expressif qui est le sien, de la main droite, elle fait fi des espérances humaines, elle les rejette. Elle nous dit :

"Si vous ne mettez votre espérance que dans l’Argent, le Plaisir, la Puissance, l’Orgueil et autres voies en impasse, vous êtes perdus! Prenez plutôt cette ancre d’or que je vous tends, c’est l’Espérance. Elle opère votre ancrage dans la Vie Eternelle".

La Charité, regardez ce petit orchestre de Chérubins, tous ces angelots musiciens qui ont la vivacité joyeuse et le visage attentif que les Piette ont donné à la plupart de leurs personnages. Ils chantent à pleine voix, ils jouent de la guitare, de la viole de gambe et du violon, sous l’impérieuse baguette d’un petit chef d’orchestre.

A ce même étage, au dessus des portes latérales, il y a aussi d’autres putti, non musiciens cette fois, qui présentent les cartouches aux armes du chapitre commanditaire, "d’azur 3 pommes de pin d’or, posées 2 et 1."

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