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- la Règle du Maître
La règle de St
Benoît de Nurcie a été écrite dans la langue
parlée du (VIème siècle). D'après Mabillon,
Benoît aurait rédigé sa règle en (528) au
Mont Cassin, ce qui ne repose sur aucune preuve. S'il n'y a pas de
doute sur le lieu le plus probable de la rédaction, il n'y a
rien qui puisse dire à quel moment elle aurait été
faite, dans tous les cas entre environ (530), date supposée pour
son installation à Monte Cassino et (543), date supposée
de sa mort. On dit que le texte original aurait été
brûlé à Teano, près du Mont Cassin, vers la
fin du (IXème siècle). Suivant un écrivain du
(XIIème siècle), elle aurait été
publiée pour la première fois par Simplicius,
troisième abbé de Mont Cassin. On a prétendu, sans
fournir de preuves, qu'elle a été composée ou au
moins rédigée, non par Benoît, mais par le pape
Grégoire le Grand.
Dans
tous les cas, il est certain qu'une 1ère règle a
été écrite, une dizaine d'années
peut-être avant celle dite de St Benoît, et elle a
largement inspiré l'auteur de cette dernière. Elle est
appelée la Règle du Maître, parce que chaque
chapitre commence par une question d'un disciple à un
Maître, qui répond à la question de manière
détaillée. C'est Dom Genestout, de l'Abbaye de Solesmes,
qui démontra en (1938) que la règle du Maître
était antérieure à celle de St Benoît,
rédigée au début du (VIème siècle),
en Italie ou en Provence. La règle du Maître nous est
parvenue sous forme de deux manuscrits remontant au début du
(VIIème siècle) ou à la fin du (VIème
siècle), tandis que le plus ancien manuscrit de la règle
de St Benoît a un siècle de moins, ayant été
écrit vers (700) en Angleterre. L’auteur de la
règle n’y est pas nommé, et comme le Mont Cassin
fut ruiné en (577) par les Lombards, ce qui brisa la tradition
locale, certains critiques estiment plus sûre l’attribution
à St Benoît de la règle des moines. On se trouve
donc devant deux règles anonymes, dites règle du
Maître et règle de St Benoît. À qui les
attribuer? La première était-elle un "brouillon" de la
seconde? Etait-elle de Benoît? Ou alors ne sont elles pas toutes
deux l'oeuvre d'autres auteurs? Benoît aurait il vraiment
existé, comme le prétendent certains? Seule cette
dernière question semble être sans fondement
véritable, le culte de St Benoît est trop ancien pour ne
pas s'appuyer sur une réalité historique
Quel
qu'en soit l'auteur, le style, l'esprit, la concordance des
dispositions attestent, non seulement que cette règle est bien
l'oeuvre d'un seul Homme, mais que, si elle a reçu
d'incontestables additions, elle n'a point subi d'altérations
essentielles dans le cours des siècles qu'elle a
traversés. Ce qui la caractérise, c'est qu'elle a
remplacé par une constitution d'ensemble ce qui n'était
auparavant qu'une réglementation de détail, et qu'elle a
fait un corps systématiquement organisé, de ce qui
n'était guère qu'une agrégation de personnes
gardant une certaine part de leur individualité et de leur
liberté.
- l'Introduction de la règle de Benoît
Les plus rapides
progrès de la règle bénédictine eurent lieu
en Italie, elle y avait été propagée dès le
commencement par la faveur des papes, soixante ans après la mort
de Benoît, elle s'y trouva généralement
acceptée. En Gaule, la règle de St Benoît fut
diffusée d'abord lentement. Le plus ancien témoignage
connu se trouve dans une lettre adressée à
l’évêque d’Albi, vers (620)-(630), par un
certain Venerandus qui, après avoir fondé un
monastère près de Chartres, voulut garantir le maintien
de l’observance en remettant à l’évêque
le texte de la règle. Peu après, l’abbé de
Luxeuil, Walbert, introduisit la règle de St Benoît dans
son monastère à côté de celle du fondateur,
l’Irlandais St Colomban, c'est la regula mixta. Les autres
monastères l'imiteront peu à peu. Chaque nouvelle
règle, mélange varié des deux
précédentes, était propre à chaque
monastère et les monastères formaient chacun une
entité indépendante, ce qui se remarque bien dans
l’absence de plan et de structure communes.
La
date de son introduction en Angleterre est discutée, les uns
attribuent cette introduction à Wilfrid, d'autres à
Benoît Biscop, Mabillon à Augustin, envoyé par
Grégoire VII en (596), et qui deviendra archevêque de
Canterbury. Contre cette dernière thèse, on opposera le
fait que, dans toute la volumineuse correspondance du
célèbre pape, on ne trouve pas une fois mention de la
règle en question. En tout cas, les premiers monastères
anglais la suivront à la fin du (VIIème siècle).
Ce ne fut point sans rencontrer de résistance que cette
dernière s'établit plus tard dans les contrées du
Nord Ouest de l'Europe, où dominait la discipline de Columban.
En
(670), un synode d'évêques se tient à Autun et
demande à tous les monastères sous son autorité
d'adopter la règle de Benoît. Saint Donat,
l'évêque de Besançon réalise alors une
synthèse des règles de Benoît de Nursie, de
Colomban et de Césaire d'Arles. Ce sont les Carolingiens qui
officialiseront d'autorité la règle
Bénédictine. En (788), un concile d'Aix la Chapelle
l'imposa à l'empire, à l'exclusion de toute autre,
même si l'effet de cette mesure n'est pas immédiat.
Notons, par exemple, que l’Armorique fut lente à adopter
la règle bénédictine. Convoïon, archidiacre
de Vannes, soutint son introduction dans l’abbaye de Redon, par
l’intermédiaire de Gherfred, vers (832). Mais à la
différence de Luxeuil, cette adoption de la règle fut
imposée par les pouvoirs politiques de Louis le Pieux et de
Nominoé.
Le
moment historique le plus important est sans doute sa codification par
Benoît d'Aniane que les Bénédictins suivront
jusqu'aujourd'hui grosso modo sous cette forme, toute empreinte de
préoccupations temporelles, et dont il va être
donné un aperçu dans le chapitre suivant. Il faut
s'arrêter ici un moment sur la différence entre la
règle bénédictine que les moines observent depuis
des siècles, de celle qu'a écrite St Benoît. En
effet, il faut noter que bien des détails précis sur la
hiérarchie, la durée des charges, l'âge
d'admission, etc.. ne figurent aucunement dans la règle
originale, qui cherche à guider plus spirituellement le moine
qu'à l'embrigader. De la même façon, on cherchera
en vain une quelconque idée d'association des monastères,
ni de centralisation, et encore moins d'autorité sur leur
ensemble. Benoît n'a ainsi jamais voulu fonder un ordre
monastique, qui se dessinera entre les codifications de Benoît
d'Aniane et les réformes de Cluny en construction.
Ce
fait est intéressant pour rappeler que le Christianisme, et
toutes les religions en général, se sont formées
à partir d'un noyau spirituel très dense, Jésus,
Bouddha, celles-ci l'enfermant très vite, pour ne pas dire le
sclérosant, par une enveloppe rigide, reflet de toutes sortes
d'orgueils et de pouvoirs. L'histoire du Christianisme a t-il ainsi
grand rapport avec l'enseignement du Christ ? Au (Xème
siècle), elle fut adoptée en Espagne. On peut affirmer
qu'à cette époque elle régissait réellement
l'Occident. Non seulement les monastères nouvellement
fondés furent construits sur les exigences de cette
règle, mais la plupart des anciens furent démolis et
rebâtis pour s'y conformer. La Règle
bénédictine eut une grande influence sur la civilisation
de l'Europe au moyen-âge. Jusqu’aux Clunisiens, la stricte
obligation fut imposée aux religieux d'un travail
extérieur, manuel ou littéraire, en même temps
qu'elle provoquait les défrichements de forêts, favorisait
l'agriculture.
- le Contenu
La règle
bénédictine commence par attacher la religieux à
son monastère par un lien indissoluble; elle transforme ce qui
n'était que l'expression d'une résolution en un voeu
perpétuel, contracté avec une grande solennité et
dont on ne peut se démettre sans apostasie, le religieux qui
abandonne la vie monastique devient un apostat devant subir toutes les
conséquences de l'apostasie, pénalité qui fut
sanctionnée, non seulement par la loi ecclésiastique,
mais plus tard par la loi laïque. Comme la porte par laquelle on
peut rentrer dans le monde est inexorablement fermée
derrière quiconque a prononcé le voeu, la règle
soumet la prononciation de ce voeu à des conditions qui
permettent au postulant de s'éprouver lui-même,
pétition écrite pour l'admission, âge :(18)
ans au moins ; consentement des parents ou des tuteurs, une
année et, dès le siècle qui suivit Benoît,
deux années de noviciat, pendant ce temps, obligation de copier
la règle 3 fois, à certains intervalles.
Il
vint un temps où tout bénédictin prit le titre de
Dom, Domnus, mais l'abbé seul peut s'appeler Dominus, en effet,
il est le seul maître du monastère. Tous les religieux ont
le droit de concourir à son élection, ils peuvent le
choisir sans tenir compte de l'ancienneté, mais dès que
l'abbé est élu, il devient un maître absolu et
irresponsable. Quoique dans toutes les occasions sérieuses il
doive prendre conseil des frères, de tous, pour les affaires les
plus importantes, des anciens, pour les moindres, c'est à lui
qu'appartient la décision définitive, irrévocable
et sans appel. Il choisit le Prieur et les Doyens et il peut les
déposer, le Prieur après 4 avertissements, les
Doyens après 3 . Cependant le Prieur est nommé
à vie, comme l'Abbé. C'est pourquoi Benoît, qui
redoutait les conflits d'autorité et les divergences de
direction, préfère au Prieur les Doyens decani,
chargés de la direction de 10 religieux, parce qu'ils ne sont,
comme les autres officiers du monastère, tels que le
Cellérier, le Pitancier et le Secrétaire, nommés
qu'à temps,le Doyen pour (10) ans, les autres pour (4) ans ou
même (1) an. L'autorité de l'Abbé est armée
d'un droit de correction qui s'exerce par les admonitions : 2 en
particulier, une en public; par les excommunications, la petite
emportant exclusion de la table commune et des offices à la
chapelle, la grande privant de la participation aux rites de l'Eglise,
par le fouet ou la bastonnade, par l'emprisonnement au d'autres
châtiments corporels, enfin, par l'expulsion. La légende
montre Benoît usant paternellement sur les membres de certains
religieux d'une verte baguette qui avait la vertu de chasser du corps
de ceux qu'il tentait le démon, qui n'aime pas les coups.
Sous
la direction souveraine de l'abbé, le couvent présente
l'image d'une démocratie ne tolérant d'autres
supériorités que celles qui résultent de la
hiérarchie monastique. Toutes les distinctions établies
dans le monde en sont exclues, en dehors de la chapelle, le
prêtre lui même ne jouit d'aucune préséance
sur les simples frères et le serf est l'égal des plus
nobles. Tous doivent participer aux mêmes labeurs et aux
mêmes exercices. Cependant il est juste de constater qu'en fait
peu de serfs ou d'hommes du bas peuple furent admis parmi les
bénédictins, qui se recrutaient ordinairement dans les
hautes classes. D'autre part, la règle établit une
hiérarchie fort graduée entre les divers membres du
monastère et elle détermine, avec la minutie d'un
cérémonial diplomatique, les relations et le maintien de
ces membres entre eux.
La
journée d'un bénédictin suivant exactement la
règle doit se composer alternativement de travail, manuel ou
intellectuel, et prières, opus Dei val divinum o icium, labor
et lectio , avec de courts intervalles pour les repas et le repos. En
hiver le milieu du jour, en été le matin et le soir sont
réservés au travail manuel ; les heures de chaleur en
été, l'obscurité des matinées et des
soirées d'hiver sont affectées à l'étude. A
ce propos, force est de constater que les principaux historiographes de
l'ordre de St Benoît, lesquels étaient des
Bénédictins écrivant à une époque
où leur ordre avait accompli sa dernière
évolution, et les auteurs qui ont reproduit leurs assertions,
ont grandement exagéré la part que la règle
primitive faisait à l'étude. Cette part paraît
avoir été plus large et plus effective en bon nombre de
monastères qui florissaient avant que la règle
bénédictine dominât en Occident. En
réalité, Benoît, attribuant presque toutes les
heures au travail manuel et aux offices de la chapelle, en laisse fort
peu à l'étude et à la lecture, et comme objet il
ne mentionne que l'Ecriture Sainte et les ouvrages des Pères. Au
(XVIIème siècle), Mabillon dut soutenir contre
l'abbé de Rancé, fondateur de l'ordre des trappistes, une
vive controverse au sujet des études séculières,
les trappistes prétendant qu'en omettant ces études, la
règle les prohibe.
Sept
heures canoniques, séparées par des intervalles, sont
réservées pour les offices du culte: matines ou laudes,
au lever du soleil en été, prime, tierce, sexte, nones,
vêpres, complies. Il faut y ajouter le service de minuit,
nocturnae vigiliae, qui doit avoir lieu un peu avant les matines.
Pour la culture et les travaux extérieurs, Benoît prescrit
le scapulaire, collet couvrant les épaules, pour la
prière et l'étude, le cucullus, sorte de capuchon, le
reste est laissé au pouvoir discrétionnaire de
l'Abbé. Cette latitude a permis d'adapter le vêtement des
bénédictins au climat des divers pays où ils se
sont établis : jusqu'au (VIIIème siècle) il était
généralement de couleur blanche. Les dispositions
relatives aux aliments prescrivent la tempérance dans le sens le
plus strict, mais délaissent la mortification proprement dite et
les macérations systématiques, elles font la part du
nécessaire. En outre, l'abbé peut relâcher la
rigueur des règles ordinaires sur la quantité et la
qualité. Il lui est recommandé de proportionner la
nourriture au travail.
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